Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.

Victime à gogo, la libérale Sherry Romanado touche le fond du baril…

Chef a domicile


Sherry Romanado, une nuisance pour les victimes d'agressions sexuelles.

Comme si nous n’en avions pas plein les bottes du délire victimaire et de la chasse à l’homme que nous connaissons à propos d’une « culture du viol » imaginaire soi-disant omniprésente au Canada, un sondage improvisé assorti d’une déclaration aussi larmoyante qu’incongrue de la députée libérale Sherry Romanado sont venus jeter de l’huile sur un feu de fanatisme militant dont on se demande s’il finira un jour par s’éteindre.

Avant de commenter ces événements insignifiants qui occupent notre avant-scène médiatique, examinons la définition que donne le code du travail du harcèlement sexuel :

« Selon le Code, le harcèlement sexuel se définit comme tout comportement, propos, geste ou contact d’ordre sexuel qui est de nature à offenser ou à humilier toute personne occupant un emploi ou qui peut pour des motifs raisonnables, être interprété par celle-ci comme subordonnant son emploi ou une possibilité de formation ou d’avancement à des conditions à caractère sexuel. »

Si l’on doit être d’accord avec la seconde moitié de cette définition, qui condamne le fait d’exercer un chantage professionnel en échange de faveurs sexuelles, avouons que la première moitié ouvre la porte à une foule d’interprétations plus farfelues et extrémistes les unes que les autres. Les dérapages impliquant une confusion entre balourdise et agression sexuelle deviennent inévitables et banalisent immanquablement le sort des véritables victimes.

Or, nous apprenions le 3 décembre dernier que 24 députées et ministres avaient décidé de « briser le silence », selon l’expression consacrée sur les « inconduites sexuelles » qu’elles auraient subies. Notez au passage mon recours au conditionnel. On peut lire dans Le Soleil :

« Ainsi, près des deux tiers des répondantes (63 %) affirment avoir subi une ou plusieurs formes d’inconduite sexuelle, souvent à répétition, dans l’exercice de leurs fonctions d’élues. Près d’une élue sur deux (42 %), dont deux ministres, soutient avoir déjà été victime de harcèlement sexuel, avant de se lancer en politique. Deux femmes siégeant présentement à l’Assemblée nationale ont connu dans leur chair ce que signifie une agression sexuelle. »

Compte tenu de la définition tout terrain du Code du travail et de celle du Secrétariat à la condition féminine du Québec voulant que « Une agression sexuelle est un geste à caractère sexuel, avec ou sans contact physique, commis par un individu sans le consentement de la personne visée […] », on peut à nouveau s’interroger sur la gravité des « inconduites » et « agressions » subies.

Voilà à quels doutes mène une définition trop vaste, associant tout geste déplacé à une agression sexuelle. Si les deux femmes qui ont affirmé avoir vécu une telle expérience disent vrai, leur parole est injustement disqualifiée par le discours féministe étatique victimaire.

La Sherry sur le sundae

Pour achever de banaliser le sort des vraies victimes d’agressions sexuelles, la députée libérale fédérale Sherry Romanado a jugé opportun de se donner en spectacle en accusant le député conservateur James Bezan d’avoir tenu à son endroit des commentaires « humiliants » et de « nature sexuelle » qui justifiaient à ses yeux une plainte au dirigeant principal des ressources humaines (DPRH). Ce dernier a très vite jugé qu’aucun harcèlement sexuel n’était survenu et n’a recommandé aucune mesure disciplinaire.

Quel est donc l’incident qui a plongé la libérale dans un tel émoi ? « L’accusé » s’est expliqué : « Le 2 mai, à un événement public à l’hôtel de ville d’Ottawa, je posais pour une photo avec la députée et un autre individu. Pendant que je posais pour la photo, j’ai fait un commentaire inapproprié et désinvolte et j’ai dit « Ce n’est pas ma conception d’un ménage à trois ». Ceci se voulait un commentaire partisan à propos du fait de paraître dans une photo avec un membre du caucus libéral », a-t-il raconté dans un communiqué distribué en fin d’après-midi

Talonnée par les journalistes, Romanado a catégoriquement refusé de confirmer ou d’infirmer cette version, alléguant avoir vécu « sept mois incroyablement difficiles ». Quoi de plus normal, après avoir discrédité publiquement un adversaire politique, que de fuir sans autre explication, laissant planer sur lui un doute ordurier ?

Contrairement à Justin Trudeau qui avait exclu de son parti deux députés sur de simples allégations de leurs homologues du NPD, le chef conservateur Andrew Scheer a confirmé « des détails de la version de son député ».

Combien d’écervelées viendront encore, par leur délire, banaliser et ridiculiser le sort des véritables victimes d’agressions sexuelles ? Des dérapages comme celui de Sherry Romanado montrent à quel point les 12 jours célébrant le statut de victime éternelle des femmes finit par avoir l’effet exactement contraire à celui escompté.