Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

BLOGUE Itinérance à Montréal : nettement plus de ressources pour les femmes…

Il y a plus d'hommes que de femmes parmi les itinérants, mais toujours moins de ressources pour eux...

C’est en juillet 2015 qu’un rapport officiel rendu public par le maire de l’époque, Denis Coderre, ainsi que par le Mouvement pour vaincre l’itinérance de James McGregor et du chercheur de l’université McGill Eric Latimer, révélait que 76% des itinérants à Montréal étaient des hommes et, pire encore, qu’ils représentaient 93 % de ceux qui dorment à l’extérieur.

Malgré ces chiffres accablants, c’est à l’organisme La rue des femmes, qui offre gîte, repas, centre de jour et programme de réinsertion sociale aux femmes itinérantes « ou à risque de l’être », que la Ville de Montréal a offert une bonification de 15 000 $ afin de secourir davantage de femmes aux prises avec ce problème.

On pourrait croire que, les femmes ne représentant qu’un itinérant sur quatre, les ressources pour leur venir en aide font défaut. Un effet « too few to count » qui les ferait passer sous les écrans radars de notre bienveillance sociétale envers les plus démunis.

Pour vérifier cette hypothèse, je suis allé consulter les inventaires des ressources en hébergement offertes pour les hommes, pour les femmes, et pour les deux sexes. Dire que les hommes sont négligés est bien en-deçà de la réalité…

Un premier coup d’œil sur le site Arrondissement.com m’a révélé qu’il existait 25 organismes qui offraient des services d’hébergement pour les hommes, principalement dans la région de Montréal. Il s’agit de données très représentatives de la réalité puisque la métropole regroupe l’essentiel des ressources en hébergement.

Soulignons que, de ce nombre, 13 organismes seulement offrent leurs services exclusivement aux hommes, les 12 autres desservant les deux sexes.

Fort de ce constat, je suis allé voir sur le même site à quoi ressemblaient les ressources d’hébergement pour femmes, dont la mairesse Plante soulignait l’insuffisance, toujours principalement dans la région de Montréal.

Il y en a en tout 104… Vous avez bien lu. Il faut souligner qu’un grand nombre de ces établissements offre des services à des victimes présumées de violence conjugale. Je dis bien présumées, car c’est un secret de Polichinelle que nombre de ces maisons d’hébergement accueille des femmes itinérantes.

Personnellement, je n’ai rien contre, bien au contraire. La misère, peu importe celui ou celle qui la vit, doit être soulagée. J’espère seulement que l’accueil de ces femmes en difficultés ne vienne pas doper les statistiques sur la violence conjugale…

En fait, avec 120 maisons d’hébergement pour femmes battues au Québec, il est clair que les ressources pour femmes sont disponibles. Il suffit bien davantage de les identifier clairement et de les rentabiliser plutôt que d’en financer de nouvelles.

Or, dès 2008, le Vérificateur général lançait un signal d’alarme sur le financement de ces maisons qui, au nombre de 106 à l’époque, avaient vu leur budget annuel augmenter de 30 M $ sans qu’aucune raison ne vienne expliquer cette générosité :

« Le MSSS a réparti ces 30 millions de dollars additionnels entre les maisons d’hébergement, mais il ne s’est pas assuré que ces sommes étaient effectivement requises, ce qu’il aurait pu faire en consultant les agences. Nous n’avons pas été en mesure de déterminer les raisons pour lesquelles les montants ont été accordés (…). Qui plus est, le MSSS a réparti les sommes entre les organismes en fonction du nombre de lits, mais il n’a pas tenu compte des besoins financiers ni du taux d’occupation de chacun. »

Le vérificateur cite cet exemple hallucinant : « Une maison d’hébergement pour femmes violentées ou en difficulté comprenant six lits a vu sa subvention passer de 58832 dollars à 406817 dollars entre 2002 2003 et 2006 2007. Or, en 2006-2007: • elle a hébergé au total neuf personnes ; • son taux d’occupation a été de 12 p. cent (29 p. cent en 2005-2006); • son excédent annuel a été de 205953 dollars (187984 dollars en 2005-2006); • son excédent accumulé non affecté s’est élevé à 555362 dollars au 31 mars 2007. »

Ne serait-il pas temps, pour l’État québécois, de commencer une évaluation minutieuse et approfondie des besoins réels en ressources d’hébergement tant pour les femmes que pour les hommes ? Pour ce faire, ne devrait-il pas rentabiliser les nombreux organismes existants pour femmes violentées et développer enfin décemment ceux qui devraient venir en aide aux hommes ? Poser ces questions, c’est y répondre.