Julie Lesage
Quittant le Québec pour le Texas il y a 13 ans, Julie, connue également sous le pseudo Texane, s'est fait connaître en reprenant le site internet Quitterlequebec.com. Passionnée de politique et de la constitution américaine, on peut l'entendre et la lire fréquemment dans les médias québécois. Elle a publié Vivez l'Expérience Américaine, un guide sur l'émigration des québécois

L’après Harvey : ce que je retiens…







 

  • Nous n’avons pas réellement besoin de l’État

Oui, nous avons reçu de l’assistance gouvernementale, mais au moment où j’écris ces lignes, la majorité n’a pas encore vu la couleur de cet argent.

La plupart de l’aide offerte par FEMA est un fond d’urgence pour les items essentiels comme la nourriture, les médicaments, les couches, etc. Le montant est d’environ 500$. L’aide à long terme vient sous une forme de prêt à faible taux d’intérêts. Il y a également l’assurance-emploi pour les gens ayant un revenu d’employeur autonome (l’aide à l’emploi existe déjà pour les employés à salaire). Il y a d’autres programmes moins connus, mais un faible pourcentage des gens affectés pourra en bénéficier.

Le problème en ce moment c’est l’accessibilité aux ressources.  FEMA déclare offrir des habitations temporaires, mais elles ne semblent pas encore disponibles.

L’aide la plus rapide et efficace vient du secteur privé, des organisations de charité locales et des gens comme vous et moi.

Certaines compagnies ont offert des dollars, mais plusieurs ont travaillé sur le terrain.  Les refuges ont eu droit à de la nourriture de qualité, de l’eau, des produits nettoyants, des articles de toileries etc. Tous des dons faits par le secteur privé ainsi que la population.

Lorsque plus de 100 000 habitations sont touchés, il est difficile de trouver un endroit pour y vivre, du moins à moyen terme. Qui peut créer des logements rapidement?  Sûrement pas le gouvernement.  Plusieurs maisons qui sont généralement affichées sur des sites comme AirBNB ont été offertes comme solutions d’urgence.  Nous avons fait de même avec notre petite maison d’invités où nous hébergeons un jeune couple qui attend un bébé d’un jour à l’autre.

Vous direz que FEMA a reçu de nombreuses requêtes?  Bien entendu, qui refuserait un chèque?  La réalité c’est qu’un bon nombre de familles ont été éligibles au 500$ offert par FEMA pour couvrir les besoins immédiats, mais plusieurs n’ont toujours pas reçu ce montant.

  • Nous élevons une génération de princesses

Maman, est-ce qu’on peut commander de la pizza?

Je me suis rendu compte que nos enfants ne sont pas préparés à ce type d’évènement et n’ont aucune conscience du sens d’urgence.  Même en regardant les images à la télé, mes enfants se dissociaient de la situation des autres.  Pourtant, nous étions dans le même bateau.  J’ai parlé avec d’autres parents par la suite et ils ont eu le même constat. Une amie a été témoin d’une crise, car Amazon ne livrait pas de poupée Barbie cette journée-là.  D’autres qui ne savaient aucunement quoi faire sans leur iPad lors d’une panne d’électricité.

Même à l’âge adulte, les générations qui ont suivi la mienne ont du mal à s’adapter à ce genre de situation.  Sur notre groupe Facebook, une jeune femme a lancé un SOS.  Elle ne pouvait pas faire son gâteau sans crème sûre.  D’autres se demandaient, en pleine tempête, si la poste serait au rendez-vous.

Les rues sont complètement inondées et certains se demandent si les poubelles vont passer.

A l’ère où tout est rapide et efficace, les gens n’ont aucune idée que ce qui est accessible aujourd’hui pourrait ne pas l’être demain. Comment se fait-il que nous sommes rendu à un point où il est devenu insupportable de devoir attendre pour un bien non essentiel?

  • Le matelas gonflable a plus d’une utilité

Lorsque l’eau n’est pas assez profonde pour un bateau, mais trop profonde pour la voiture, le matelas gonflable est un excellent moyen de transport.  Vous n’avez pas idée du nombre de sauvetages qui se sont effectués sur un matelas gonflable.

  • Garder certains items au sec dans une maison inondée
  • Se mettre à l’abri des risques d’électrocution dans une maison inondée
  • Transporter des gens ou des denrées sur l’eau
  • Dormir et se reposer dans les refuges
  • Utiliser comme toile pour protéger de la pluie
  • Les médias racontent n’importe quoi

Les médias locaux avaient une couverture bien meilleure que les médias nationaux et internationaux, car leur interprétation n’était pas biaisée.

Il est difficile pour un journaliste qui n’est pas de la place de décrire les évènements et expliquer le comportement des gens.  J’ai entendu des sottises :

« Pourquoi les gens n’ont pas quitté? »

« Il y a une pénurie de pétrole! »

« Les gens sont idiots, car ils n’avaient pas d’assurance inondations. »

Ce sont des trucs que vous ne retrouverez pas chez les médias locaux parce qu’ils savent pertinemment ce qui se passe et ce qui explique ces comportements.

  • Les survivalistes ne sont pas fous

Harvey a été ma 4e crise de ce genre.  J’ai vécu la tempête du verglas qui s’était abattu sur la ville de Trois-Rivières en janvier 1997.  Plusieurs québécois ne se rappellent plus de celle-ci, car elle n’a pas causé autant de problèmes que celle de 1998, mais elle nous avait affecté beaucoup. J’ai également vécu l’ouragan Rita où une grande partie de la population de Houston a décidé d’évacuer en même temps.  J’ai vécu Ike en 2008 où nous avons vu notre plafond s’effondrer.

Lorsqu’une tragédie de masse se produit, les gens se préparent tous en même temps et causent une pénurie de nourriture, d’eau, d’essence,  de batteries, etc.  Les gens n’ont même pas pour trois jours de denrées.  Ce sont ces personnes que l’on voit se plaindre dans les médias sociaux, car ils n’ont plus de lait pour nourrir leur bébé. Une femme a même offert son lait maternel congelé à une femme non prévoyante. Pathétique!

Les réseaux sociaux ont également contribué en bien et en mal à cette tragédie, mais cela sera le sujet d’un autre article.