Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au 10-04

La Ronde, pas toujours plaisante ! (première partie)




10-04 MÉDIA
Sur le même  thème :La ronde… ou quand tes boss jouent aux idiots (partie 2)

Je suis sergent de patrouille ce soir, enfin. J’ai sept nuits à faire et quand elles sont au bureau, c’est comme si tu avais tous les inconvénients du métier sans rien en retour. Tu te ramasses avec les détenus qui s’entassent et les engueulades qui s’y rattachent, les rapports qui s’accumulent et les fautes que tu corriges. Bien oui, certains de ces rapports vont atterrir sur le bureau d’un juge, alors, quand tu écris : « La tinque à l’haut chaude »… C’est tout de même un peu gênant.

– Tu me fais patrouiller avec toi, boss ?
– Oui Robert, comme ça je t’ai à l’œil…

Mon ami La Bine… Est un joyeux drille, toujours à trouver le mot pour rire, joueur de tour rompu à tous les coups fourrés. Ce soir, son partenaire n’est pas là et je ne vais pas le laisser partir seul en voiture. Premièrement le syndicat ne veut pas. Il serait sur une faction que personne n’aurait à redire. Pourtant, il me semble plus dangereux de se promener à pied dans le secteur. Mais bon… Deuxièmement, je n’ai pas envie que tout le monde se retrouve avec une oreille noircie au cirage à chaussures. Alors, il va m’accompagner pendant quelques heures.

Nous avons des vols à l’île Sainte-Hélène. Denis, mon lieutenant, en fait de l’urticaire. Le pauvre ne comprend pas pourquoi tous ces vol. C’est pourtant facile à comprendre, il n’y a qu’une voiture patrouillant sporadiquement les trois îles et le reste du temps elle répond aux appels en ville. Les voleurs ont vite compris. Alors, je passerai quelques minutes avec Robert à y jeter un coup d’œil. C’est quand même son secteur.

Nous n’avons pas fait dix minutes, qu’un appel nous envoie près de la grande roue, pour un homme blessé. En fait, notre blessé l’est surtout dans son orgueil. Voulant impressionner sa blonde, il a sauté par dessus la barrière métallique qui sépare le manège de la foule. Il s’est bien cassé deux dents. Il est transporté par ambulance et l’affaire se termine là.

– On fait un tour du propriétaire?
– Ouais…

Nous passons par les manèges pour nous retrouver face au saloon. Il y a foule et nous roulons donc avec une certaine précaution. Devant nous se dresse une troupe de joyeux fêtards, qui encouragent le plus éméché d’entre eux à rester sur le cheval mécanique. Le pauvre qui n’a que la peau et les os se casse la gueule à chaque fois, mais il s’obstine à y retourner pour le plus grand plaisir de la foule. L’affaire semble virer au vinaigre, car n’ayant plus d’argent, le jeune veut quand même continuer. Puis nous apercevant, il lance tout haut.

– J’me criss des polices, moé!

Je jette un coup d’œil au préposé qui me fait signe que tout va. Je décide donc d’aller me faire oublier. Mais alors que je m’arrête pour donner une information à une dame et ses amis espagnols, un groupe de jeunes arrive en courant et l’un d’eux semble vouloir me parler. Comme je ne sais pas ce qui se passe, je souris au garçon devant moi.

– Bonsoir.
– Arrête de rire bêtement… va faire ta job.
– Pardon?
– Moé, je reste à côté d’Henri Paul Vignola… Pis tu vas perdre ta job! Le gars est à terre pis tu fais rien.

Je regarde Robert, j’ai du sûrement manquer quelque chose. Je retourne à mon interlocuteur qui voit bien que je ne pige rien à rien.

– Le gars du cheval; il a été battu et tu fais rien.

Effectivement, derrière nous, à plus d’une centaine de pieds, des gens semblent regarder vers le sol.

– Robert, va voir et fais-moi signe.

Je reste debout près de la voiture micro en main, pendant que Robert jauge la situation. Mais, tout ce temps, les jeunes ne cessent de me menacer de perdre mon job.

– Mon père va…

Bon cette fois, j’en ai plus qu’assez. Je regarde le jeune le plus proche de moi.

– Si tu veux que je fasse mon job, décolle un peu. Si dans quelques secondes t’es encore là, tu vas faire un tour de valise de char. Compris?

Bon… Ce n’est pas gentil, mais c’est direct et explicite. Tout en lui faisant cette promesse, je pousse le bouton de la valise. Bien sûr, ce n’est que pour ouvrir la boîte de premiers soins, mais il ne le sait pas. Pendant ce temps, Robert me fait signe que tout va bien. Alors, je vais le rejoindre et pose quelques questions à notre blessé, qui n’a pas de marques autres que celles laissées par l’asphalte.

– T’es ok ? Tu veux aller à l’hôpital ?
– Va chier le coch, j’sus pas saoul.
– Je sais que t’es pas saoul. Comment tu t’appelles?
– Mange d’la…
– Viens, on va aller à l’hôpital !
– Veux pas y aller ostie !

Je fais un petit signe à Robert. Comme l’autre idiot n’a rien, je veux l’amener à l’auto et tout simplement le sortir du site de façon discrète. Mais comme nous allions partir avec lui, un monstre de plus d’un mètre quatre-vingt-dix et de cent cinquante kilos vient tout bonnement s’interposer.

– Hey, les gars… Ça fait tu rien, si je le prend et je le ramène chez-eux ? C’est mon chum, pis habituellement, il est correct. Là. il est saoul.
– Si tu t’en occupes, c’est ok…

Le mastodonte ramasse son ami, le grimpe sur son épaule gauche et disparaît dans les tourniquets de sortie. Tout rentrait dans l’ordre et nous pouvions continuer notre nuit.

En fait, pas vraiment. À mon arrivée au poste, le lieutenant tout bouleversé m’avise qu’une meute de plaignants ont assailli le poste. J’aurais laissé un blessé sans soins et menacé de mort le groupe. Cette affaire irait loin.

À suivre…

Libre édition Claude Aubin
Libre édition Claude Aubin