Ghislain Loiselle
Ghislain Loiselle. Journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d'autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, demeurant un généraliste.

La plus haute montagne de l’Abitibi-Témiscamingue n’a même pas de nom !

Comme bien d'autres montagnes de l'Abitibi et du Témiscamingue, le mont Plamondon, dans le Nord-Ouest abitibien, était jadis une île du lac préhistorique Ojibway et les plages qui s'y sont formées au fur et à mesure qu'il se vidangeait, d'abord vers le sud, puis vers le nord, sont bien visibles sur cette photo tirée du livre A.-T. De l'emprise des glaces à un foisonnement d'eau et de vie 10 000 ans d'histoire..

Toutes les régions du Québec ont leur plus haute montagne. Diriez-vous que celle de l’Abitibi-Témiscamingue est le mont Dominant, près du parc d’Aiguebelle? Hé bien non, malgré son nom. Le toit de la région 08 se trouve à l’est de Senneterre et n’a même pas de nom!

C’est ce qu’on peut entre autres apprendre au Musée minéralogique de l’Abitibi-Témiscamingue, à Malartic. Et le mont Plamondon, qui me sert d’exemple ici pour les hauteurs régionales, est loin d’être un des plus hauts sommet du Québec abitibien et témiscamien.

Fou hein ? C’est pourtant bien vrai. Le mont Dominant (572 mètres) ne domine en fait que les collines Abijévis, d’après les données de 2008 de Julien Rivard, de la firme Devemco.

L’Est abitibien à l’honneur!

Une douzaine de monts sont nettement plus élevés dans le plateau de l’Est abitibien et le numéro un atteint 616 mètres. Les autres font 608 m, 605 m, 603 m, 582 m, 580 m (il y en a quelques-uns de cette même hauteur) , 572 m (tout comme le mont Dominant) et 554 m. Aucun n’a de nom, sauf peut-être un qu’on appelle montagne de la Tour parce qu’il y a une tour de communication dessus. Wow! Quelle désignation recherchée!

Si j’étais Algonquin et membre d’une organisation représentative et significative de cette nation, je ferais une démarche rapide afin de donner à chacune de ces montagnes innommées les noms de grands chefs des Algonquins qui ont vécu dans la partie abitibienne et témiscamienne du Royaume algonquin, côté québécois. Et j’appellerais ce massif collines des Chefs. Ce serait bien normal. Après tout, ils sont ici depuis 8500 ans… D’ailleurs, plusieurs de nos entités géographiques portent depuis des lunes des noms algonquins.

À Senneterre, on découvre le mont Moose (488 m) et le mont Bell (411 m).
Ailleurs en Abitibi, il y a les collines Gémini (298 m) et la colline St-Éloi (412 m) à Berry, les collines Béarn ( 409 m) à St-Félix et le mont Dominant (572 m) à Rouyn-Noranda, qui ne domine en fait que les collines Abijévis, dans le parc national d’Aiguebelle. À Rouyn-Noranda sont également assis le mont Chaudron (507 m), le mont Kanasuta (502 m), les monts Bourniot (486 m), les monts Kekeko (482 m), le mont Duprat (465 m), les collines Destor (462 m), le mont Oeil-du-Nord (445 m) et le mont Fabie (365 m). Dans le reste du pays abitibien se nichent le mont Vidéo à Barraute (472 m), les collines Oditan (463 m) et les Nissing (458 m) à Authier-Nord ainsi que les collines Tanginan (448 m) et les Chicobi (418 m) à Guyenne. Dans le territoire non organisé de Rivière-Kipawa campe une montagne non désignée de 533 m alors qu’à Fabre se trouve l
e mont Plante (335 m).

Les sommets de ces nombreuses montagnes assez hautes constituaient des îles, il y a plus ou moins 10 000 ans, époque lointaine où il y a eu deux grands lacs dits préhistoriques, dans cette partie-ci du Québec, le Barlow d’abord au sud, au Témiscamingue (le lac Témiscamingue gonflé à bloc en fait et débordant jusqu’à Rapide-Deux, Rapide-Sept et le réservoir Decelles en suivant la rivière Outaouais, sont affluent principal), le lac Barlow-Ojibway ensuite lorsqu’un lac de marge glaciaire s’est formé au nord, en Abitibi, et qu’il s’est fusionné avec le grand lac méridional, et enfin le lac Ojibway seul, en terre abitibienne, le Barlow s’étant vidangé, laissant des reliquats tout de même significatifs de sa présence : lac Témiscamingue comme fosse tectonique depuis plusieurs glaciations, bien avant le début même du pléistocène, soit 2 millions d’années), lac Simard, lac des Quinze, lac Rémigny, lac Barrière et quelques autres grandes nappes d’eau du Témiscamingue. Le lac Kipawa en particulier est à traiter à part en raison de son altitude et de sa situation géographique au Témiscamingue. Il n’aurait jamais fait partie du lac Barlow, mais lui aurait payé tribut de ses eaux.

Ojibway, qui se prononce et s’écrit également Ojibwe, Chippewa ainsi que Ojiboué, est un nom amérindien désignant les Algonquins ou Anishinaabés. Quant au nom Barlow, il provient d’Alfred-Ernest Barlow (1861-1914) qui a été responsable de l’exploration géologique au nord-ouest de Chibougamau. Il est un des trois fils qui ont suivi les traces de leur père, le réputé topographe Robert Barlow, qui a travaillé pour la Commission géologique du Canada de 1883 à 1907 et a acquis une certaine renommé à Montréal comme géologue consultant. Alfred-Ernest B. a péri dans le naufrage de l’Empress of Ireland, à Pointe-au-Père, dans le fleuve St-Laurent.

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