Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

Nos garçons, premières victimes de mauvais traitements, plus invisibles que jamais !

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Les garçons, ces victimes oubliées..

Vous ne le saviez pas ? Pas étonnant, surtout en ce temps-ci de l’année où les femmes sont présentées comme les seules victimes de sévices toutes catégories. Voilà pourquoi il deviendrait nécessaire de rappeler l’existence d’un document essentiel sur la violence infligée aux garçons, autant enfants qu’adolescents, intitulé très judicieusement Le garçon invisible. Cette étude avait été réalisée par l’Association des familles d’accueil du Canada (AFAC) pour le compte du Centre national d’information sur la violence dans la famille, de Santé Canada.

Mais voilà, le document est disparu du site de Santé Canada et on n’en retrouve qu’une copie truffée de coquilles dans cet autre site. Faut-il s’étonner d’un pareil je-m’en-foutisme étatique envers nos garçons ? Du moment qu’on ne braille pas sur le sort des femmes et des filles, ce qui touche les garçons, même enfants, on s’en tape chez nos fonctionnaires, comme chez nos élus. Et pourtant, il y a dans cette étude de quoi ouvrir grand les yeux sur un phénomène délibérément ignoré. J’en avais retracé les grandes lignes dans une lettre ouverte publiée en 2009 dans le Soleil de Québec. J’en reprendrai ici le libellé, malheureusement toujours d’actualité.

On y apprend que le Canada, par ailleurs tant vanté pour son avant-garde humaniste, tire nettement de l’arrière quant à la reconnaissance de cette problématique (la souffrance des garçons), en comparaison de plusieurs pays occidentaux. Même nos voisins du Sud ont défriché le terrain et n’hésitent pas à affirmer que les plus jeunes garçons représentent la majorité des victimes de mauvais traitements physiques et émotionnels chez les enfants et les adolescents.

Preuve que notre pays n’est pas totalement déconnecté, une étude ontarienne corrobore ce fait en précisant que les garçons demeurent surreprésentés dans les catégories des mauvais traitements physiques avec des pourcentages de 59% chez les 0-3 ans, 56% pour les 4-7 ans et de 55% pour les 8-11 ans. Ces majorités peuvent paraître courtes, mais dans un contexte où les victimes reconnues de sévices en tout genre restent principalement féminines, elles permettent de rééquilibrer les perspectives.

N’est-il pas étonnant que le groupe des 12-15 ans soit le seul à afficher une prévalence supérieure pour les filles, avec 56%? Entre ces âges, les garçons sont toutefois moins portés que leurs consœurs à signaler une conduite abusive et tentent de se défendre eux-mêmes. Une volonté de s’affirmer prématurée peut entraîner un repli sur soi, dévastateur en cas d’échec. Les garçons de tous les groupes d’âge sont par ailleurs victimes de coups et de blessures nettement plus sévères que les filles, en plus de représenter 54% des victimes de mauvais traitements émotionnels.

Les conclusions des auteurs sont sévères. En refusant de reconnaître l’ampleur de la violence vécue par nos garçons, notre société, qui les enferme de surcroît dans des stéréotypes autant culturels que relationnels, les prive d’une « vie émotionnelle riche et les ampute de portions entières de leur être essentiel ». L’étude insiste sur la nécessité d’amener les garçons à s’exprimer sur leur vécu dans leurs mots, et ajoute que ces jeunes font tout autant partie de la solution à leurs problèmes que les parents, professeurs, psychologues, travailleurs sociaux, intervenants divers et citoyens dits « ordinaires », capables d’ouverture et d’empathie.

Nous avons beaucoup à perdre en transformant, par notre indifférence, de futurs adultes en presto ambulants. Heureusement, les cas de dérive extrême restent marginaux, mais il est permis de se demander si, avec une attitude sociétale plus préventive et réceptive envers nos garçons, 14 jeunes femmes n’auraient pas eu la chance de vieillir…

Je relis ces lignes et le cœur me lève devant la surenchère stridente et larmoyante de nos victimes professionnelles et subventionnées qui trouvent le moyen de ne voir que des victimes tout terrain chez les femmes les plus choyées d’Amérique du Nord. Quand je compare plusieurs de leurs « problématiques » à celles des garçons, il me semble qu’on me demande de plaindre des représentants de la classe moyenne et d’oublier les itinérants. Il est vrai que ces derniers, en majorité des hommes, sont facilement « négligeables »…

Les femmes seraient « victimes » de la pub, du cinéma, du réchauffement climatique, de l’air conditionné, d’une présumée sous-alimentation millénaire, de harcèlement dans les domaines municipal, universitaire ou de la construction. Quand finira-t-on d’inventer ou d’exagérer des problématiques pour s’interroger sur les vrais problèmes de société concernant nos garçons ? Après tout, eux aussi, tout comme les filles, représentent notre avenir…