Claude Aubin
Policier et enquêteur à la ville de Montréal pendant 32 ans, Il s'est frotté aux groupes criminels tels que ; la pègre irlandaise, aux Jamaïcains, à la mafia russes, aux Pakistanais, aux Roumains et aux gangs de rues. Il est également auteur de 3 livres. Il vient ici vous livrer quelques confidences.

Il faut trouver Ragga

Pour la période estivale, je reviens à mes premiers amours : Flic et confidences. De petites histoires de police.






Je venais de sonner la chasse et tous les policiers du secteur voulaient me faire plaisir. Ils arpentaient toutes les rues et ruelles du quartier pour retracer notre homme.

Dans la soirée, je me suis ramassé avec trois de mes hommes dans un petit appartement de la rue Sherbrooke chez une amie de notre Roméo de la cocaïne. Cette fois, la jeune femme ne ressemble pas du tout à la belle Sharie. Celle-ci avec son air renfrogné ressemble plus à un char d’assaut en mini-short.

– Fouillez si vous voulez, mais il n’est pas ici.
– J’imagine, oui, mais comme on est là !

Les gars fouillent la pièce sans trop de conviction. On se doute bien qu’il n’est pas là, la fille est trop cool. Un de mes policiers, un méchant joueur de tours, regarde la jeune femme dont les poils pubiens sortent en touffe d’une paire de short deux points trop petits pour elle et lance sans prévenir :

– Jolie chatte que vous avez là.

Heureusement, tout près d’elle, un petit chat se frôle contre le sofa en velours doré. Je le ramasse immédiatement.

– C’est vrai, elle est jolie.

La jeune femme me regarde, puis lance vivement :

– C’est un chat.
– Ah… Bon, alors, joli chat que vous avez.

Steve, le constable, ne peut s’empêcher de rigoler. Personne n’est dupe, mais en même temps on ne peut rien nous reprocher, il y avait bien un minou !

La nuit s’achève sans que nous ayons mis la main sur l’homme. Je ne suis pas déçu, il doit bien avoir une dizaine de planques. Le pauvre ne sait pas encore que c’est moi qui le cherche. Ça, il aura bien le temps pour le regretter.

Au matin suivant, ça recommence. Je suis arrivé tôt et le directeur me prête quelques hommes. Quel bel âme, ce directeur.

– C’est vous le spécialiste des Jamaïcains, c’est à vous de me le trouver.

Il aimerait tellement ça que je me casse la gueule. Que voulez-vous, il est pris entre ses statistiques et la cravate; avouons que c’est un choix cornélien.

Je fais ce que je fais le mieux : pousser les gens à me livrer mon tireur fou. Alors, je réveille les gens très tôt le matin. Ils ne travaillent pas et ont l’habitude de se lever tard, alors, un petit sept heures du matin c’est toujours un peu énervant. C’est énervant, mais ça porte fruit. Un peu plus tard dans la journée, un avocat appelle.

– Il semblerait que vous cherchez mon client ?
– Tout dépend, c’est qui votre client ?
– Leroy Edward.
– Ben, il semble que c’est justement l’homme que je recherche.

Au bout de quelques minutes de conversation, j’apprends que toute la communauté jamaïcaine est fatiguée de se faire réveiller par moi et qu’il faudrait trouver une entente.

– Facile, votre client se pointe et moi je suis heureux, je ne vais plus cogner aux portes.

Mais Ragga n’a pas l’intention de se rendre. Il veut juste savoir où en est rendue l’enquête. Trois jours et quinze visites plus tard, le commerce est désert. C’est un peu comme si j’y avais établi mon quartier général. La belle Sharie ne décolère pas.

– C’est du harcèlement, c’est parce qu’on est noirs.
– Tout à fait ma belle, mais aussi parce que Ragga à tiré comme un malade.

Le quatrième jour, on a de la chance. Ragga se fait ramasser par mes hommes alors qu’il est en voiture avec Candy Man, un de ses hommes de main.

J’arrive au poste tout sourire. Enfin, j’ai mon homme. Les gars jubilent, on a fait du beau boulot. Après quelques minutes de gloire, je dois penser à l’enquête. Alors une fouille rapide de l’enveloppe des détenus et je pars à la rencontre du monstre.

Je me retrouve devant un grand gaillard de plus de six pieds, tout en muscles et en rage; il porte bien son nom. Je lui explique qui je suis et ce qui va arriver. La seule réponse que j’obtiens c’est :

– I’m gonna kill you, man !
– Ben, on est là tous les deux, pourquoi ne pas essayer tout de suite ?

L’autre me regarde avec stupeur; il ne s’attendait pas à celle là j’imagine. Moi, je reste planté là, tout seul devant lui.

– Tu veux qu’on règle ça tout de suite ? Celui qui gagne est le chef. Sinon, fais pas de promesse que tu ne peux tenir.

Ragga ne dira plus un mot du reste de la journée. Son avocat téléphonera pour me dire que son client resterait silencieux. C’est son droit. J’aurai un tas d’autres occasions de le croiser, mais ça, c’est une autre histoire.