Bradley Jacob

Bradley Jacob, étant autochtone de Manawan, a vécu bien de la misère avant, mais aussi après ses deux cures de désintoxication. Il a entre autres été pris dans le cercle vicieux de l’alcool et de la violence. Aujourd’hui, il se passionne pour le métier de cuisinier et donne également des conférences pour sensibiliser les gens. Son lourd passé lui permet de défaire les préjugés face aux autochtones et d’expliquer les réalités qui les entourent.

Le bonheur n’est pas une destination, mais une façon de voyager




Bradley Jacob 

Je m’appelle Bradley Jacob et je suis natif d’une communauté au nord de Lanaudière : Manawan.

Tout au long de mon enfance, j’ai vécu dans la violence, l’alcool et la drogue dur à mesure; j’ai évolué dans ce contexte en vieillissant. Pendant un séjour en famille d’accueil, j’ai subi des agressions sexuelles. À l’école, je me faisais souvent intimider.

J’ai pris ma première goutte d’alcool quand j’avais 14 ans et je me suis senti tellement bien que j’en voulais toujours plus. Ce sentiment m’a habité pendant de nombreuses années.

Un jour, le 25 décembre 2002, en me réveillant sur la Côte-Nord chez un de mes amis alors que cela faisais 3 semaines que j’étais en boisson, j’ai pris la décision d’arrêter de boire sans l’aide de personne, car j’étais orgueilleux… Après quelques temps, on m’a demandé de travailler dans la police; cela m’a beaucoup aidé, car c’était moi qui voyais les autres ivres.

J’ai été 4 ans sans consommer. J’avais une belle maison ainsi que tout ce que je désirais quand j’étais jeune. Les années ont passé. Pendant ma carrière de policier, j’ai vu des choses que l’on oserait jamais croire. J’ai entre autres décroché 52 pendus dont 4 qui sont décédés. Ce qui m’a troublé le plus, ç’a été ma rencontre avec une jeune fille de 11 ans qui a été séquestrée, et qui présentait des déchirures vaginales ainsi que de nombreuses ecchymoses sur tout le corps. Après des années de service, je ne dormais que 2 heures sur 24, je ne mangeais plus et je ne faisais que boire (sauf de l’alcool). Je passais mes journées à pleurer et à être sur la patrouille.

Un jour que j’en ai eu plus qu’assez, j’ai tenté de me suicider dans une des cellules du poste. Mon collègue est venu me dépendre. C’était le 11 juillet 2006. Le lendemain, je rencontrais le médecin de la réserve à Pakuashipi. Je décrivais tous mes symptômes… Le médecin me déclara burn out. J’avais à peine 22 ans. Le 12 juillet, je quittais la police pour des raisons médicales.

J’ai pris mon première verre alcool après 4 ans.

À cause de ma consommation, j’ai quitté une femme avec qui j’ai eu une fille, aujourd’hui âgée de 10 ans. J’ai rencontré une autre femme avec qui j’ai eu un garçon. J’ai consommé pendant de nombreuses années. J’ai fait subir de la violence à mes proches. Un soir de 2009, je me suis retrouvé en arrière des barreaux pour violence conjugale. Les années suivantes ont encore été empreintes de violence et, en 2011, je me encore retrouvé en arrière des barreaux pour violence, complètement soûl…

Mon avocat m’a demandé si je voulais aller en thérapie… Après réflexion, j’ai accepté.

Le 13 mai 2011, j’ai fait une thérapie fermée de 3 mois, suivie d’une thérapie ouverte de 3 mois aussi. La cour m’avait interdit d’aller à Manawan pendant les procédure judiciaires, soit jusqu’à juin 2012 . En décembre 2012, je suis retourné en thérapie  sur une base volontaire pour défaut de comportement. Puis, je suis retourné aux études en déficience sociale afin d’apprendre comment intervenir auprès des gens atteints de maladies mentales.

Aujourd’hui, j’ai un bon bagage en psychologie et maintenant que mes études sont terminées, j’en pour travailler en cuisine; ce n’est pas mon domaine, mais j’aime ça. Je me rend compte que pendant des années, je ne me suis jamais accepté tel que j’étais. Pendant ma sobriété, j’ai eu l’occasion de demander pardon à mes enfants pour mieux avancer. Je leur ai dit la vérité, pourquoi j’ai quitté leur maman pour la consommation d’alcool, et aujourd’hui mes enfants acceptent la situation. Ils savent que je les aime.

Lorsque j’ai fait mes demandes de pardon, ma fille m’a dit : « Papa, c’est pas grave. Tout qui m’importe, c’est que tu sois là avec moi. Je t’aime de tout mon cœur, car tu es mon héros. » Mon fils, quant à lui, m’a dit : « Papa, l’important dans tout ça, c’est que je t’aime, je peux te voir et te serrer dans mes bras. » Wow! Ç’a été émouvant…

Et le plus beau cadeau que je me suis fait, c’est d’accepter de pardonner à mon père biologique ce qu’il m’a fait subir, la négligence, et depuis ce temps, je vis plein de gratitude. Aujourd’hui, j’ai un emploi stable et une copine qui accepte pleinement mes défauts, mon passé et mon présent. Depuis le 28 mai 2015, j’ai entrepris les démarches afin de faire les poursuites judiciaires contre mes agresseurs et depuis ce temps, je vis pleinement ma vie afin d’avoir une paix intérieure et continuer mes activités sans crainte.

Dis-toi une chose : que le meilleur est à venir. Apprendre à s’aimer, pardonner et accepter sont les seules chose que tu puisses faire pour mieux vivre et accéder à ton propre bonheur .