Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au 10-04

Une rencontre avec Hallyday

Un petit texte suite à la mort de Johnny Hallyday.

Hiver 1974

Il y a parfois des rencontres que l’on ne fait qu’une fois dans sa vie. Et, cette nuit-là, j’étais de faction dans le Vieux-Montréal avec un jeune partenaire apprenant le métier. Il faisait un froid de canard et nous étions presque les seuls êtres humains à déambuler dans ce désert de glace. Il restait quelques restaurants encore ouverts, alors mon jeune et moi, on s’engouffra dans le portique d’un resto chic de la Place Jacques Cartier.

Dès notre arrivée, un serveur vint nous accueillir avec gentillesse. Il savait bien que nous n’étions pas là pour manger, mais tout de suite il nous offrit un café chaud. Tout à coup, mon attention se porta vers une table où des gens un peu bruyants semblaient s’en donner à cœur joie. Je reconnus immédiatement Robert Charlebois, notre Garou national et sa compagne… Juste à leurs côtés, un jeune blond aux yeux de loup et une magnifique blonde platine. Tout ce beau monde fumait des pétards, c’était une fête… Quand ils me virent, quelques invités firent mine de cacher le joint qu’ils possédaient. Un peu dans le brouillard, Hallyday me regarda sans sourire et murmura quelque chose au serveur. Celui-ci vint à notre rencontre et nous proposa un petit alcool. Nous n’allions pas refuser. Le café allait attendre un peu.

Quelques minutes plus tard, Johnny Hallyday se leva et vint nous retrouver, petit sourire en coin.

– Vous buvez quoi?

– Tequila… Et merci beaucoup!

J’aurai une brève discussion avec lui, il voudra voir mon arme, connaître le job que nous faisions, des trucs drôles, une conversation banale, mais tellement sympathique. Une conversation de gars du même âge, un flic et l’autre, rocker. À un certain moment je lui laissai prendre mon revolver sans les balles; la star n’en revenait pas. Puis, je lui fis cadeau d’une de mes cartouches.

– Je peux?

Bien sûr, qu’il pouvait. Johnny me fit un de ces sourires, celui d’un gosse ayant eu un cadeau qu’il n’attendait pas. Nous finirons notre verre en sa compagnie. Puis, dans une poignée de main, il retournera à sa table.

J’avais eu droit à dix minutes de conversation avec le roi du rock, dans un petit resto du Vieux-Montréal. Parfait, la vie nous fait de ces cadeaux, il faut savoir les apprécier.