Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Dans le détroit de Béring, deux îles sont des reliquats de la Béringie




Les Inuits ou Eskimos passent d'une île à l'autre sans se soucier des considérations des Blancs quant à la propriété des deux Diomède, une russe, une américaine.

On retrouve, dans le détroit de Béring, entre la Russie et l’Amérique du Nord, deux terres émergées qui sont des reliquats du  »pont » terrestre qui a permis aux premiers Amérindiens de parvenir dans le Nouveau Monde, il y a 30 000 ans, plus ou moins, en empruntant un passage formé entre l’immense glacier nord-américain et le glacier des montagnes Rocheuses! Ce sont aujourd’hui des îles. Jadis, elles constituaient les pics de deux collines somme toute de faible hauteur.

Par Ghislain Loiselle

Il s’agit de la Grande Diomède et de la Petite Diomède. La première île se trouve sur le territoire russe; la deuxième sur le sol des États-Unis d’Amérique. Elles se trouvent en plein centre du détroit de Béring. La profondeur, dans cette passe, n’est que de 40 à 60 mètres.

De -108 000 ans avant Jésus-Christ jusqu’à -18 000 ans avant J.-C., trois glaciers gigantesques recouvraient le nord du continent nord-américain (en plus de l’inlandsis des Rocheuses, il y avait celui de la Cordillère et, le plus colossal, l’inlandsis laurentien). Eux et tous les autres glaciers de la planète avaient tellement de volume qu’ils ont mobilisé l’eau des océans au point de faire baisser la niveau moyen de ceux-ci de 140 mètres. Ce qui a mis à jour le fond de la passe de quelque 90 kilomètres de large qui sépare la Sibérie et l’Alaska. C’est à cet endroit que, au fil des siècles et des millénaires, des humains qui avaient déjà conquis le Nord à compter de -75 000 ans, se sont retrouvés en Amérique, en progressant toujours plus au Nord et vers l’Est, durant leur vie de nomades, de cueilleurs, de chasseurs, de pêcheurs et de piégeurs. Une fois passés à l’Est, probablement par vagues, la période interglaciaire Holocène (qui signifie Actuelle et qui est encore en vigueur aujourd’hui, jusqu’à la prochaine grande glaciation), est arrivée. Cela remonte à 18 000 ans en arrière. C’était la fin de la glaciation du Wisconsin. Ces hommes et ces femmes auraient voulu rebrousser chemin qu’ils ne l’auraient pas pu. Car, en fondant, les glaciers du monde ont fait remonter l’eau des océans. La Béringie, qui avait une largeur de 1500 kilomètres, s’est de nouveau retrouvée sous l’eau, noyée par l’océan. Les seuls témoins de cette terre de nouveau immergée sont la Petite et la Grande Diomède. Voilà pourquoi ces deux îles sont extraordinaires. Outre le fait qu’il y en ait une russe et une américaine.

La ligne de changement de date

Mais il y a une autre réalité qui fait qu’elles sont hors de l’ordinaire. C’est en effet exactement entre ces deux terres insulaires que se trouve la ligne de changement de date. Ainsi, la nuit où on reculera l’heure, ici au Québec, on pourra s’amuser à raconter un fait bizarre qui se produit toujours sur ces deux îles. C’est celui du décalage. Lorsque ce sera le 5 novembre 2017  sur la Grande Diomède, on sera encore le 4 novembre 2017 sur la Petite Diomède. Et, logiquement, à la fin de la présente année, il va se produire ceci : quand on passera à l’année 2018 sur la Grande Diomède (Russie), sur la Petite Diomède, on sera encore en 2017 pendant une heure.

On aperçoit sur cette carte le passage évident bien présent entre l’inlandsis laurentidien et celui des montagnes Rocheuses.