Spécialiste du développement organisationnel, Annabelle Boyer intervient en mobilisation du capital humain et en dynamique d'équipe. Elle détient un baccalauréat en génagogie (consolidation d’équipe) de même qu’une maîtrise en administration, concentration intervention et changement organisationnel. Elle est CRHA, membre de l'Ordre des conseillers en ressources humaines. Elle est aussi synergologue, experte en langage corporel. Formatrice en gestion des personnes difficiles et manipulateurs, en utilisation constructive des réseaux sociaux dans le monde des affaires et en développement de potentiel professionnel, elle est l’auteure de plusieurs livres traitant de langage corporel, de développement de soi et sur l’utilisation des réseaux sociaux.

Le langage corporel de Sklavounos






Cette semaine, bien des gens se sont prononcés sur le discours de Gerry Sklavounos. Le député provincial souhaite revenir au sein du caucus et, pour ce faire, devait faire une déclaration publique. Or, non seulement les partis d’opposition ne sont pas satisfaits de la nature des propos tenus, mais, même dans l’équipe libérale, le discours tenu n’a pas convaincu tout le monde. Mais que dit son langage corporel?

Un port altier, une posture rigide

Examinons tout d’abord l’ensemble du corps et la posture générale. M. Sklavounos se tient droit. Il n’a pas le dos voûté sous le poids de la situation. Les déplacements du corps laissent entrevoir que la position des pieds est normale, c’est-à-dire, qu’ils sont ancrés, à une distance équivalent à la largeur des hanches. Bien que la conférence de presse ne soit pas une partie de plaisir, il n’est pas envahi par le stress et l’émotion. Sa conjointe, par contre, démontre davantage de signes de malaise et de peine. La pointe interne des sourcils qui remontent,  les sourcils qui froncent suffisamment pour entraîner l’apparition de rides verticales, le bout du nez rouge, les mains dans le dos indiquent clairement un inconfort ce qui, considérant la situation, est assez logique. Elle ne se prononcera pas à ce sujet.

Alors qu’il souligne la présence de sa femme, cette dernière le regarde, baisse les yeux, ferme les paupières. La commissure de ses lèvres descend. Elle témoigne son affection, certes, mais elle indique aussi son malaise. Ce qui est particulier, c’est que M. Sklavounos, bien qu’il la regarde, garde son torse totalement vers les journalistes et conserve son poids davantage sur sa jambe droite. Il a donc transféré son poids non pas vers elle, mais plutôt dans la direction opposée.

Tout de suite après, M. Sklavounos baisse rapidement la tête vers ses feuilles alors que sa conjointe regarde quelqu’un derrière lui.

L’épreuve est donc encore difficile pour le couple. C’est normal. M. Sklavounos tient ses feuilles. Il n’y a donc que peu de mouvements des mains, mais, en plus de cela, il y a peu de mouvements d’épaules. Cela témoigne de la rigidité du tronc cérébral. Il est donc en mode vigilance. Considérant la défocalisation active (il ne clique pas des yeux lorsque son regard change de direction) et le peu de clignements de paupières, le corps indique qu’il scanne la salle. Il vérifie donc si les journalistes devant lui le croient. Voilà donc pourquoi il ne se tourne pas vers sa femme quand il parle d’elle : son attention est centrée vers les journalistes. Il souhaite contrôler le message et la réception de ce dernier.

 

Regards fuyants

«Comme vous le savez, suite aux allégations…» M. Sklavounos lit son texte. Le regard de sa conjointe s’échappe vers le plafond. Cela durera quelques secondes d’ailleurs. Elle aurait préféré être ailleurs, bien loin. À plusieurs reprises, elle va d’ailleurs se balancer sur ses jambes. C’est un signe d’un besoin de réconfort. Elle se berce.

Quand M. Sklavounos indique qu’il a dû s’absenter de son travail, qu’il en a été affecté, sa conjointe oscille sur sa position, soupire profondément et démontre peu de clignements de paupières. Il y a un malaise. Par contre, quand il mentionne que cela été très difficile pour sa femme et ses enfants, elle acquiesce de tout son corps.

 

Microexpressions et gestes

Pour M. Sklavounos, le retrait de la vie politique et les allégations l’ont évidemment dérangé. C’est normal. Son corps indique d’ailleurs la frustration ressentie et l’agressivité encore présente en lui par de petits éléments. Le corps de sa conjointe témoigne de son malaise. Quand il dit «J’ai pu offusquer…», elle présente une microexpression d’une émotion négative, hypertonique de malaise et d’inconfort.

Alors qu’il annonce qu’il souhaite revenir au travail, sa bouche nous indique qu’il comprend qu’il devra accepter le choix de son patron, quel qu’il soit. Les lèvres revenant vers l’intérieur de la bouche indique le dépit qui l’habite.

Alors qu’il remercie ses collègues libéraux pour leur soutien et leur appui, M. Sklavounos nous montre un beau mouvement de langue puis un retrait de la lèvre inférieure vers la bouche tandis que sa conjointe détourne le regard. Un souvenir est donc remonté à la surface et ce dernier est négatif. M. Sklavounos ne veut pas en dire plus à ce sujet d’où la langue de vipère et le verrouillage de la bouche.

 

M. Sklavounos a d’ailleurs ce même mouvement de langue à plusieurs reprises durant son discours. Cela témoigne de cette agressivité et de cette aigreur qui l’habitent encore

En résumé, le corps de M. Sklavounos était clairement en mode vigilance : tout était en contrôle. Peu de gestes, un scanne de la salle récurrent, peu de clignements de paupières, une défocalisation active, une position ancrée, un port altier. Il a fait face à la situation avec aplomb. Mais son discours, lui, a été déficient à plusieurs niveaux en indiquant pas d’excuses claires. Des regrets ne pouvaient pas passer. Il y a ici une faute de la part de la personne qui a préparé son discours. Le manque d’excuses jumelé à son aplomb, sa vigilance, son contrôle vient donner une perception d’un manque d’empathie. Bien que sa conjointe appuie M. Sklavounos et veuille démontrer ce soutien qu’elle lui apporte, elle présente des items de malaise, d’inconfort et de peine.

La stratégie utilisée ici n’a clairement pas été bien choisie. J’ignore qui a préparé la conférence de presse sous cette forme, mais il est évident qu’un bilan devrait être fait afin de ne pas répéter les mêmes erreurs.