Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au Dixquatre.com

BILLET : À la ronde, il n’y a pas que des jeux

 

 

 

 

Claude Aubin

Je suis attablé comme de coutume à notre éternelle table de bluff. Pour une fois, je gagne, faut en profiter un peu. Depuis que le gros Yvon a été pris à tricher, il semble que la chance soit revenue. Bien oui, Yvon le magicien trichait. On ne peut même pas se fier à un flic.

– Tu veux commencer, compagnon ?

– Comme tu veux !

Max, mon partenaire de la journée, puisque le mien est en vacance, est assis devant moi avec cinq cartes et lui comme moi étirons ce moment de paix. Tout à l’heure, ce sera la course. Max est un gars d’un certain âge, il a commencé sa carrière à la Ville et maintenant, il essaie le vie de flic. C’est un bonhomme plutôt calme, il a beaucoup d’humour et il n’a pas peur de se frotter à la racaille.

Tiens, c’est Edgar le teigneux qui arrive. Notre sergent petit chiot mal aimé. Il est arrogant, incompétent, envieux, sans éducation et là, je parle des qualités. La preuve c’est qu’on va le nommer lieutenant et qu’il trouvera le moyen de se faire mettre à la porte avec des accusations criminelles. Il faut dire qu’entre lui et moi ce n’est pas l’amour fou. Peut être parce que je l’ai laissé embrasser « Janis », notre bientôt transsexuel le plus sexy de la Main. Je dis bientôt, car il attend pour son opération. Pour le moment, il fait le trottoir, histoire de ramasser des sous.

C’est donc Edgar avec sa petite tête blonde aux oreilles décollées qui vient nous faire le rassemblement. Par chance, il fait trop chaud pour l’éterniser.

Alors, nous voici partis pour l’île Sainte-Hélène; c’est malheureusement dans notre secteur. Imaginez être pris pour flâner sous les arbres et parler avec les touristes pendant que d’autres se payent le macadam de la Catherine, avec les embouteillages. Il y en a qui n’ont pas de chance dans la vie. Justement, une jeune dame vient nous faire un brin de jasette. Elle connaît quelques policiers et je crois qu’elle aimerait bien nous ajouter dans son petit carnet d’adresse. Bon, par chance que Max s’en occupe.

Au bout d’un moment, la radio vient nous sortir de notre torpeur. Un appel pour des gens qui lancent des enfants dans le plan d’eau à l’entrée de La Ronde.

– Vous êtes la seule voiture disponible.

– Bon !

Max part à toute vitesse. Nous avons la grande côte à descendre et celle-ci est encombrée presque en permanence par les nombreuses voitures et autobus qui laissent sortir des centaines de gens.

– Prenons-le par la barrière arrière, on va arriver dans leur dos et on aura la radio.

Max est un conducteur chevronné, je lui fais confiance. J’aurais été nerveux avec Daniel. En fait, j’aurais été nerveux avec Daniel pour tout. Nous passons la barrière et coupons vers le téléphérique. Nous sommes sur les lieux en moins de trois minutes. Il y a devant nous, un homme qui saigne du nez, et qui nous fait des signes.

– Ces gars-là sont fous. Ils ont jeté mon fils de cinq ans dans le plan d’eau et ils le font avec d’autres. J’ai voulu les avertir pis tiens !

Alors, il me montre son nez qui saigne abondamment. Max ramasse immédiatement la radio et demande de l’aide. Le studio nous envoie l’ambulance 33-16, mais comme il est encore sur le pont Jacques-Cartier, on ne va pas attendre.

– Attention constables, ils sont cinq ou six.

– Seulement ?

Max me fait un petit sourire entendu, nous allons avoir de l’action. Alors, tous les deux, on s’avance vers les hommes qui sont toujours près du plan d’eau avec des bouteilles de bière à la main. Quand ils nous voient, l’un d’eux lance :

– Tiens, des shérifs… On va se payer des shérifs, les gars !

Maintenant que les présentations sont faites, le premier s’élance vers moi, pendant que deux autres s’avancent vers Max. On entend en bruit de fond le hurlement d’une sirène. Les renforts.

Ça y est, mon motard attaque, mais la boisson ayant fait son œuvre, il est un peu trop lent et je lui balance mon poing sur le pif. Il revient et nous nous battons comme des chiffonniers. Malheureusement, je me casse deux jointures sur sa mâchoire qui fait crac et il se tord de douleur; moi aussi d’ailleurs. Max s’en tire un peu mieux et je vois déjà un homme à terre.

Je regarde le suivant.

– Tu ne viens pas danser ?