Se faire arrêter le soir de sa fête

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Marty mon flic de Shawbridge, était arrivé tout excité. Il savait ou se trouvaient trois de ses jeunes évadées. Le pauvre, il y croyait toujours. Il avait beau les rentrer le vendredi, le lundi ils étaient déjà sur la rue à glander, voler ou faire le plus vieux métier du monde. Mais bon, Marty est mon ami et à un ami on ne refuse rien. Alors je me préparais donc à partir en chasse.

-Les filles sont sur la rue St Laurent, mais j’aimerais passer par l’autre centre ville si tu veux. Je cherche un pimp qui a ramassé deux de mes filles, on a un mandat contre lui.
-Comme tu veux Marty.

Comme à son habitude, Gerry mon lieutenant de relève est un peu nerveux. Son enquêteur ne sera pas là pour lui tenir la main et si jamais on amenait un détenu, il faudrait qu’il me fasse demander. C’est insécurisant de ne pas avoir son expert sous la main.

-Tu as un W.T. ?
-Oui papa.

Le pauvre ne répond même plus, mais ça le rassure. Je suis le seul enquêteur qui veut bien demeurer sur sa relève, Gerry est un homme nerveux, un peu têtu et quelques fois même, un tantinet bébête. Mais quand on le connaît bien, il n’a pas un once de malice ou de méchanceté, juste de la bêtise et une peur bleue des officier supérieurs.

Nous voici stationné sur la Catherine tout près de Crescent. Ici, c’est le centre ville plus huppé. Les vrais bars pour gosses de riches, très anglophone, très bruyant, très à peu près tout. Nous nous pointons dans quelques bars de danseuses ou je rencontre mon ancien banquier, recyclé en propriétaire de club.

-Tu ne t’ennuies pas de la banque?
-Pas avec tout le fric qui se fait ici et la vue y est meilleure.

Marty en profite pour lui montrer une photo de notre pimp, le beau Ralph, mais en vrai diplomate, notre ami me fait comprendre qu’il fait trop noir dans le club pour bien voir la figure des clients. On ne peut demander à nos amis de bars de tuer la clientèle. Vieille règle dans ce métier. Tu en vois le moins possible et tu te portes mieux.

Nous reprenons notre marche dans ce que les Jamaïcains pieux appèlent Babylone, quand tout à coup, devant nous deux hommes de couleur se ramènent. Marty jubile.

-Ralph, justement nous voulions te voir.

L’homme à ses côtés, un brute de cent vingt kilos s’avance comme un lutteur qui aimerait qu’un combat s’engage.

-Si j’étais toi le gorille j’y penserais à deux fois, Ce serait gênant d’être assis à se lamenter pendant que tes amis passent.

Ralph fait signe à son garde du corps de ne pas bouger et me gratifie d’un sourire.

-C’est toi Aubin?
-Ouais.
-J’ai entendu parler de toi, on dit que tu es un malade. Dis-moi, tu ne pourrais pas me laisser partir, ce soir c’est ma fête.
-Alors bonne fête Ralph.

Le reste se fait rapidement, menottes et petite marche jusqu’à la voiture. Marty me lance cette vieille plaisanterie du maître et du chauffeur.

-Au bureau Charles.

Je roule rapidement, un peu trop même. Ralph n’est pas à son aise, il ne sait rien de ma conduite infernale. Mais au moment ou je prend la bretelle qui même à Notre Dame de Grâce, je sens que mes freins ne répondent plus. Pire, une voiture, une énorme Cadillac prend le même chemin sans même me laisser de place. Pas le choix, je pousse la machine à fond et nous sommes à quelques centimètres de la catastrophe. Cette fois, même Marty blêmit.

-Désolé partenaire, plus de freins.
-On fait quoi?
-Rien, on continue jusqu’au bureau, on est juste à côté.

Je vois bien que Marty devient un tantinet nerveux, mais il n’en glisse pas un mot. Après quelques lumières chanceuses et deux trottoirs, nous arrivons finalement dans la cour du poste ou j’arrête la voiture doucement dans le mur de brique. Bon, c’était pour rire, mais fallait voir la face de notre détenu. Marty peut jouer au gars qui n’a pas froid aux yeux, la course est terminée maintenant.

Dès sa sortie de l’auto, Ralph se met subitement à genoux et embrase le sol. J’ai l’impression qu’il a été impressionné par ma conduite.

-T’es un malade.
-Tu crois?

Gerry est tout heureux de voir son enquêteur de retour, même si c’est avec un détenu. Il n’aura pas à s’en mêler et d’ailleurs pour en être sur, il s’habille et part en patrouille.

De mon côté, comme c’est la fête de Ralph mon nouvel ami. Je rassemble quelques policiers et nous lui chantons Bonne fête à toi. C’est normal, une fête ça se souligne.

Une fois en cellule, Ralph se penche vers moi.

-S’il te plait Aubin, la prochaine fois que tu me cherches, appelles moi et je viendrai tout seul au bureau.

Ralph en parlera à tout le monde avant de mourir d’une balle dans la tête quelques mois plus tard. Cette fois ce n’était pas un accident de voiture.