Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

La Plaine argileuse de l’Abitibi descend jusqu’à Rémigny, Moffet et Laforce

Chef a domicile


C’est un peu difficile à croire, mais le lac Simard, le lac des Quinze, le lac Roger et une partie du lac-réservoir Decelles, pour nous typiquement témiscamiens, font partie de la région naturelle de la Plaine argileuse de l’Abitibi.

Par Ghislain Loiselle

Ça ne veut pas dire que ces plans d’eau ne font pas partie du Témiscamingue. Au contraire. Ils se trouvent bel et bien dans le Témiscamingue. Mais géomorphologiquement, la région naturelle nommée plus haut entre dans le pays témiscamien.

Si on reculait de quelques milliers d’années, lorsque le lac Ojibway était à la fin de ses jours, on aurait moins de misère à concevoir ce fait, à cause de l’eau qui atteignait des hauteurs qui n’ont aucune commune mesure avec aujourd’hui.

En 1986, je me suis rendu pour la première fois de ma vie jusqu’au lac Grassy (Narrows), au Témiscamingue, en canot, depuis les rivières Kinojévis et Outaouais, et j’ai été ébloui par la présence de tellement de belle argile sur les rives de cette étendue d’eau constituant en fait un élargissement de l’Outaouais. À ce point que j’avais fait un effort de volonté pour gagner le rivage afin de prendre un échantillon de cette précieuse glaise d’un si beau gris. Plusieurs appellent d’ailleurs la glaise bleue cette argile que coupent la très grande majorité des plans d’eau de l’Abitibi. J’avais des idées de poterie. Comme si j’avais subitement eu un esprit indien des derniers millénaires. Mais je crois que cette glaise ne convient pas pour la manufacture de ces artefacts.

Quoi qu’il en soit, oui, on se trouve, là, dans la Plaine argileuse de l’Abitibi. Et on est pourtant en plein Témiscamingue. Un beau mariage entre l’Abitibi et le Témiscamingue, deux régions réunies aujourd’hui par l’argile du nord et du sud de l’Abitibi-Témiscamingue et par cette grande région administrative québécoise.

Là où j’ai recueilli mon échantillon, eh bien c’est à cet endroit que, il y a des milliers d’années, le grand lac Ojibway a rejoint pour un temps l’autre grand lac glaciaire, le Barlow (le lac Témiscamingue gonflé à bloc avec comme affluent époustouflant l’Outaouais d’alors!). Et on le constate lorsqu’on en sort de cette plaine de glaise, quand on atteint les Laurentides boréales et les Laurentides méridionales ainsi que le Plateau de la Rupert.

Parce que le grand lac préhistorique Ojibway a généré de multiples couches de sédiments, d’été en été, pendant quelques milliers d’années, dès 8500 ans avant Jésus-Christ, lesquels constituent de nos jours nos terres agricoles, en Abitibi-Ouest, dans le centre de l’Abitibi (Amos), dans l’Est abitibien (Val-d’Or), dans la région de Rouyn-Noranda et, donc, dans le nord du Témiscamingue, à Rémigny, Angliers, Moffet, Laforce (incluant l’établissement algonquin de Winneway).

Notons que toutes les autres terres agricoles situées plus au sud ont, elles, baigné jadis dans les eaux du grand lac Barlow. Elles constituent le fond de cet ancien lac qui, très au sud, a déjà coulé dans la mer de Champlain. Cette mer occupait tous les plateaux de la vallée du St-Laurent, à commencer par le chenal principal du fleuve proprement dit, lorsque l’océan Atlantique s’est engouffrée à l’intérieur des terres quand le continent soulagé de sa masse de glace n’avait pas encore eu le temps de se relever. Il a fallu des milliers d’années pour que l’isostasie fasse son oeuvre, relève le sol