Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

L’Abitibi est le nord du Sud

Chef a domicile


La forêt boréale descend jusqu'en Abitibi, mais nous ne sommes pas pour autant nordiques.

Il y a tellement à dire sur le Nord qu’il vaut la peine de prendre quelques minutes pour faire le point sur ce sujet fort intéressant.

Par Ghislain Loiselle

D’abord, il faut savoir qu’il y a différents types de nord : le Nord comme territoire (il prend la majuscule dans ce cas, d’après le Ramat de la typographie), le Nord en tant que pôle (avec une majuscule, car c’est le déterminant), le nord à titre de direction (en minuscule ou bas-de-casse dans ce cas, toujours selon le Ramat), le nord magnétique (en minuscule parce qu’il s’agit d’un nom commun) et le nord dit de la carte (géographique), lequel n’est pas un lieu, donc avec une minuscule. Le Nord est également un hémisphère. Et ce nord commence immédiatement en haut de l’équateur. Il n’a donc rien à voir avec le froid. C’est juste pour désigner la moitié d’en haut du globe terrestre, coupé au parallèle 0.

On associe souvent l’Abitibi au Nord. Cette région n’en fait pourtant pas partie. C’est à tort. Elle est juste plus au nord que les grands centres urbains. C’est juste, comme j’ai déjà entendu dire, en référence aux Pays d’en haut, le  »Pays encore plus haut ». La terre abitibienne est en fait le nord du Sud. Il s’agit de la porte du Nord. C’est en effet le 49e parallèle qui constitue le limite séparant le Nord et le Sud, au Québec. À preuve, la région administrative québécoise numéro 10 porte le nom de Nord-du-Québec. Ainsi, l’Abitibi comme le Témiscamingue et l’Outaouais font partie en réalité du Sud-Ouest québécois. C’est un fait. Bien évidemment, rien n’étant tranché au couteau dans la vie, l’Abitibi est plus froide que l’Outaouais. C’est une question de latitude et d’altitude aussi, car nous nous trouvons à la hauteur des terres, là où l’Outaouais prend naissance. Elle qui se déverse en bout de ligne à Montréal après être passée par Ottawa. Si on a déjà donné le nom de Nord-Ouest québécois à l’Abitibi-Témiscamingue, c’est que la région de la baie James n’avait pas encore été organisée, dans le sens que l’entend la civilisation occidentale. Elle l’a été avec le développement des réservoirs et centrales hydro-électriques de la Jamesie. Même si, on le sait bien, les Cris occupaient déjà et occupent d’ailleurs toujours cette partie du Québec. L’occupation et l’organisation territoriales par les Blancs a amené une désignation blanche sur le plan administratif. Donc, on peut dire que le Témiscamingue et l’Abitibi constitue le pré-Nord. Nous sommes juste avant le Nord. La forêt boréale déborde néanmoins sur la grande région abitibienne et témiscamienne, amenant parfois à penser que nous sommes nordiques. Nous subissons le Nord, sans l’être. Tout comme tout ce qui se trouve sur ce qui a déjà été, il y a 20 000 ans, la limite de l’inlandsis laurentien, le grand glacier nord-américain, à la dernière période glaciaire. Je parle de Chicago, notamment.

Louis-Edmond Hamelin, une sommité pluridisciplinaire au pays, a consacré plusieurs livres sur le Nord. Il a même produit un Code avec lequel les Russes se sont longuement  »amusés ». Il y a donc beaucoup à dire sur le sujet. Je ne viens d’en brosser que quelques paragraphes, en focalisant sur ma grande région d’appartenance. Paul-Émile Victor, un autre phénomène d’homme, a également beaucoup rédigé sur le Nord, notamment dans son livre La Vie des Eskimos, dans lequel il parle du vrai de vrai Nord, l’Arctique. Il y écrit que  »l’Arctique est constitué des terres situées au nord de l’isotherme +10 degrés Celsius de température moyenne du mois le plus chaud de l’année (généralement juillet) ».