Samuel Fillion Doiron

Étudiant en Enseignement de l’univers social et de l’éthique et culture religieuse au secondaire, vice-président régional de la Capitale Nationale et de Chaudière-Appalaches au Parti conservateur du Québec.

Et si on abolissait la Formule Rand?




Est-ce que je viens de gratter un gros bobo?

En tout cas, c’est ce que mes collègues à mon travail m’ont fait comprendre lorsqu’ils m’ont entendu parler de syndicalisme. Récemment, l’assistante déléguée a pris sa retraite et il faut la remplacer. Mes collègues m’ont demandé si j’aimerais me présenter, car ils pensent que je serais bon. Je leur ai répondu que si je pouvais me désyndicaliser, je le ferais, que je pensais que le milieu de l’alimentation ne devrait pas être syndiqué et que par conviction, je ne serais pas candidat au poste d’assistant délégué.

Les réponses ont fusées de toute part, certains m’ont demandé de préciser ma pensée, d’autres m’ont dit « de dire ça aux travailleurs du 19e siècle qui se sont battus pour des conditions de travail respectables », alors que certains m’ont dit « un syndicat c’est pratique quand t’as un boss cave ».

D’abord, un « boss cave », que tu sois syndiqué ou non, va trouver un moyen de t’arnaquer, de te mettre dehors ou de te mener la vie dure s’il ne t’aime pas. Les bons patrons, de leur côté, avec ou sans syndicat, seront de bons patrons. J’ai personnellement eu la chance de travailler dans des entreprises syndiquées et dans d’autres qui ne l’étaient pas. Parmi elles, parfois le boss était très exécrable, parfois il était très aimable, parfois carrément « papa ou maman gâteau ». Ce n’était pas le syndicat qui faisait la différence, c’était le patron.

Ensuite, est-ce que je peux être contre le syndicalisme sous sa forme actuelle tout en reconnaissant le travail fait dans le passé? Ai-je le droit de trouver que la FTQ, la CSN et la CSQ ont trop de pouvoir et qu’il devrait y avoir des changements sans qu’on me dise que je suis « contre les travailleurs »? Je tiens à rappeler que j’en suis un aussi, un travailleur au salaire minimum par dessus le marché. Par ailleurs, je tiens à préciser que la plupart des syndicats, qui ont mené les gros combats, n’existent plus aujourd’hui ou ont changé de nom et sont devenues de nouvelles entités. Les militants sont probablement tous décédés ou alors très vieux. Étant quelqu’un qui préfère considérer les gens comme des individus, uniques chacun à leur façon, je reconnais le travail fait par eux et non par l’entité en elle-même.

Aujourd’hui nos syndicats sont assis sur une gloire du passé à laquelle ils n’ont jamais réellement participé et qu’ils osent s’approprier pour justifier leurs agissements qui frôlent parfois l’immoralité et les zones les plus grises de l’éthique. J’ai un ami qui m’a raconté avoir reçu la visite, lors des dernières élections fédérales, de deux syndicalistes travaillant pour une centrale syndicale qui essayaient de l’encourager à ne pas voter pour le Parti conservateur du Canada sous prétexte que ce parti était « contre les travailleurs » (en fait c’était probablement plus en raison du projet de loi C-377). Les mêmes qui ont protesté contre Éric Duhaime lorsqu’il a rendu son livre « Libérez-nous des syndicats » disponible gratuitement sur le web.

N’oublions pas non plus l’intimidation dans l’industrie de la construction, le fait que le vote secret ne soit pas obligatoire, la location par la CSN d’une autobus pour envoyer des carrés rouges manifester et tout plein d’autres choses qui auraient mis dans l’embarras certains partis politiques si le projet de loi de Stephen Harper n’avait pas été aboli.

Où est-ce que tu t’en vas avec ça mon Sam?

Je crois que mon titre était assez clair non?

La Formule Rand est dépassée et devrait être abolie pour donner aux gens la liberté de s’associer ou non à un syndicat. La Cour Suprême du Canada a statué que la Formule Rand n’entrait pas en contradiction avec la liberté d’association, mais cet argument n’est valable que si l’on pense en terme de liberté collective et de majorité, pas si l’on pense en terme de liberté individuelle.

« Ah mais là, ce n’est pas juste, pourquoi ceux qui paient du syndicat auraient droit aux mêmes conditions de travail que ceux qui ne le paient pas? »

Qui a dit que ceux qui refusent d’adhérer au syndicat devaient avoir les mêmes conditions que les autres? C’est tout à fait possible d’avoir une convention collective et, de l’autre côté, des employés qui négocient eux-mêmes leurs conditions de travail. Personnellement je trouve que se baser sur l’ancienneté plutôt que sur la performance est nuisible pour ceux qui veulent réellement travailler et éventuellement gravir les échelons de leur entreprise, car ils sont obligés d’attendre leur tour même si celui qui est plus ancien n’a pas toujours les compétences pour monter.

« Si t’es pas content change de job »

C’est le même principe avec les partis politiques, tu peux ne pas être en accord à 100% avec lui, mais tu essaies de t’entendre du mieux que tu peux plutôt que de te partir un autre parti pour le 1% que tu n’aimes pas. J’applique aussi ce principe à mon travail.

Petite parenthèse pour conclure, la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme dit, dans l’article 20 alinéa 2, que « Nul ne peut être obligé de faire partie d’une association. » C’est plutôt drôle de constater que même la DUDH est contre la Formule Rand. Au moins la DUDH comprend que ce qui importe le plus, c’est d’avoir le choix, ce que les syndicats canadiens ne nous offrent pas.