Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Hunter’s Point, Témiscamingue, vous connaissez?

Cette photographie de Pierre Contant nous offre une vue saisissante de la fameuse chapelle abandonnée de Hunter's Point, Témiscamingue.

Hunter’s Point, Témiscamingue, Québec, vous connaissez?

Par Ghislain Loiselle

J’y suis allé pour la deuxième fois de ma vie en 1984, depuis Belleterre, par lacs et rivières, en forêt.

J’étais avec mon frère Luc, en canot. L’année d’avant, nous avions réalisé l’expédition McWatters (Rouyn-Noranda)-Laforce. En 1984, c’était Belleterre-Kipawa, en passant par Hunter’s Point.

Mon oncle Ronnie Perrier, justement né à Hunter’s Point, m’avait déjà dit que ça se rendait, en canot, de Belleterre à ce hameau historique rejoignant Blancs et Algonquins. Effectivement. Car on l’a fait. Nous sommes même allés jusqu’à Kipawa, en longeant la réserve Kebaoek à la fin du trajet. Au lac Hunter’s Point, nous sommes entrés dans la chapelle catholique-romaine de cet écart en pleine forêt. J’ai enlevé mon chapeau. Il y avait encore les stations d’un chemin de croix, sur les murs.

Un orgue tout déglingué se trouvait encore au jubé (balcon). Des bancs d’église étaient toujours là. À l’arrière de la sacristie, il y avait une toilette sèche, une bécosse (backhouse), mais annexée au bâtiment. J’avais remarqué, dans la grande place, un tas de merdes de chauves-souris. Elles font ça toujours au même endroit. Je trouvais ça dommage, cet abandon.

Il ne me semble pas qu’il y avait de cloche dans le clocher. Sûrement qu’elle a été récupérée par quelqu’un ou par une organisation, pour préservation et éventuellement mise en valeur, exposition.

Cette église délaissée fait partie du territoire du diocèse de Rouyn-Noranda, mais une attente inter-évêchés faisait en sorte que cette petite communauté était desservie par le diocèse de Pembroke.

Lors de ce voyage de 1984, plus loin, sur la rivière Audoin (North River), nous avons rencontré John Perrier, un Algonquin qui assurait être le cousin de mon oncle Ronnie. Il nous a aimablement accueilli dans sa maison. Il se trouvait avec un Américain de New York qu’il appelait le Yankey. Nous étions arrêtés là parce que nous voulions jaser un peu avec des résidents du coin pour savoir à quoi nous devions nous attendre en poursuivant notre route, entre là et Kipawa. C’était sur le bord d’un long pont à une seule voie enjambant le grand cours d’eau. Il paraît que des téméraires sautent du haut de cette structure dans l’eau profonde de la rivière. Moi, je ne ferais pas ça. Ça doit avoir plus de 10 mètres de haut. Finalement, nous nous sommes rendus jusqu’à Témiscaming sans encombres. Une fois que nous avons atteint la pointe au Corbeau, nous sommes descendus vers le Sud en droite ligne pendant 10 kilomètres. Là, la camionnette que nous étions allés porter plusieurs jours plus tôt nous attendait. Ç’a été une belle aventure.

Oh, j’oubliais. La première fois que je suis allé à Hunter’s Point, c’était en 1978 pour y pratiquer la plongée sous-marine avec un groupe. La troisième fois, c’était encore en canot et on était arrêté de nouveau. La quatrième fois, nous avions juste passé devant la chapelle abandonnée, toujours en canot.

L’orgue déglingué

Selon le Regroupement d’informations sur les vestiges oubliés du Québec, l’établissement amérindien de Hunter’s Point, aussi appelé Wold Lake First Nation (Première nation de Wold Lake), est une petite communauté autochtone algonquine située en Abitibi-Témiscamingue, plus précisément au Témiscamingue.

Ancien poste de traite de Hudson Bay, le village fut tout d’abord appelé Hunter’s Lodge et était utilisé par les autochtones pour le commerce de la fourrure. Le poste ferma en 1880, mais une petite communauté d’autochtones continua d’occuper les lieux. Quelques blancs et des métis s’y installèrent également, ouvrirent un magasin général puis, en 1886, un bureau de poste. Au début des années 1900 une centaine de personnes habitaient le village qui incluait une mission catholique. Une église presbytérienne fut érigée en 1914, suivie d’une église catholique en 1915. Une école catholique fut également construite en 1928. La communauté comptait alors 150 individus. Malgré le fait que la plupart des services furent graduellement abandonnés, certains continuèrent d’occuper quelques bâtiments, surtout l’été. Le bureau de poste ferma définitivement ses portes en 1970.

Une vue intérieure de l’église construite en 1909. Pierre Contant a pris ce cliché en 2009.

Le village est situé à 37 kilomètres au nord-est de la ville de Témiscaming au lac Hunter’s Point. Voir la carte au haut de cet article. Le recensement de 2009 y dénombrait 205 habitants, mais 195 de ces personnes vivraient en dehors de la communauté, principalement dans les villages aux alentours. La communauté n’a pas d’assise territoriale. Les membres de la communauté vivent dans la municipalité de Témiscaming et ailleurs au Québec.