Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au Dixquatre.com

BLOGUE Quand un gars ne sait pas reconnaître un gars d’une fille ou il est épais ou il fait exprès !

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1975
Encore une fois de nuit Daniel et moi, c’est à croire qu’on devient vampires. La soirée commençait mal. Notre premier appel : un gars saoul avec un poignard dans la jambe. Le tata avait essayé d’enlever un plâtre sur sa jambe avec un poignard et un marteau. À notre arrivée, le bonhomme crie comme un putois qu’on égorge; pourtant l’alcool devrait l’engourdir.

– Qu’est que t’as fait ?

L’autre me regarde et cesse de beugler pour quelques instants.

– J’voulais l’enlever, l’ostie de plâtre…

Les ambulanciers doivent se payer un escalier tout croche, branlant et aux marches tellement usées qu’on enfonce à chaque pas. Le gros Michel, notre ambulancier, me regarde d’un air écœuré.

– Tu fais-tu exprès, ti-cul ?

Tu veux lui dire quoi ? J’ai pas choisi l’appel, moi, je ne fais que le recevoir. Notre bonhomme part vers l’hôpital sous les imprécations de Michel qui ne trouve rien de drôle cette nuit.

L’appel terminé, on se promène un peu sur la Catherine. Les putes nous font des signes d’amitié, comme si on se connaissait depuis toujours. Elles savent qui des flics sont baveux et à qui elles peuvent parler. Tout à coup, mon regard est attiré par un homme d’un certain âge, se baladant avec deux belles blondes. Je les connais bien, ces filles. Des travestis pas encore opérés, qui se payent l’opération en tapinant. Je les regarde monter à l’hôtel de passe avec le bonhomme, puis, un appel me ramène au confins du secteur. Un gars qui vient de casser la vitrine d’un de mes amis restaurateur.

Quand on arrive sur les lieux, un des clients le vieux Claude, tente de retenir l’ivrogne et c’est lui qui reçoit toute une claque en pleine face. Une chance qu’il est aussi saoul que l’autre, car comme je le connais, ça finirait en fricassée.

– Ce calisse-là, j’vas l’tuer.

Maintenant il faut retenir Claude pendant que l’autre se cache derrière Daniel. Finalement, le bonhomme se retrouve au poste où il va dégriser en compagnie de quelques autres poivrots qui, comme lui, n’ont pas arrêté à temps. C’est drôle, parce qu’un fois en cellule il se fait bousculer par un vieux de la vieille et tout à coup il se fait tout petit.

On est de retour sur la Catherine et Daniel est en plein délire, il me raconte ses conquêtes plus imaginaires que réelles et moi je m’ennuies à mourir. Tiens, notre bonhomme bien habillé qui nous fait des signes désespérés.

– Tiens, colle-toi.

Le monsieur arrive à la hâte.

– Constable, je viens de me faire voler par deux filles.
– Des blondes ?
– Oui des blondes !

Et là, il me regarde avec un petit air bizarre. Il a vite compris que j’avais bien compris ! Le temps d’une conversation père fils, j’apprends qu’il est orienteur dans une école et que de temps à autres il vient ici relaxer en se faisant sortir le trop-plein.

– Mais s’il vous plaît, faudrait pas que ça se sache, je suis marié, j’ai des enfants…

Je regarde le bonhomme, j’ai pas envie qu’il ait une vie misérable. Alors je hoche la tête.

– On s’en occupe.

Je me mets à la recherche des deux travestis, pas très long à trouver. Le premier vient à ma rencontre tout sourire et sourit un peu moins à la fin de notre conversation. Alors, il me remet deux cent dollars et me donne l’endroit où sera l’autre. L’autre justement filait vers son appartement rue Berri et Cherrier. Il a la surprise de sa vie quand il me regarde assis sur son lit à attendre.

– Oups !

On ira chercher le portefeuille caché dans les toilettes du club La Grande; lui aussi me rendra l’argent tout en jurant de ne plus recommencer. Il est maintenant une elle et la dernière fois que je l’ai vu, il était devenu une très jolie elle.

Quant à l’orienteur, il viendra très tôt le matin, chercher ses papiers et, tout heureux, il nous apportera trois bouteilles de vin en signe de reconnaissance. Nous les avons prises et vidées à sa santé.

Bien sûr aujourd’hui, ce serait un péché. Mais à l’époque, la vie était plus simple et peut être que la police de quartier, c’était ça finalement.

Libre édition Claude Aubin
Libre édition Claude Aubin