Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Qu’ils soient de l’Est ou de l’Ouest, il y a des cougars en Abitibi-Témiscamingue




Le cougar, également appelé puma ou lion de Montagne.
L’article écrit par un collègue de l’époque, Yvon Audet, après l’abattage.

On s’en fout un peu de savoir si on a affaire à la sous-espèce dite de l’Est ou de l’Ouest. Ce qui compte, c’est qu’il y ait bel et bien des cougars au Québec et en particulier en Abitibi et au Témiscamingue!

Par Ghislain Loiselle

Un de ces félins a d’ailleurs été abattu par un propriétaire, dans sa cour, à Saint-Lambert, en 1992, et ce spécimen a été naturalisé, empaillé comme on dit vulgairement, et a été exposé au Centre d’interprétation du parc national d’Aiguebelle, à Rouyn-Noranda, Abitibi.

Sans doute faut-il plus que l’événement de cet abattage pour convaincre les sceptiques de  la présence réelle en sol témiscamien et abitibien de ce félidé dont les derniers signalements (cougar de l’Est) remontaient à 1938, au Maine, et à 1932, au Nouveau-Brunswick. Des cougars en général, peu importe leur sous-espèce, il y en a eu de nombreux qui ont été observés depuis. En particulier depuis 30 ans. Du côté ministériel (Québec), on a même dressé une carte où on peut voir tous les endroits des observations qui ont été rapportés. La carte est pleine de points. En supposant qu’un bon nombre de ces signalements sont faux (car il faut quand même bien voir l’animal sur une photographie ou un film, puisqu’il est facile de dire que c’est un cougar quand on aperçoit très loin ce qui peut aussi bien être un lynx), on peut tout de même dire que plusieurs sont véridiques.

Si vous venez à rencontrer un cougar, en forêt, vous vous en taperez de savoir s’il est de l’Est ou de l’Ouest. Un puma, voilà ce que vous aurez devant les yeux. Ce sera ça, l’important. Et vous devrez alors faire preuve d’une extrême prudence avec ce lion de Montagne. De fait, c’est comme une petite lionne. Il s’agit d’un prédateur, d’un carnivore. Ce gros chat est un chasseur très efficace, comme d’ailleurs tous les chats dignes de ce nom. Cette bête sauvage, comme tout animal vivant dans les bois, ne cherche pas la compagnie des hommes, heureusement. Mais, quand le puma est en mode chasse, on doit s’attendre à tout. Danger!

RAPPEL

Le 4 février 2005, Louis-Gilles Francoeur faisait paraître cet article dans Le Devoir.

 »Il avait disparu du Québec, du moins officiellement, dans les années 1925-30. Felis concolor, qu’on appelle aussi cougar, puma ou lion de montagne est officiellement de retour au Québec après vingt ans de débats sur sa présence, réelle ou mythique.

Analyses d’ADN à la clé, le ministère des Ressources naturelles, de la Faune et des Parcs (MRNFP) a confirmé cette semaine sa présence dans au moins deux régions du Québec, au Saguenay-Lac-Saint-Jean et dans la région de la vieille capitale.

Le débat sur la présence du cougar au Québec a été entretenu depuis le début des années 80 par un nombre croissant d’observations chaque année. Il avait été grandement attisé lorsqu’un résidant de l’Abitibi en avait abattu un dans sa cour en 1992. Un autre a été détecté dans la zec des Anses en Gaspésie, en 2002, un projet de repérage auquel, malheureusement, le ministère n’a pas voulu donner suite malgré son intérêt scientifique.

Le cougar n’est ni une espèce menacée ni une espèce vulnérable car, officiellement, il n’existe plus au Québec! La confirmation de sa présence dans nos forêts ouvre cependant la porte à une désignation rapide. Mais il est interdit de l’abattre, sauf en cas de danger, car il ne fait partie d’aucune catégorie des animaux dont on permet la chasse ou la trappe.

Hélène Jolicoeur, biologiste responsable des dossiers du loup, de l’ours et maintenant des cougars au MRNFP, précise que les premiers rapports d’observation ont été faits au ministère vers 1955. On parle aujourd’hui d’une centaine de rapports d’observation par année, et cela, dans toutes les régions du Québec. Mais toutes ces observations ne sont pas crédibles et le ministère amorce une démarche afin de pouvoir les valider davantage. Disons que le scepticisme de certains au ministère les a même conduits à évincer des rapports d’observation minimalement crédibles! Plusieurs personnes ont photographié, et même filmé, le félin mais jusqu’à présent, précise Mme Jolicoeur, ces documents demeurent peu probants.

Certaines observations vérifiées de cougars ont été faites grâce aux sites de frottage mis au point par la firme Envirotel de Sherbrooke. Cette technique permet d’obtenir confirmation de la présence et la signature biologique d’un animal sans avoir à le capturer. Le système est d’une simplicité désarmante: un poteau entouré d’un matériau très adhérent, comme un «Velcro», si l’on veut. On l’arrose d’urine de cougar, mâle ou femelle, mélangée à des phéromones synthétiques. On laisse la libido du félin faire le reste. Les poils laissés par le cougar qui s’y frotte de plaisir ont permis des observations formelles aux zecs des Anses en Gaspésie et à la zec Martin-Valin au Saguenay.

Une des deux preuves de la présence de Felis concolor au Québec est attribuable à la ténacité d’un technicien de la faune du Saguenay, Jean Tanguay. Un automobiliste avait frappé ce qui lui semblait être un cougar, juste après son entrée dans la réserve des Laurentides, près de Québec. Après une évaluation des dommages à sa voiture et un examen de l’animal, l’automobiliste est reparti. Un camion s’est alors arrêté qui pourrait avoir enlevé le fauve. L’automobiliste accidenté a raconté son histoire au pompiste du parc. Quand l’affaire est parvenue aux oreilles de Jean Tanguay, quinze jours plus tard, ce dernier a traversé le parc pour aller voir sur place s’il restait quelque preuve tangible. Mais rien de subsistait de la collision. Ses recherches méticuleuses en bordure de la route lui ont même valu d’être arraisonné par des policiers de la SQ!

Il a alors entrepris avec ténacité de retrouver le radiateur de la voiture accidentée dans l’espoir de recueillir quelques poils. Mais le radiateur avait disparu. Quelque temps plus tard, le garagiste le rappelle pour lui dire qu’il serait peut-être possible de retracer le pare-chocs. Nouvelle enquête mais fructueuse, celle-là. Le pare-chocs avait miraculeusement conservé des poils et un peu de chair du félin. Le Laboratoire d’écologie moléculaire et d’évolution de l’Université de Montréal devait confirmer, grâce à une nouvelle méthode, qu’il s’agissait bel et bien d’un cougar. Il faudra cependant d’autres analyses pour déterminer le sexe et surtout la sous-espèce du félin.

Si le débat sur la présence du cougar au Québec est maintenant clos, un autre subsiste sur l’existence d’une sous-espèce propre à l’est du Canada, Felis concolor cougar. On connaît six sous-espèces de cougars dont une seule nord-américaine. Cette dernière regroupe présentement à la fois les cougars de l’Ouest canadien et ceux de l’Est, qu’on retrouve notamment en Floride. D’autres observations de cougars ont aussi été faites en Saskatchewan et en Ontario. La bête abattue en Abitibi en 1992 était d’une sous-espèce sud-américaine, ce qui soulève l’hypothèse que quelqu’un aurait pu le relâcher dans nos forêts où il aurait survécu. Depuis le début de 1992, la Loi québécoise sur la garde des animaux en captivité interdit à quiconque de posséder un animal dangereux, sauf les personnes qui avaient déjà un pareil toutou en leur possession.

Les services fauniques ont donné mandat aux universitaires, a expliqué Mme Jolicoeur, d’identifier la sous-espèce à laquelle appartiennent les deux cougars identifiés au Saguenay et près de Québec. Mais le laboratoire universitaire a aussi le mandat de trouver la signature génétique de quatre cougars présentement conservés en musée, dont on sait qu’ils ont été capturés au Québec entre la fin du XIXe et le début du XXe siècle. Ces spécimens se retrouvent au musée du Séminaire Saint-François, au musée Redpath, dans un musée du Nouveau-Brunswick et au musée national à Ottawa. Ces analyses vont servir à établir quelle était la lignée d’origine des cougars québécois, et si ceux d’aujourd’hui sont leurs descendants ou des spécimens réimplantés, ou encore des migrateurs de l’Ouest. Fascinantes questions.

Entre-temps, Québec devrait sans doute mettre au point un protocole de repérage plus serré avec ses principaux partenaires fauniques, les bénévoles et les employés des zecs. Leur fédération a en main au moins six «fiches d’identification» crédibles, émanant dans certains cas d’employés rompus aux espèces de leur territoire. Un protocole serré permettrait sans doute aux employés des zecs d’aller plus loin que les fiches d’identification en amorçant immédiatement la recherche de preuves tangibles de la présence du félin, comme des empreintes de pas, des poils ou des excréments. Et il faudrait peut-être que le personnel du ministère augmente sa vitesse de réaction en cas de signalement particulièrement crédible, ce qui serait possible s’il recueillait les témoignages au moyen de la ligne SOS Braconnage, le numéro le plus connu des citoyens. On se demande d’ailleurs pourquoi ce numéro n’apparaît pas à l’endos de tous les permis de pêche et de chasse… »

Faites une petite recherche sur Google et vous verrez que le cougar en Abitibi-Témiscamingue est loin d’être une légende.