Ghislain Loiselle
Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d'autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Le lac Ojibway était très profond : plus de 200 mètres !





Le lac glaciaire Ojibway, qui recouvrait l’Abitibi, il y a plus de 8 500 ans, atteignait des profondeurs de plus de 200 mètres à plusieurs endroits dans la région.

Par Ghislain Loiselle

C’est très profond si on tient compte du fait qu’on ne retrouve pas de fosse tectonique, comme au Témiscamingue, en Abitibi.

J’ai relevé sur une carte bathymétrique du lac Témiscamingue une profondeur de 208 mètres exactement entre le 46e et le 47 parallèle, une de 154 mètres juste au sud du déversoir de la rivière Kipawa (en bas du 47e parallèle), une de 152 m au nord-ouest de Ville-Marie et une de 144 m au sud-ouest de l’île du Collège. Et Témiscamingue veut dire, en algonquin, « eau profonde ». Alors…

Aussi peut-on estimer que la profondeur du lac Barlow, cet autre lac glaciaire, du Témiscamingue celui-là, il y a 10 000 ans, était encore plus considérable que celle de l’Ojibway. Car le Barlow était la fosse du Témiscamingue gonflée à bloc, en suivant vers le nord le trajet de la rivière Outaouais dont les eaux se sont confondues pendant des siècles avec celles de l’Ojibway. Le Barlow était facilement comparable au fjord du Saguenay (275 m) pour sa profondeur.

Du point de vue de la hauteur par rapport au niveau moyen des océans cette fois, c’est dans le secteur du lac Goéland, dans le Nord abitibien, que les eaux du lac Ojibway ont été les plus élevées. On a retrouvé des plages anciennes perchées à 460 mètres. Le niveau maximum de l’eau du lac préhistorique comparé au niveau de la mer était toutefois moins élevé de plusieurs dizaines de mètres au moment de la formation de ces plages. C’est qu’il y a eu relèvement de l’écorce terrestre entre le moment de leur formation et celui des relevés effectués ces derniers temps.

La croûte terrestre s’enfonce lorsqu’il y a une surcharge importante sur une longue période à sa surface. Le grand glacier nord-américain a imposé sa masse de -110 000 à -20 000, soit pendant 90 000 ans. Durant finalement la glaciation wisconsinienne. L’inlandsis s’est mis à fondre il y a 20 000 ans, créant les lacs Barlow d’abord, puis Barlow-Ojibway, puis seulement Ojibway (la partie nord restante). Le gigantesque glacier a atteint son épaisseur maximale au sud-est de la mer d’Hudson, quelque part dans le secteur de la rivière Caniapiscau où, d’ailleurs, a fondu le dernier lambeau de glace, il y a environ 6000 ans. Depuis 8000 ans, la croûte terrestre se replace, reprend sa forme sphérique et n’a pas encore atteint l’équilibre. Le nord de la baie James se soulève encore de nos jours au rythme surprenant de 1 mètre par siècle. Dans 5000 ans, le « rebondissement » aura atteint 50 mètres, soit la profondeur de la mer d’Hudson. Le taux de soulèvement était beaucoup plus rapide au tout début de la glaciation et pouvait atteindre plusieurs mètres par siècle.

Plus on s’éloigne du point de surcharge maximum, moins les anciennes plages sont élevées. Ainsi, on a retracé des paléoplages à 380 m dans la zone du lac Preissac, en Abitibi, et d’autres à 300 m et 250 mètres au Témiscamingue, à Ville-Marie et Témiscamingue respectivement. On voit que le soulèvement décroît vers le sud-ouest de la grande région. Les 150 lectures faites pour obtenir ces chiffres montre nettement un gauchissement du niveau de l’eau du lac Barlow-Ojibway, mais, lorsque les réservoirs naturels étaient en eau jadis, la surface liquide était au niveau et c’est dans la région du lac Goéland que l’Ojibway était logiquement le plus profond puisque c’est là que la masse écrasant la Terre avait le plus de poids. L’inlandsis laurentidienne a atteint quelques kilomètres de hauteur à ses points les plus hauts et à maints endroits, il atteignait facilement les 2 km d’épaisseur.

Le comportement des deux grands glaciers actuels sur la planète, le continent de l’Antarctique, et l’île du Groënland, est tout à fait comparable à celui de l’inlandsis laurentidien qui a jadis recouvert l’Abitibi-Témiscamingue et même le nord des États-Unis d’Amérique jusqu’à New York et Chicago.

Sources : Pêches et Océans Canada ; Abitibi-Témiscamingue, de l’emprise des glaces à un foisement d’eau et de vie, 10 000 ans d’histoire.