Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

BLOGUE Il y a 110 ans, une comète explosait au-dessus de la Sibérie

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Il y a 110 ans, le 30 juin 1908, un  »météoroïde » pénétrait dans l’atmosphère terrestre et explosait au-dessus (5 à 10 kilomètres de hauteur) de la région de la rivière Toungouska pierreuse, en Sibérie centrale, en Russie. L’onde de choc couchait et brûlait dès lors 60 millions d’arbres tout autour dans un rayon de 20 kilomètres et le souffle de la conflagration causait des dégâts dans les bois jusqu’à une centaine de kilomètres de distance. Des feux de forêts ont duré pendant des semaines.

Par Ghislain Loiselle, blogueur

ghislainloiselle.blogspot.com

L’onde sonore a pu être entendue à 1500 kilomètres des lieux. Un séisme de magnitude 4,5 à 5 devait ensuite être enregistré à 1000 kilomètres de là, à l’observatoire magnétique d’Irkoutske, à 7 heures 17 minutes et 11 secondes.  Un vortex de poussières et de cendres s’est formé et a été entraîné jusqu’en Espagne par la circulation atmosphérique,  créant des halos dans la haute atmosphère qui se sont étendus sur tout le continent.

On a pu observer des couchers de Soleil très colorés et une luminosité exceptionnelle en pleine nuit a été constatée pendant plusieurs jours en Europe occidentale, à tel point qu’on pouvait lire un journal de nuit. L’éruption du volcan Krakatoa en 1883 dans le détroit de la Sonde en Indonésie avait éjecté d’énormes quantités de poussières qui avaient engendré des phénomènes lumineux semblables.

Mais qu’est-ce qu’un  »météoroïde »? Terme inventé par l’astronome Hubert Anson Newton en 1864, il s’agit d’un petit corps du Système solaire provenant de la désagrégation généralement partielle d’un astéroïde ou d’un noyau de comète. Son errance et sa petite taille l’amènent en général à être capturé sur quelques millions ou quelques centaines de millions d’années dans le champ gravitationnel d’une planète ou d’un satellite naturel et éventuellement à se consumer dans leur atmosphère ou à s’écraser sur leur surface.

L’événement est survenu vers 7 h 13 du matin, heure locale, par un ciel sans nuages. Clin d’oeil, c’était curieusement le 17 juin sur les lieux car le calendrier julien n’était pas encore converti en grégorien dans l’empire russe d’alors. L’endroit est une région de collines recouvertes par la taïga sibérienne, comme la forêt boréale de la plaine argileuse abitibienne. Elle est peu peuplée, principalement occupée par des éleveurs de rennes (caribous) d’un peuple tungouse.

Des témoins directs qui se trouvaient tout de même à bonne distance ont parlé d’une boule de feu au loin, d’une chaleur intense bien sentie, comme celle du Soleil, d’un souffle chaud en provenance du lieu de l’impact, de feux dans les bois après plusieurs éclairs de lumière et explosions, jusqu’à cinq de suite.

Plusieurs hypothèses scientifiques ont été émises sur l’origine du phénomène qui s’est produit à 63 kilomètres au nord-nord-ouest du village de Vanavara, à 60 degrés 20 minutes 24 secondes de latitude Nord et à 102 degrés, 16 minutes 48 secondes de longitude Est. On a évoqué une météorite, la foudre, du méthane échappé de conduits volcaniques… On a retenu le météoroïde de 50 mètres et de 62 000 tonnes, probablement une comète ou météorite alliant glace et roche.

Il a fallu 19 ans avant que des scientifiques puissent se rendre sur les lieux, à cause des troubles en Russie, de l’éloignement, de la guerre.

En 1927, une équipe russe menée par Léonid Koulik a atteint le site. Ses membres n’ont rien trouvé. Mais après la Deuxième Guerre mondiale, en 1958 et en 1961, on y a découvert une multitude de petits sphères de métal et de silicates, dispersées dans le sol régional. En 1993, une étude américaine a avancé un petit noyau cométaire essentiellement composé de glace, de gaz gelés qui ont fondu et explosé entre 6 et 9 kilomètres d’altitude, le reste du corps s’étant dispersé en une pluie de sphérules. On a trouvé des fragments de roche microscopiques piégés dans la tourbe, des restes de poussière cosmique formant la queue d’une comète, dans la résine d’arbres… Puis on a découvert le lac Cheko, un rectangle d’eau douce aux coins arrondis de 708 mètres de longueur, 364 mètres de largeur et d’une profondeur de 50 mètres, à 7 kilomètres de l’épicentre, grand axe orienté vers ce point. En 2007, un géologue italien, Lua Gasperini, cité par la National Geographic Society, émet l’hypothèse d’un cratère d’impact, à cause de la forme d’entonnoir du bassin par ailleurs apparemment inconnu avant 1908 (sa première référence cartographique date de 1928), forme inhabituelle qu’aurait produit l’impact suivi d’une puissante émission de gaz carbonique, de vapeur d’eau et de méthane contenus dans le pergélisol. Des chercheurs de partout continuent leur travail.

Concernant les termes utilisés, le météoroïde est l’objet dans l’espace interplanétaire. L’observation de l’objet traversant une atmosphère lui confère le statut de bolide. Si l’objet ne fait qu’effleurer l’atmosphère, il est qualifié de bolide rasant. Le phénomène lumineux qu’on observe depuis le sol (sur Terre) s’appelle un météore ou étoile filante. Si l’objet ou ce qu’il en reste après sa traversée de l’atmosphère atteint la surface solide, et qu’à la suite de l’impact, on en reconnaît des fragments, ceux-ci prennent alors le nom de météorite. C’est dans les règles.