Samuel Fillion Doiron

Étudiant en Enseignement de l’univers social et de l’éthique et culture religieuse au secondaire, vice-président régional de la Capitale Nationale et de Chaudière-Appalaches au Parti conservateur du Québec.

Je suis pour la création d’un ordre professionnel des enseignants

Chef a domicile


Si vous avez pris le temps de lire ma bio, vous savez que j’étudie présentement à l’Université Laval dans le bac en Enseignement au secondaire. Vous n’êtes pas non plus sans savoir que le débat sur la création d’un ordre professionnel des enseignants est redevenu d’actualité grâce aux jeunes libéraux et mon ancien adversaire, Jonathan Marleau.

Tout d’abord, merci Jonathan d’avoir ramené ce débat. Ensuite, j’admets que je trouve cela très décevant que l’on essaie de discréditer l’idée de créer un ordre professionnel des enseignants en disant que les syndicats sont contre et que, de toute façon, un ordre veut protéger ses membres plus que le public et qu’il peut quand même y avoir des poursuites. J’appelle cela un manque flagrant de vision ou une tentative de tuer dans l’œuf une première mesure qui pourrait éventuellement en amener d’autres qui permettraient de réformer notre système d’éducation. Système qui, on peut se le dire, a beaucoup de défauts, mais dans lequel certains profs, pour de bonnes ou de mauvaises raisons, se confortent.

Selon moi, la création d’un ordre professionnel est nécessaire pour la valorisation de la profession, mais aussi pour protéger la profession des enseignants. La valorisation peut sembler banale, mais je tiens à vous faire remarquer que lors de la dernière grève des enseignants, il y a eu un mépris populaire envers eux et beaucoup disaient qu’ils « se plaignaient le ventre plein ». D’autres m’ont déjà dit qu’ils ne gagnent pas plus cher que les infirmiers. D’abord, le salaire des infirmiers est trop bas pour le travail qu’ils font et c’est pareil pour celui des enseignants. Je vous rappelle également que les infirmiers, s’ils font du temps supplémentaire, sont payés en conséquence, alors que les enseignants ont un salaire fixe et vont ramener du travail à la maison. Le rôle de l’enseignant dans son école ne se limite pas à sa salle de classe, car il doit participer aux activités parascolaires, organiser des récupérations, appeler les parents, préparer ses cours, travailler avec d’autres enseignants afin d’aider les élèves en difficulté et, bien entendu, faire la correction des travaux.

Si on exclut les mauvais enseignants et ceux qui ont le derrière assis sur leur permanence, les profs sont des êtres qui ont à cœur la réussite des élèves et qui souhaitent que nos écoles aient de meilleures ressources pour les élèves. Alors je le dis et je l’assume, leurs demandes étaient tout à fait légitimes, car contrairement à ce que vous pouvez penser, nous n’avons pas les mêmes vacances que les élèves et sans permanence, nous sommes sur le chômage pendant l’été. Une journée dans une école commence à 8 h 30 et se termine environ à 17 h… comme tout le monde, la seule différence c’est que le travail continue après que l’on ait quitté l’établissement.

Une autre situation en enseignement que je trouve déplorable, c’est que les professions ne sont pas toutes protégées. Un enseignant de français ne pourra jamais enseigner les mathématiques, mais les cours que l’on considère comme étant moins importants (certains cours à option et l’éthique et culture religieuse, par exemple) peuvent être enseignés par n’importe quel enseignant pour boucher les trous de ceux qui n’ont pas une charge complète dans leur matière. J’ai déjà vu un prof d’éducation physique enseigner l’éthique à mon école secondaire. Les gens peuvent bien dire que le cours est controversé, il est enseigné par des gens qui n’ont jamais été formés pour l’enseigner.

Les enseignants au secondaire sont actuellement des pédagogues avant d’être des spécialistes de leur matière et peut-être qu’un ordre professionnel des enseignants pourrait être un premier pas vers quelque chose de mieux en enseignement.

Mais après ce premier pas, que fait-on, mon Sam?

La création d’un ordre professionnel ne servira à rien si les écoles ne sont pas autonomes. Les dernières réformes ont tenté de mettre l’accent sur l’autonomie des enseignants, mais cela ne sert strictement à rien si les écoles ne le sont pas également. D’où la raison pour laquelle je pense qu’il faut abolir les commissions scolaires et distribuer le financement, par bons d’éducation universels, aux parents qui envoient leurs enfants à l’école. Un directeur d’école doit pouvoir être libre d’engager qui il souhaite et non de se faire imposer des enseignants qui ne correspondent peut-être pas avec le profil de l’école sous le seul critère de l’ancienneté.

Certes, un ordre professionnel est une structure de plus, mais si les commissions scolaires disparaissent et que les écoles deviennent autonomes, cela ne créera pas le bordel administratif que l’on appréhende en raison de la lourde bureaucratie.

Les jeunes péquistes ont également proposé une bonne mesure pour encourager les jeunes à aller vers la profession d’enseignant, soit de rémunérer les stages. Le 1er et le 2e stage sont des stages d’une journée par semaine, mais le troisième et le quatrième demandent d’avoir une tâche complète pendant 5 semaines ou pendant une session complète avec tout ce que je vous ai décrit plus haut. Travailler à temps partiel sans compromettre sa santé mentale est assez difficile dans ce genre de situation.

Finalement, avec un ordre professionnel des enseignants, il y aurait un code d’éthique clair à respecter et nous pourrions virer les enseignants qui y contreviennent. Je me souviens qu’un enseignant en arts plastiques de mon école secondaire distribuait des carrés rouges aux élèves en 2012 et qu’il aurait dû être sanctionné, mais rien. Je n’ai jamais vu un syndicat se préoccuper de l’incompétence des travailleurs qu’ils défendent, mais un ordre professionnel pourra le faire. Je vous invite à y réfléchir davantage et si vous n’êtes toujours pas convaincu, je vous invite à passer quelques jours avec moi en classe; on verra si votre façon de penser va changer.