Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Il a son camp depuis 50 ans et ne l’a jamais barré!




Un camp, c'est un milieu de vie.

Un respectable nonagénaire, ami à moi depuis peu, m’informait, ces derniers jours, que ça va faire 50 ans, en 2018, qu’il possède son camp de chasse et de pêche, sur la rivière Outaouais, et qu’il ne l’a jamais barré.

Par Ghislain Loiselle

Il s’est fait voler et a été vandalisé à quelques occasions, mais si on compare le nombre d’actes commis au nombre d’années écoulées, on peut affirmer que la très grande majorité du monde fait vraiment preuve de respect et de gros bon sens.

Je dirais que si mon ami avait verrouillé son camp, les mêmes sans-desseins auraient ajouté des introductions par effraction à leur crime impuni. Ils auraient fait sauter le cadenas pour commettre les mêmes délits une fois à l’intérieur. Saouls, peut-être, ou drogués; il y en a qui ont été jusqu’à tirer du gros calibre un peu partout à l’intérieur du camp. Un trou dans le poêle à bois encore visible aujourd’hui témoigne de cet événement sordide. Mais le camp a toujours tenu le coup depuis 1968! Il est toujours debout, fier!

La première fois que je suis allé à ce camp, c’était en 1983. Mon frère Luc et moi venions de parcourir de nombreux kilomètres en canot depuis le rapide Gendron, sur la rivière Kinojévis. Nous nous étions arrêtés, la veille, pour dormir à un camp lui aussi toujours existant en 2017. Nous y avions en fait levé la tente, dans la cour en avant du camp en question, sur le bord de l’Outaouais. C’est le lendemain que nous sommes parvenus au camp de mon ami, structure qui date, je le rappelle, de 1968. 1968, c’est pour l’installation comme telle à son emplacement. Car le bâtiment existait déjà avant 1968, mon ami l’ayant acheté à Hydro-Québec et transporté jusque là depuis Rapide-Deux, sur un radeau fait d’arbres de bonne longueur et de bon diamètre, du cyprès (pin gris), je crois. C’était la première fois que j’y allais parce que c’était la première fois que je réalisais cette expédition entre l’Abitibi et le Témiscamingue. Pour nous, tout ce que nous avons vu depuis notre départ du vieux pont Kinojévis jusqu’à Laforce était du jamais vu. Je me souviens que quelques semaines avant notre arrivée à ce camp, un jeune Américain de 16 ans s’était noyé dans des rapides, quelques kilomètres plus loin. Je l’avais lu inscrit sur un mur à l’intérieur. Je ne me souviens pas si on avait osé écrire quelque chose sur un mur. Mais il me semble bien qu’il y avait un cahier, sur la table, et que j’y avais noté quelques mots pour marquer notre passage et pour remercier de son hospitalité notre hôte absent à ce moment. C’était je crois le 25 juin (1986).

Nous y sommes arrêté à quelques reprises lors d’expéditions subséquentes, notamment en 1985 pour y dormir et à d’autres occasions jusqu’en 2017. Cette année, mon frère Luc et moi, encore, y avons fait une halte en canot pour y coucher pour une nuit. Cette fois, j’ai inscrit notre passage sur un mur où il y avait d’autres manuscrits. C’est cette année que j’ai vraiment connu le propriétaire et un de ses enfants. Cela faisait des années que je connaissais son nom que je tais volontairement parce que je ne veux pas dévoiler l’emplacement de son camp sans son consentement. De toute façon, cela n’apporterait rien de si significatif à mon histoire. L’important, c’est qu’un homme a un jour acquis une petite bâtisse, l’a fait flotter jusqu’à un lieu somme toute assez éloigné, l’a montée assez haut sur la rive avec des treuils et a conservé sa belle cabane jusqu’à aujourd’hui. Il en a reçu, de la famille, des amis, dans son camp, mon ami, depuis bientôt 50 ans. Voilà un exemple de permanence et d’amour de nos contrées à la hauteur des terres. Et le fait qu’il ait toujours rendu son campement accessible sans que les visiteurs se sentent mal à l’aise en y allant est un autre bon point. Des gens, en effet, peuvent se trouver mal pris. Mon frère et moi, par exemple, étions arrivés de nuit au camp juste avant ce camp en 1986. Il y avait pas mal de moustiques. S’il n’y avait pas eu l’endroit où nous avons fait du camping, nous aurions été bien contents d’entrer dans le camp de mon ami en continuant notre route un peu plus. On retrouvait et on trouve encore en ce camp, un poêle à bois pour se réchauffer, un toit et des murs pour être à abri des maringouins, des intempéries, des bêtes sauvages.

Il y en a beaucoup comme lui, en Abitibi et au Témiscamingue (et bien évidemment dans combien d’autres belles régions du Québec), des amoureux du territoire et de leur cabane, de leur camp, de leur chalet. Des gens qui vivent le monde de la maison, en ville, et le monde de la villégiature, plus rustique, en campagne forestière ou agricole. Notre région en est une en sol québécois qui est riche de camps de chasse et de pêche. C’est un des éléments qui font du pays abitibien et du pays témiscamien des petits Québec hors de l’ordinaire. Nulle doute que nous pourrions avoir mille et un témoignages des plus intéressants d’autres propriétaires de camps en région. Une tradition à conserver et à fêter. Bon 50e anniversaire de ton camp, mon ami!