Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

Drame familial : qui est Ugo Fredette ?

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Ugo Fredette : homme en détresse ou psychopathe ?

Normalement, une émission de radio suit l’actualité. Cette semaine, il semble que ce soit l’actualité qui ait suivi notre émission de radio, à Lise Bilodeau et à moi-même, intitulée Tant qu’il y aura des hommes… et qui traite de condition masculine sur Radio Média Plus. Ironie du destin, notre toute première émission avait pour thème la santé des hommes et l’insuffisance de ressources qui leur sont réservées en comparaison de celles dévolues aux femmes, onze fois plus financées…

L’une de nos conclusions était à l’effet que le manque de services pour hommes pouvait entraîner des drames familiaux ou conjugaux du genre de celui qui allait monopoliser les médias cette semaine, soit la fuite de Ugo Fredette en compagnie de son enfant de six ans, le meurtre de son ex-conjointe et celui, présumé, d’Yvon Lacasse, propriétaire disparu d’un véhicule volé par le fugitif.

La question que je me suis immédiatement posée est la suivante : cet homme qui, selon certains témoignages, était hypersensible et émotif, a-t-il demandé de l’aide ? Et si oui, en a-t-il obtenu ? S’il n’en a pas demandé, est-ce par refus de se regarder en face, ou parce qu’il n’aurait su que trop bien qu’il ne trouverait aucunes ressources adéquates ? Autre hypothèse : avons-nous affaire à un psychopathe ou à un pervers narcissique qui aurait agi de la même façon, avec ou sans soutien ?

Ces questions sont terribles, mais elles doivent impérativement être posées. J’en ai pour preuve le témoignage que j’ai rappelé en ondes d’une femme dont le conjoint, ayant demandé de l’aide psychologique et n’en ayant pas reçue, avait failli tuer ses deux enfants. Comme les seuls organismes existants spécifiquement pour les hommes concernent les hommes violents, il aura fallu ces tentatives de meurtre pour qu’enfin, cet homme se voit diagnostiqué un trouble bipolaire.

Fallait-il se rendre à pareille extrémité pour recevoir enfin de l’aide ? Pour cette famille qui a pu éviter la tragédie, combien d’autres en vivront une semblable à celle qui fait la une en ce moment ?

Témoignages contradictoires

Ugo Fredette est cet homme qui a enlevé jeudi son jeune fils, après avoir vraisemblablement assassiné sa conjointe et mère de son enfant, Véronique Barbe. Il a été arrêté en Ontario après une cavale de 24 heures au cours de laquelle il a volé le véhicule d’un homme dont on a perdu toute trace.

Je tiens à être clair sur cet événement bouleversant : ce n’est pas parce que je dénonce le manque de ressources pour hommes que j’excuse le meurtre odieux ou la personne qu’est Ugo Fredette. Je ne conclus pas davantage que, si les ressources avaient été disponibles, Fredette s’en serait prévalu. Nous avons trop peu d’informations en ce moment pour tirer des conclusions. Nous restons dans le domaine de l’hypothétique, mais il est impossible de demeurer insensible à pareil événement.

Un ami proche de Fredette, Stéphan Parent, cité dans le Journal de Montréal, le décrit ainsi : « Tous les gens qui l’ont côtoyé savent que c’est un gars passionné, impulsif. Des fois, il avait la mèche courte, mais tu peux être intense sans être quelqu’un qui va faire du mal, explique-t-il.

Stéphan Parent parle de son ami comme d’un homme qui a un grand cœur, et des émotions à fleur de peau.

C’est triste, mais je pense que c’est juste un gars qui a trop besoin d’être aimé, et ça a viré à l’extrême, conclut-il. »

Daniel Barbe, frère de la victime, le voit tout autrement : « Ça fait des années qu’on lui disait [à Véronique Barbe] de le laisser, a dit M. Barbe. Il était toxique. C’est un crosseur, un manipulateur, un contrôlant. Je ne l’ai jamais aimé, mais ma sœur, elle, l’aimait comme une folle. Et c’était aussi le père de son fils. Quand ils sont revenus ensemble dernièrement, on a cessé de lui parler. On espérait lui faire réaliser des choses. »

Entre ces deux témoignages, il est difficile de cerner la vraie personnalité de Fredette, documentariste sur les disparitions d’enfants.

Cet intérêt pour les enlèvements d’enfants est « hors de l’ordinaire », selon le psychologue Hubert Van Gijseghem, qui nuance toutefois : « Ce n’est pas parce qu’une personne a une passion ou une attirance pour un sujet qu’elle commettra un acte semblable. » Serge Fortin, du Centre de ressources pour hommes de Montréal affirme de son côté qu’il ne prendrait pas à la légère pareille information concernant un homme en détresse.

L’expression est lâchée : « homme en détresse ». Ugo Fredette est-il l’un d’eux ? Probable. Se double-t-il d’un psychopathe? Toutes les hypothèses doivent être examinées objectivement. Un important élément de réponse sera de déterminer non seulement si de l’aide, étatique ou autre, lui était disponible, mais également si l’homme aurait été disposé à en recevoir. Les jours qui viennent nous permettront sûrement d’y voir un peu plus clair dans cette triste affaire. Que ça plaise ou pas, il est primordial d’identifier et de comprendre les causes d’une telle tragédie si nous voulons en prévenir de nouvelles.