Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

La scie, fidèle ami… du colon !




Dites-vous godendart ou galendor, quand vous parlez de la scie dont nos bûcherons se servaient pour couper des arbres ?

Par Ghislain Loiselle

C’est que ces deux mots désignent la même scie, longue ou courte, à deux manches dans le cas de la première, à un seul pour l’autre.

Quel que soit le mot qu’on utilise, si seulement on l’emploie encore en 2017, il est tiré du bas latin godandardus, formé du flamand gooden (bon) et de dac (jour). Ça donne bonjour. Le nom d’un outil de coupe qui était celui d’une arme, au début. Ce nom en était un soldatesque et on se servait de l’instrument pour donner le bonjour à l’ennemi. Dans une époque lointaine, le factionnaire était armé d’un godendac ou godendart, dit le pic de Flandres, une arme à hampe dont le fer porte une pointe, un croc et un tranchant. Tout ce qu’il faut, en fin de compte, pour causer des dommages.

Vers la fin du 19e siècle et le siècle dernier, le godendart ou galendor a fait la peau à moult épinettes, pins, sapins, etc., dans l’Outaouais, au Témiscamingue, en Abitibi. Combien de grandes villes américaines ont été bâties avec le bois du Québec ! Et nos résidences aussi en ont profité à plein. Il n’y a qu’à penser aux premières habitations et édifices institutionnels, commerciaux, industriels des débuts de Noranda et Rouyn, dans les années 1920, 1930. Au début, on ne coupait pas un arbre avec une scie à chaîne mécanique. La scie à bras fait donc partie de notre histoire. C’est pourquoi tous les exemplaires qui restent devraient être mis en valeur plutôt que d’être jetés à la poubelle. C’est une partie de notre fierté, comme fils et filles de colons, comme descendants des colonies québécoises et ontariennes ainsi que des autres États fédérés canadiens.

Fait à noter, Jean Séguin, dans son livre Expressions et mots québécois, écrit que le mot godendart a une autre utilisation moins connue. Il désigne, au sens figuré, un homme ennuyeux dont les histoires sont longues à n’en plus finir. « Toé, mon godendart ! ». On se réfère sans aucun doute à l’interminable va-et-vient de la scie sur le tronc d’arbre. On rencontre cette expression surtout dans les provinces maritimes.

Voilà pour les aventures de la scie !