J’ai abordé le marché du travail avec des idées préconçues, à l’effet que les patrons étaient des exploiteurs, que les normes du travail étaient instaurées pour protéger les droits des travailleurs et qu’on devait faire valoir ces normes «minimales». Au fil des années, j’ai constaté que ceux qui réussissaient là où j’échouais, tenaient un tout autre genre de discours, et j’ai décidé de m’en inspirer. Ce fut le début de mon virage à droite et, de façon étonnamment rapide, de l’augmentation de mes revenus et de ma qualité de vie. D’où ma devise : Toujours indulgente, jamais complaisante.
Espiègle et polémiste, j’aime le choc des idées.

Je suis impliquée depuis quelques temps dans le Parti conservateur du Québec, mettant ainsi en actions ma principale passion, la politique.

J’accuse les lectures obligatoires

Jessie Mc Nicoll

Je ne lis pas. En fait, jamais pour le simple plaisir de lire. À part un auteur peu connu que j’ai découvert grâce à un de ses faux profils sur Facebook.

Quand je lis, c’est pour m’informer ou pour documenter une recherche. Je lis des articles de journaux, des articles scientifiques, des rapports de recherche, des pages de Statistique Canada, de l’Institut de la statistique du Québec et autres bidules remplis de chiffres.

Bref, je lis quand c’est utile, pour aller chercher de l’info ou pour démolir une prétention bidon. La lecture pour moi n’est jamais une fin en soi. Je ne me suis jamais arrêtée à me demander pourquoi il en était ainsi. Je suis une personne plutôt centrée sur la tâche alors ça allait de soi.

Le jour de la mort de Réjean Ducharme, assise inconfortablement dans mon camion, j’ai entendu des gens défiler pour dire qu’ils avaient lu son livre, mais ne l’avaient pas connu personnellement. Le point culminant a été quand Michel Tremblay est venu dire en entrevue qu’il l’avait rencontré une fois brièvement, il y a 20 ou 30 ans, et qu’il semblait mal à l’aise. J’étais renversée de voir qu’on s’acharnait à faire la nouvelle avec la mort de cet auteur, mais que le résultat était gênant…

Arrivée à la maison, j’ai fait un statut Facebook pour me moquer de ces hommages qui me semblaient un peu pathétique dans les termes suivant :

« Un auteur que personne ne connaît meurt. On manque de nouvelles, alors pour lui rendre hommage, on invite plein d’invités qui ne le connaissaient pas non plus. »

Ce qui m’a valu de nombreuses et sévères critiques. Je devrais lire un peu! Inculte que je suis, je n’avais jamais entendu le nom de Réjean Ducharme, le titre de son livre, ni même la chanson qu’il a écrite pour Robert Charlebois. Assez rapidement, j’ai eu la confirmation, malgré que l’échantillon du sondage ne soit pas probabiliste, qu’une forte proportion de la population ignorait également qui était cet homme.

Ceci étant dit, connu et talentueux sont deux choses complètement distinctes et indépendantes l’une de l’autre. Keven Berrigan est hyper talentueux, mais très peu connu. Kim Kardashian est très connue mais… bon, vous avez compris le principe.

Quand je dis qu’une personne n’est pas connue, je n’exprime pas de mépris envers cette personne. Ce que je méprise par contre, c’est le traitement médiatique gênant qui s’en est suivi. Un défilé de Kids Kodak qui viennent dire au micro et à la caméra qu’ils ne le connaissaient pas, mais qu’ils ont lu son livre!!! Wow… Ça, c’est de la nouvelle…

Ce que je méprise également, c’est cette dictature culturelle qui détermine, en fonction des auteurs que tu connais, ton niveau culturel. Wow!!!

Je n’ai pas compris tout de suite pourquoi ça me fâchait tellement, jusqu’à ce que je me rappelle que j’ai déjà lu juste pour le plaisir. C’était il y a très longtemps. Au primaire en fait.

À l’époque, j’ai littéralement dévoré, et quand je dis dévoré, je veux dire qu’à Noël, j’avais fini les « Fiches de coin de lecture » disponibles pour l’année. J’ai lu tous les Tintin, Astérix, Gaston Lagaffe sur lesquels j’ai pu mettre la main et je ne sais combien d’autres BD. Des livres sur l’origami, le macramé et autres arts manuels. J’ai lu toute la collection « De fil en aiguilles ». J’ai dévoré la série complète de « Un bon exemple de… » dans un temps record.

En cinquième année du primaire, je me suis « clenchée » la collection complète des briques « La petite maison dans la prairie ». Et ça, ce sont seulement les collections dont je me rappelle. Chaque semaine, j’allais à la bibliothèque de l’école et je choisissais un nouveau livre que je lisais. Je ne me rappelle pas de tous les titres, mes lectures allaient un peu dans tous les sens.

À la même époque, mon frère demandait en cadeau pour Noël et pour sa fête les « Livres dont vous êtes le héros ».

Et puis avec le secondaire est arrivé avec les lectures obligatoires.

Les filles de Caleb, Agaguk, Bonheur d’occasion, Le Survenant et autres platitudes qui, selon l’intelligentsia québécoise, devaient m’être enfoncées dans un orifice que je n’ai pas choisi, comme un viol littéraire, pour faire partie de ma soi-disant culture générale.

Le cégep a cristallisé mon déplaisir de lire avec des œuvres soporifiques comme Hamlet le roi Lear, Tristan et Iseut et autres insignifiances que les apparatchiks de la culture jugent classiques.

La seule lecture obligatoire que j’ai aimée est « L’oeuvre au noir » de Marguerite Yourcenar.

Bref, je ne lis plus. Mon frère non plus d’ailleurs. Les lectures obligatoires ayant tué mon plaisir de lire, il devient dès lors fort peu probable que je connaisse des auteurs qu’on ne m’a pas forcée à lire. Alors je ne le connais pas Ducharme.

Mais quelqu’un a fait la lecture en ondes de la première ligne de son livre « L’avalée des avalés ». Ça m’a titillée. Peut-être même que si on n’avait pas tué mon plaisir de lire, je me serais intéressée à ses écrits. C’est ben pour dire…