Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

J’ai beaucoup de misère avec les fausses nouvelles

ABONNEZ-VOUS À DIXQUATRE.COM PAR COURRIEL!

Saisissez votre adresse électronique afin de vous abonner à Dixquatre.com. Vous recevrez une notification par courriel aussitôt qu’un nouvel article sera publié, vous permettant ainsi de demeurer à l’affût de toutes les dernières nouvelles!

Rejoignez 563 autres abonnés

 

 

 

 

Quand c'est rendu qu'on invente la nouvelle... Ça me rappelle quelque chose, ça!

J’ai déjà publié qu’un objet volant non identifié s’était écrasé au lac à Truite, à Belleterre, Témiscamingue, que moi et trois collègues journalistes avions gagné un gros lot de la Loto 6/49, qu’un esturgeon monstre avait été attrapé à Grassy Narrows, à Moffet, Te, qu’une grotte avait été découverte au pied du massif Kekeko, en Abitibi, qu’un volcan avait fait éruption à Rapide-Sept, Ai, qu’une Témiscamienne avait été choisie par la NASA pour être la première personne à marcher sur la planète Mars, que l’Abitibi-Témiscamingue avait hérité de la fortune d’un milliardaire newyorkais, que l’heure conventionnelle avait été remplacée par l’heure métrique, avec 10 heures au cadran, etc.

Par Ghislain Loiselle

Mais, dans tous les cas, sans exception, à la toute fin de chacun de mes textes, je finissais par écrire qu’il s’agissait d’un Poisson d’avril. Je trouve que ne pas le faire est malhonnête. Dans le livre, on annonce ses couleurs dès qu’on marque roman. C’est du roman, donc de la pure invention. Dans un quotidien ou un hebdomadaire, on doit indiquer en finale qu’on berne le lecteur. C’est de l’humour. Alors qu’est-ce que ça coûte de le faire?

C’était une condition pour que je me soit autorisé, avec l’appui de mon éditeur, à rédiger de pareils mensonges dans un journal de Rouyn-Noranda, Abitibi, Québec. C’était dans La Frontière.

J’en ai vu imiter cette tradition journalistique, certaines années après, et certains rédacteurs ne précisaient pas, souvent, qu’il s’agissait d’une pure invention, remettant la précision à l’édition suivante, une semaine plus tard. Grave erreur! Il apparaît pourtant logique qu’il faille régler cette affaire sur-le-champ, de façon immédiate, dans la même publication. Mais, je ne sais pas pourquoi, le message ne passait pas. Ils ne saisissaient pas l’importance. Et le rédacteur en chef non plus. Un sixième sens leur manquait, celui de la compréhension de l’importance de l’objectivité dans un médium de nouvelles, de reportages, principalement. On tombait alors carrément dans la désinformation. Pathétique!

J’ai beaucoup de misère avec ça, moi, les fausses nouvelles, les  »fake news ». Une chance que les noms des médias, Le Navet, le Journal de Mourial, etc., aident à saisir que ce qui est écrit n’est pas vrai, que c’est du mensonge volontaire. Le but? Dans mon cas, c’était à l’occasion du Poisson d’avril, pour attraper le monde, les  »poissons » qui mordent à l’hameçon, pour le plaisir, pour divertir, pour amuser, pour faire lire aussi. L’objectif des faux médias? D’être des Poissons d’avril eux-mêmes, comme média, sans doute. À longueur d’année. Mais je n’aime pas qu’on se garde d’écrire dans l’article, à la fin, qu’il ne s’agit pas de la vérité. Parce que la vraie nouvelle (véritable autant que possible) ne doit pas souffrir de ces pratiques. Les gens peuvent en effet en venir sinon à ne plus croire dans les vraies nouvelles, croyant qu’elles sont fausses.

À force de crier au loup, le personnage d’une histoire a fini par ne plus être cru et, lorsque de vrais loups l’ont attaqué, personne n’est allé le défendre et il y a laissé sa vie. Le faux journal n’a rien à perdre, lui, à ne pas être honnête. Mais le vrai, lui, va écoper à cause de l’autre. Et la nouvelle en général. Je trouve qu’on se trouve de plus en plus dans un monde où on ne respecte plus les règles. Je peux comprendre que certains journaux bouffons s’attaquent, par leurs manœuvres, à la crédibilité de journaux véritables, mais emprisonnés dans leurs sources d’information, leurs sources de revenus (les annonceurs), leur administration. Tandis que la liberté de presse des journaux véritables est de plus en plus limitée, à cause de pouvoirs réels en place, les journaux tout faux sont de plus en plus libres, eux, dans leur expression. Quand on lit un Rubrique à brac, on sait bien qu’on a affaire à de l’humour, qu’il soit noir ou d’une autre facture.

C’est de la bande dessinée. On s’y attend. Mais quand les infos-leurres ou infos-attrapes nigauds prennent le visage de l’information réelle (qui a ses limites, qui fonctionne avec son objectivité dans sa subjectivité), la presse est alors directement attaquée. Je dis que ces nouveaux médias ont vraiment besoin d’adapter leurs publications, leurs diffusions, à une loi non écrite qui commande d’être honnête avec le lecteur, l’auditeur, le spectateur. En précisant toujours  »nouvelle inventée » à la fin. Un peu comme ces films projetés dans le cadre du Festival du documenteur (on y projette des documents mensongers). Vous comprenez? Ce n’est pas plus compliqué que cela. Et ça permet d’écrire tout ce qu’on veut, avant l’essentielle précision de la fin.