Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

Attention ! Cet ennemi guette votre enfant…

Quels parents d'enfants en bas âge sont en mesure d'anticiper les étranges métamorphoses de l'adolescence ?

Votre enfant a moins de 10 ans. À certains moments, il lève vers vous ses deux yeux candides, semblables à ceux d’un chevreuil sans défense, dans un élan d’abandon sans réserve et de reconnaissance filiale. En vous, il investit sans hésiter toute sa confiance, son espoir indéfectible en des lendemains qui chantent. Son regard soutenu vous fait sentir à quel point, malgré les disputes occasionnelles et les gaffes inhérentes à l’enfance, vous êtes soudés l’un à l’autre, comme le lierre à la façade d’une maison ancestrale, semblable à vous, inébranlable et rassurante. En cette minute ultime, vous confondez l’instant présent et l’éternité, en une étreinte temporelle aussi forte que le lien viscéral qui vous unit. Ne vous laissez pas abuser. Ça ne durera pas.

Car, tapi dans l’ombre, un ennemi sournois guette votre enfant. Il attend, perfide, le moment propice où il pourra enfin prendre possession de cette petite âme vulnérable. Cet esprit maléfique le transformera avant longtemps en un être imprévisible, perturbant, irrationnel, incontrôlable. Le mot, qui définit si inquiétante mutation, vous brûle les lèvres, sans que vous n’osiez encore le prononcer. Mais avouez qu’il vous hante, ce mot, à la pensée qu’un jour prochain, votre progéniture affrontera cette épreuve du feu qu’est le secondaire.

Préoccupés, malgré votre bonheur, vous chassez de sombres visions de votre esprit, le temps d’une activité partagée avec votre enfant. Vous ne vous l’avouez pas, mais vous sentez déjà que ces épisodes privilégiés s’espaceront peu à peu. Vous tentez vainement de fuir ces images obsédantes, où il essayera une cigarette, sinon pire, boira sa première bière en cachette, tentera, plus vieux, de squatter les bars avant l’âge réglementaire. Et ça, c’est sans compter ce que la décence nous interdit d’énumérer dans cette rubrique.

Mon fils et moi, avant que l’irrémédiable ne succède à l’inévitable…

Le chérubin, dont les petits pieds, qui gazouillaient sur le plancher, vous réveillaient si tôt le samedi matin, se transformera avant longtemps en grand efflanqué, avec qui vous devrez lutter afin de l’extraire du lit pour qu’il aille à l’école. Sa voix, jusqu’ici cristalline, aux accents mélodiques, se transformera sans espoir de retour en un son rauque, à la fois nasal et guttural, aux intonations traînantes. Le joli petit nez, qui vous rappelait Paul McCartney, évoquera désormais John ou Ringo.

Peut-être monopolisera-t-il pendant des heures la salle de bain, à la poursuite de son moi profond, tentant de déchiffrer l’énigme du langage corporel, renvoyée par le miroir. Ou bien signalera-t-il son arrivée dans votre salon par la déflagration olfactive d’effluves dont vous n’auriez jamais soupçonné l’existence, mais dont vous identifierez assez tôt la source. À cet âge où rien n’arrive assez vite, le temps passé à se laver en est autant de perdu à faire quelque chose d’intéressant.

Vous vous surprendrez à vouloir décoder les longs silences impénétrables de cet être qui fut votre bébé. Vous tressaillerez à ses sautes d’humeurs intempestives, devant un verre renversé, l’absence de ses céréales préférées ou une question qu’il jugera comme une violation de son être. Il survivra, vous le savez bien, à cet ennemi que vous n’avez toujours pas nommé. Après tout, vous avez bien survécu, vous… une première fois.