Claude Aubin
Policier et enquêteur à la ville de Montréal pendant 32 ans, Il s'est frotté aux groupes criminels tels que ; la pègre irlandaise, aux Jamaïcains, à la mafia russes, aux Pakistanais, aux Roumains et aux gangs de rues. Il est également auteur de 3 livres. Il vient ici vous livrer quelques confidences.

À contre-courant

Je n'aime pas Justin Trudeau pas plus que Philippe Couillard, mais le choix d'accueillir les réfugiés en est un d'humanisme.






Nick Youngson

Depuis plusieurs jours, les médias nous inondent d’arrivées massives d’illégaux en provenance des États-Unis. Ceux-ci, en majorité Haïtiens, quittent le pays du grand président Trump, un Néron des temps modernes, pour le nôtre. Il en arrive des dizaines par jour et, tout à coup, ça fait peur et les gens y voient une véritable invasion digne des Huns fonçant sur Rome.

Depuis la nuit des temps, l’immigration, plus que la guerre, est le moteur de nos civilisations. Sans cette mouvance, la Terre serait plutôt vide et sauvage. Des gens n’ayant rien à perdre sont arrivés en Nouvelle-France en tant qu’immigrants, il y a à peine 450 ans. Depuis le début, ce pays et cette province se sont fondés sur l’immigration. Juifs, Italiens, Grecs, Portugais, Espagnols Irlandais, Chinois, puis plus récemment, Haïtiens, Vietnamiens, Péruviens, Russes, Jamaïcains, Africains, Magrébins et j’en passe.

Maintenant un peu d’histoire : de 1860 à 1930, entre 100 000 et 300 000 Canadiens français ont passé la frontière pour trouver du travail et s’établir aux États-Unis. Comme immigration, ce n’est pas rien! Ils allaient s’établir au Sud pour trouver du travail et avoir ainsi une meilleure vie. Les mêmes raisons que nos migrants.

Quand on compare cette province avec la France, le territoire du Québec peut recevoir en principe plus de 50 millions d’individus, sans même être tassés les uns sur les autres. Le Canada pourrait en principe être peuplé de plus de 300 millions d’habitants. Je sais, ça fait beaucoup de monde et ça fait peur.

De quoi avons nous peur? De ne plus être des «de souches»? Devenir métissés et s’édulcorer lentement? Désolé, mais c’est inévitable. Perdre notre langue? Pas besoin d’immigration pour ça, on le fait très bien par nous-mêmes. Nos idoles chantent en franglais, nos phrases sont imagées de paroles parfois multicolores. Peur de perdre des jobs au profit des immigrants? La plupart font des travaux que nous ne voulons pas faire et plusieurs ont des compétences que nous n’aurons jamais. De plus, plusieurs seront retournés, car ils ne correspondent pas aux critères des demandeurs d’asile.

Maintenant, qui n’a pas un ami ou une bonne connaissance issu de l’immigration? Mon ami et agent d’immeuble est Ukrainien de première génération; mon médecin est Polonais de deuxième génération; mon restaurateur est un Grec de troisième génération; mes deux meilleurs confrères policiers sont issus de l’immigration. Nous allons manger chez le Viet, au Mexicain, chez le Portugais, chez le Grec, ou au Coréen. Je pourrais continuer ainsi pendant des pages. Ils sont tous issus de l’immigration, donc des « envahisseurs ».

Voyons le bon côté des choses : nous nous plaignons d’être envahis par des anglophones. Cette fois, c’est une troupe francophone qui vient s’installer parce qu’un président orange ne veut pas d’eux chez lui. Il ne les veut pas plus qu’il ne nous voudrait. « Nous ne sommes pas AMÉRICAINS », alors faut-il fermer nos frontières et laisser des gens errer parce que nous avons peur de l’invasion? Pire, les condamner à retourner dans ce cloaque sans nom qu’est Haïti, car ils sont partis de là et personne ne les veut? Donc retournez mourir de faim et surtout faites-le en silence, ne dérangez pas cette quiétude béate qui nous berce.

Je n’aime pas Justin Trudeau pas plus que Philippe Couillard, qui, tout comme Denis 1er, se font du capital politique sur le dos des arrivants, mais le choix d’accueillir les réfugiés en est un d’humanisme. Nous, les Québécois reconnus pour notre ouverture, retrouvons notre cœur et faisons une petite place à ce groupe de réfugiés, comme nous l’avons fait avec les milliers de Vietnamiens dans les années 70 et de Russes dans les années 80-90. Si notre taux de chômage avoisine le 5%, il y a encore de la place pour des bras.

Le reste : les enquêtes et les acceptations ou les refus seront au cas par cas et si au demeurant deux ou trois mille personnes ont la chance de demeurer ici et y vivre en travaillant, nous aurons eu l’occasion de faire une différence dans toute cette insanité du 21e siècle.

La peur de l’autre est souvent le résultat de la méconnaissance.