Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

Lise Payette a-t-elle intimidé Léa Clermont-Dion ?

Pourquoi Lise Payette aurait-t-elle fait signer une lettre à Léa Clermont-Dion ?

Cette question se pose, si l’on considère les points de vue contradictoires des deux féministes impliquées dans le coming out de la plus jeune, en l’occurrence Léa Clermont-Dion, sur l’agression présumée qu’elle aurait subi en 2008 aux mains de Michel Venne, un gauchiste bien-pensant jusque-là bien vu d’une communauté de gauchistes bien-pensants. L’anecdote impliquant Lise Payette, relatée par la jeune femme, est troublante au point qu’elle suscite un impact médiatique aussi fort que la présumée agression.

Rappelons que, aux dires de Clermont-Dion, Venne aurait abusé de son autorité en 2008 pour commettre une agression sexuelle sur son employée occasionnelle, alors âgée de 17 ans.

« Comme une proie devant un prédateur… »

Plusieurs croient que c’est au lendemain de l’agression supposée, soit donc en 2008, que Léa Clermont-Dion, après avoir prestement démissionné, aurait demandé conseil à Lise Payette, icône féministe de plusieurs générations de militantes, et que cette dernière lui aurait affectueusement conseillé de se taire si elle voulait protéger son avenir. La jeune femme présente une variante étonnante sur le déroulement des événements :

« Malgré tout, elle [Léa Clermont-Dion] ne dénonce pas. Puis en 2014, survient le mouvement #AgressionNonDénoncée, dans la foulée du scandale concernant l’animateur Jian Ghomeshi.

« Madame Clermont-Dion ressent le besoin de parler publiquement de son histoire, sans toutefois nommer son présumé agresseur. Mais l’année suivante, Lise Payette l’appelle pour la décourager de porter plainte. »

Vous avez bien lu : « L’année suivante », et non en 2008.

Madame Payette, première ministre de la Condition féminine au sein du gouvernement Lévesque, a soutenu avoir voulu protéger Léa Clermont-Dion et non le présumé agresseur. Interrogée sur la version de Clermont-Dion, Lise Payette livre une toute autre interprétation :

« Je lui avais conseillé, mais il faut se reporter à… il y a beaucoup d’années […] et à cette époque elle était très jeune et mon conseil a été de lui faire réfléchir à ce que ça entraînait. On n’était pas du tout dans le mouvement dans lequel on est maintenant. Et j’avais peur pour elle que ça nuise à ses capacités de développement personnel. Je lui ai dit: “Regarde si tu t’en vas toute seule là-dedans en ce moment, il est possible que tu n’aies plus de travail jamais” et je lui avais fait remarquer ça. »

Même en 2008, ces positions ne brillaient pas par le militantisme… pour dire le moins !  Si elles ont bel et bien été énoncées à cette époque, bien sûr !

Léa Clermont-Dion, qui situe toujours l’échange entre les deux femmes en 2015, offre un point de vue contradictoire :

« Elle [Lise Payette] me dit que j’ai fait du tort à un ami. Cet ami, c’est Michel Venne qui brigue la direction du journal Le Devoir. Par ma faute, il n’aura pas le poste me dit-elle. J’ai « brisé cet homme, sa famille ». Elle me demande de me rétracter, car « après tout, je n’ai pas été violée ». Elle me demande de signer une lettre réfutant les faits. Car, à ses dires, je pourrais être poursuivie. Poursuivie de quoi? Avec du recul, de rien du tout. Mais, à ce moment-là, je suis en mode panique je ne vois plus clair.

« J’ai le vertige. J’obéis. Je signe. Je commets l’erreur. Je réagis comme une proie devant un prédateur, encore. Je fige. Je me soumets. Je m’étais promis de ne plus tomber. »

Où serait la lettre ?

S’il existe un élément de preuve à l’effet que Lise Payette ait bel et bien usé de son influence pour faire taire Léa Clermont-Dion, c’est bien la lettre que cette dernière aurait signé sous la menace à peine voilée de poursuites et de nuire à sa carrière en dénonçant. À ce sujet, Clermont-Dion déclare :

« Elle a fait ça pour me protéger de moi-même(?!), paraît-il mais à d’autres moments, elle insiste aussi beaucoup sur la famille de Michel Venne. La triste vérité, c’est qu’elle a fait taire une victime en usant de menaces à peine voilées. Pour défendre un ami? Décidément, les amis de Lise Payette peuvent compter sur son indéfectible sollicitude. Où est la lettre? Elle ne sait pas. Venne l’aurait prise, mais pour faire quoi? »

Si Michel Venne détient la lettre, on comprendra qu’il n’aura aucun intérêt à la rendre publique, même si elle semble l’innocenter… C’est pourtant ce bout de papier qui pourrait accréditer la version de la jeune féministe. Quel intérêt aurait-elle eu à signer un document la présentant comme une menteuse ? On ne peut avoir de certitudes dans pareille affaire, mais peut-on vraiment écarter l’hypothèse que la même militante ayant défendu le pédophile Claude Jutras ait pu faire de même pour protéger son ami Michel Venne ?