Ghislain Loiselle
Ghislain Loiselle. Journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d'autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, demeurant un généraliste.

L’ABITIBI ET LE TÉMISCAMINGUE ONT ÉVOLUÉ… SUR FOND DE ROYAUME ALGONQUIN

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Avant l’arrivée des Blancs (j’en suis un, peut-être avec un héritage indien dans notre passé familial), l’Abitibi était la vaste région se trouvant autour du lac Abitibi, en Ontario comme au Québec. Le Témiscamingue, lui, se trouvait à être constitué du vaste territoire entourant le lac Témiscamingue, tant au Québec qu’en Ontario. Des membres de la grande famille linguistique algonquienne y vivaient, Cris et Algonquins, mais qu’est-il advenu de ces régions naturelles où il n’y avait pas de frontières politiques?
L’Abitibi (une région politique) est formellement devenue partie de la Nouvelle Bretagne quand le roi Charles II d’Angleterre a vendu en 1870 à la Compagnie de la Baie d’Hudson (CBH) le territoire constituant la bassin hydrographique de la baie d’Hudson. Le Témiscamingue (une région politique), est demeurée la Nouvelle France. La France a tenté de reconquérir le territoire perdue en envoyant le Sieur d’Iberville et le chevalier de Troyes et leur armée saisir les poste septentrionaux anglais à la baie d’Hudson en 1686, mais elle a définitivement cédé la Terre de Rupert à l’Angleterre par le Traité d’Utrecht en 1713. La terre des Algonquins, déjà séparée par la ligne de partage des eaux, a donc été découpée par les administrations blanches dans le temps (Nouvelle France, puis Nouvelle France au sud de cette ligne et New Britain au nord. Puis Haut Canada et Bas Canada, et finalement Ontario et Québec, deux des quatre provinces fondatrices du Canada en 1867. En 1870, la CBH a vendu la Terre de Rupert au gouvernement confédéral 1 million $. Il l’a intégrée aux Territoires du Nord-Ouest. En 1898, la partie québécoise des TNO (ancienne Terre de Rupert que l’Honorable Compagnie avait cédée au Canada en 1870) a été confiée à l’administration du Québec. L’Abitibi des Blancs était née, empruntant le nom de la contrée des Abbittibbis, mais demeurait dans le fait Royaume algonquin.
L’Abitibi se voulait donc tout ce qui se trouvait au nord de la ligne de partage des eaux jusqu’à très haut dans le Nord, c’est-à-dire le bassin versant de la baie d’Hudson au Québec. Au sud de cette ligne, c’était le Témiscamingue, colonisé à partir des dernières décennies du 19e siècle et tout au long du 20e siècle, mais portion nord-ouest de la Nouvelle France depuis 1671. Jusqu’à la naissance de l’Abitibi en 1898, le Témiscamingue était la cour arrière Ouest du Québec. Comme la ligne de partage des eaux était la limite témiscamienne, hé bien cette région incluait Rouyn-Noranda et allait aussi haut qu’à l’ouest d’Amos (Villemontel), parce que la rivière Villemontel coule dans la rivière Kinojévis qui elle-même se déverse dans l’Outaouais et l’Outaouais dans le fleuve St-Laurent. Après la venue au monde de l’Abitibi, c’est cette dernière qui est pour ainsi dire devenue la cour arrière du Québec. Le Témiscamingue, lui, commençait à se développer (industrie forestière, agriculture, etc.), vers 1880. Cette région perdait de plus en plus sont aspect purement  »sauvage », naturelle.
La réalité humaine a toutefois changé la donne, au fil des décennies. La naissance et la croissance de grandes villes a amené la mise en place de frontières administratives régionales ramenant les rapports communautaires au réel. Le  »comté » du Témiscamingue a été amputé de sa partie nettement abitibienne. Le comté Abitibi a été installé. Fini Ville-Marie pour prendre les décisions de Rouyn-Noranda.
Mais deux événements sont survenus par la suite et ils ont cette fois solidement ébranlé la fondation de l’Abitibi. C’est la création de la région administrative 10, le Nord-du-Québec, à la fin des années 1970, qui en fixait le sud au 49e parallèle. Cette latitude devenait dorénavant le nord de l’Abitibi qui perdait dès lors Lebel-sur-Quévillon et les trois petites du nord de La Sarre : Villebois, Beaucanton et Val-Paradis, et tout le territoire jusqu’à la Jamesie. Elle était grande, l’Abitibi, quand son sud a été repoussé plus bas et que son nord a atteint la baie James! On peut s’imaginer combien petite elle serait devenue s’il n’y avait pas eu auparavant la coupe dans le  »comté » de Témiscamingue.
Plus tard, l’arrivée des MRC, les municipalités régionales de comté, des préfectures à la québécoise, finalement, devait amener l’émergence des quatre petites Abitibis, les principales villes exerçant leur gravité. On parle de l’Abitibi de La Sarre, de l’Abitibi d’Amos, de l’Abitibi de Val-d’Or et de l’Abitibi de Rouyn-Noranda. Ces MRC (sigle dans lequel on retrouve une lourdeur certaine, parce qu’il fallait plaire à tout le monde, on dirait, municipalité, région, comté… on ne pouvait tout de même pas dire préfecture, car on n’est pas en France!), ces MRC, donc, créées par la Loi sur l’Aménagement et l’Urbanisme, au début des années 1980, sont en fait des zones d’appartenance, systèmes auquel on sent qu’on appartient. Un référendum avait eu lieu à Rollet. Voulez-vous faire partie du Témiscamingue ou de Rouyn-Noranda? On en connaît aujourd’hui le résultat. La zone d’Amos s’est donnée comme nom unique Abitibi, parce qu’elle a été le berceau de l’Abitibi après tout. La zone de Val-d’Or a pris le même nom avec une variante : Vallée-de-l’Or. La zone de La Sarre, la plus abitibienne, si je puis dire, parce que toutes ses eaux (sauf 3 %) coulent vers la baie d’Hudson, a pris comme nom d’Abitibi-Ouest. Pour Rouyn-Noranda, les noms des villes fondatrices ont fait loi. Enfin, très longtemps après la fondation des villes-soeurs en 1926, les jumelles se sont fusionnées dans les années 1980, puis la ville unique a regroupé toutes ses municipalités satellites, dans les années 2000. Advienne que pourra!
Le naturel revient au galop
Ceci dit, l’Abitibi et le Témiscamingue font partie du grand bassin versant de la portion dite fluviale du fleuve St-Laurent, au même titre que Québec, Montréal, Laval, Gatineau et La Tuque. Et, à l’intérieur de ce dernier, c’est la rivière Outaouais qui a le plus grand réseau hydrographique de tout le Québec. Ce cours d’eau traverse notre région de même que notre voisine du sud qui porte d’ailleurs son nom (l’Outaouais). Le bassin de drainage de la rivière Historique couvre 146 000 kilomètres carrés. La longueur de l’affluent majeur du fleuve est de 1271 kilomètres. Ce cours d’eau prend naissance dans le lac des Outaouais, dans le nord de la région outaouaise. Cinq régions se rejoignent à cet endroit : l’Abitibi-Témiscamingue, l’Outaouais, les Laurentides, Lanaudière et la Mauricie.
Du point de vue des régions naturelles, le Témiscamingue en particulier est inclus dans les immenses Laurentides méridionales ainsi que dans les Laurentides boréales. Latulipe et Belleterre appartiennent en l’occurence aux L. boréales, mais aussitôt qu’on s’avance dans le secteur du lac des Bois et de la rivière Cerise, on entre nettement dans les L. méridionales où les indices de sud se font de plus en plus nombreux. En contrepartie, dès qu’on arrive aux lacs des Quinze et Simard, on pénètre dans une autre région naturelle, celle de la Plaine argileuse de l’Abitibi ou Basses-terres de l’A. On peut constater ce mariage entre l’Abitibi et l’Outaouais témiscamienne par la présence de l’argile. C’est en fait le fond de l’ancien lac glaciaire Ojibway et de ses affluents primitifs….. La vallée du lac Témiscamingue, fosse tectonique et immense évacuateur de cru naturel, forme la région des Basses-Terres du Témiscamingue.

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