Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

On a fait Bellecombe-Moffet (90 km) en canot en deux jours!

Mon frère Luc et moi venons d’accomplir notre expédition de canot de 90 kilomètres Bellecombe (Abitibi)-Moffet (Témiscamingue) sur la rivière Kinojévis et la rivière Outaouais, et ce, en seulement deux jours!

Par Ghislain Loiselle

Nous sommes partis du quai public de Bellecombe, au bout du rang de St-Agnès, le lundi 31 juillet, vers 11 h 30 du matin, et sommes arrivés au quai public de Moffet le mardi 1er août vers 23 h 30.

On n’a couché qu’une nuit en forêt et ç’a été au camp de Gérald Richard, aux rapides de l’Esturgeon, où on est arrivés vers 21 h 30 le 31 juillet, après avoir canoté 52 kilomètres!

C’est une grosse journée, car chaque jour de rame de l’Expé-Expo 67 des Canotiers du Nord-Ouest québécois (Rouyn-Noranda/Montréal en 26 jours), en 1967, était de 35 km.

Le lendemain, nous avons parcouru les 38 kilomètres restants, jusqu’à notre destination.

Ceci inclut un portage de 750 mètres (trois quarts de kilomètre), dans le sentier contournant les rapides de l’Esturgeon. Il s’agit d’une évaluation réaliste, car en réalité, nous avons compté nos pas et ça en a donné 950. Comme la majorité des pas ne valaient pas un mètre et que certains pas, dans le sentier accidenté par endroits, étaient très courts, j’ai évalué qu’on avait fait 0,75 km. Et je ne crois pas me tromper.

La première journée, il faisait beau et chaud. Le deuxième jour, ça a bien commencé malgré le vent contraire et en dépit du ciel qui devenait de plus en plus gris. Des nuages sombres, chargés d’humidité, arrivaient de l’ouest, et il y avait des formations orageuses, plus au sud heureusement. C’est dans la seconde demie du 1er août, une fois que nous sommes parvenus dans la passe reliant le lac Simard et le lac Grassy Narrows qu’il s’est mis à pleuvoir et à venter un peu plus. Ce n’était toutefois pas épouvantable. Ma crainte était surtout pour les éclairs sur le lac. Nous nous sommes arrêtés une demi-heure pour manger et reprendre des forces sur une pointe juste avant le lac Grassy Narrows, puis nous sommes repartis, en longeant le plus possible les rives, de façon à être protégés par la proximité des arbres plus hauts que nous, sur les côtes. Le temps était davantage à l’orage au sud-ouest. On a été quitte pour une petite pluie incessante pendant quelques heures à peine. Il ne faisait pas froid. C’est ce qui comptait. Nous n’avons même pas eu à combattre de grosses vagues, sauf lorsque nous avons débouchés sur le lac Simard, et ce, jusqu’au fameux passage Simard-Grassy Narrows. Là, notre navigation nous semblait résolument maritime. C’était toutefois très plaisant. C’était alors plus du sport que du loisir. On prenait les vagues à 45 degrés, de façon à toujours profiter de la descente dans les creux, de travers, pour avancer vers l’ouest. Mon canot de 17 pieds en aluminium léger a très bien fait le travail. Je gouvernais tout en ramant, à l’arrière. Mon frère tractait bien, à l’avant. Les arbres qu’on voyait défiler, du côté de la grève, témoignaient de notre franche avancée.

Une fois parvenus aux vestiges des deux ponts de Grassy Narrows, le voyage a mieux été. Nous nous sommes retrouvés dans un corridor relativement étroit, jusqu’à un élargissement où il y avait toujours des habitations sur la gauche et cela jusqu’à Moffet. Le trajet de Grassy Narrows jusqu’au village nous a semblé interminable. C’est que j’utilisais des cartes 1: 250 000 et un petit centimètre sur cette carte à petite échelle vaut cinq kilomètres. Tout nous semblait court en distance, sur papier, mais tout était long, sur le  »terrain liquide ». La réalité faisait en sorte qu’il y avait encore une douzaine de kilomètres à franchir avant la fin. Et nous trouvions cette distance dure à gagner, la fatigue aidant. L’arrivée a toutefois été fantastique, sur une petite plage de sable, sous la lumière cuivrée d’un luminaire, au débarcadère local. Et que dire de notre petite voyage jusqu’à Belleterre, avec ma petite trois pistons, le canot sur le toit, tous les bagages à l’arrière, assis bien au chaud sur chacune nos banquettes, roulant de nuit, à vitesse modérée, séchant en route… Fort agréable, comme moment de fin d’aventure.

Ceci dit, si les bonnes vagues n’ont pas été si déplaisantes, les grandes étendues à parcourir sur tous les élargissements de la rivière Outaouais nous ont cependant convaincus de ne pas répéter l’expérience du canotage sur grands lacs. Ce qui est bien, en canot, c’est de naviguer sur des rivières davantage étroites où il y a forcément moins de vent et donc moins de vagues. Mon plaisir en canot en est plus un de loisir et de détente que de sport et de compétition. Cela n’a rien à voir avec le fait d’avoir de l’âge. Même à 20 ans, je n’ai jamais trop aimé me faire chier en canot. Un canot, c’est lent. J’aime prendre mon temps sans souffrir.

Je garde un excellent souvenir de cette expédition jusqu’à Moffet et je suis très fier de l’avoir faite en si peu de temps (52 kilomètres plus 38 kilomètres) et surtout avec mon frère, qui avait été mon coéquipier de la première expédition de 1983. Cette année-là, les prévisions météorologiques nous avaient suscité de l’incertitude. Nous nous pressions quelque peu par peur du mauvais temps éventuellement à venir. Comme c’était la première fois que nous canotions sur un trajet méritant le nom d’expédition, nous ne souhaitions pas être bloqués à quelqu’endroit en route. Nous ignorions en fait que nous aurions finalement eu droit à une belle troisième journée si on l’avait réalisée en trois jours. Arrivés hâtivement, cette 3e, on l’a donc passée à nous reposer au gros chalet des Loiselle, à Belleterre, non loin de Moffet.

Les prochaines ne s’apparenteront pas à celle de cette année (2017) qui nous rappelle celle que notre arrière grand-oncle, Charles-Alfred-Marie Paradis (« de Témiskamingue à la mer d’Hudson »… d’ailleurs titre de son rapport, a faite aves ses pairs, en 1886. C’est en kayak de mer et en bateau que nous réaliserons dorénavant avec joie les randonnées sur grands plans d’eau. Ce sont les petites rivières qui seront réservées au canot.