Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

Dès 1921, une première vedette était détruite par de fausses allégations…

Roscoe Arbuckle, avant que sa carrière en plein essor ne soit torpillée par de fausses allégations.

Si vous pensez que l’affaire Jian Ghomeshi, qui a permis à trois intrigantes de détruire la carrière de l’ancien animateur de CBC, est un phénomène nouveau s’inscrivant dans une mouvance pro féministe inquisitoriale et néo victorienne, détrompez-vous. L’histoire que je vais vous relater, celle du comédien Roscoe Arbuckle, est survenue en 1921, il y a donc presque un siècle, et a été présentée par Wikipédia  comme « le premier de ce que l’on appellera les grands scandales hollywoodiens.»

L’affaire Roscoe Arbuckle

Comme dans le cas de l’ancienne vedette de radio, on retrouve les cinq mêmes ingrédients à l’origine de la chute, cette fois d’une star de cinéma américain au sommet de sa gloire : une partie menteuse et malveillante, une partie victime, dont l’existence sera irrémédiablement gâchée, une partie judiciaire, qui fera d’une cause sans fondements un opéra en vingt tableaux, une partie médiatique, qui condamnera pour mieux vendre, et une partie fanatisée, qui se servira du procès à des fins de propagande idéologique en démonisant un homme innocent.

En 1919, tout semble sourire à Roscoe Arbuckle.  Acteur burlesque multidisciplinaire révélé par le producteur Mack Sennett, auquel il doit son surnom populaire de « Fatty » en raison de son embonpoint, il vient de signer un contrat plus que lucratif d’un million de dollars avec la Paramount et voit les succès commerciaux, à défaut de critiques, s’enchaîner à un rythme endiablé.  Il tournera ainsi neuf longs-métrages en à peine plus d’un an.

L’année 1921 sera malheureusement celle de sa chute, brutale et irrémédiable, causée par une femme malveillante et rapace : Maude Delmont. Wikipédia présente ainsi l’affaire :

« Le 5 septembre 1921, durant une fête privée organisée au douzième étage du St. Francis Hotel à San Francisco, l’actrice et modèle Virginia Rappe est prise de violentes douleurs abdominales. Vers 15 h, selon ses déclarations, Roscoe Arbuckle découvre la starlette dans la salle de bains de la chambre qu’il occupe lorsqu’il se rend dans cette dernière pour se changer. Les autres invités prévenus, un docteur est appelé et Virginia Rappe conduite dans une autre chambre de l’hôtel. Roscoe Arbuckle quitte alors le St. Francis.

« Quatre jours plus tard, le 9 septembre, Virginia Rappe décède d’une péritonite due à une rupture de la vessie. Maude Delmont, présente lors de la fête, se rend à la police pour déclarer que Virginia Rappe est morte consécutivement à un viol perpétré par Roscoe Arbuckle. Le 11 septembre, Roscoe Arbuckle est arrêté, accusé du viol et de l’homicide de l’actrice. »

À partir de ce moment, le délire envahit l’appareil judiciaire, aussitôt transmis, tel un virus, aux médias, qui s’emparent du « scandale » en condamnant à l’avance l’acteur jusque-là populaire.

Cet accès de folie collective qui agitera l’Amérique entière n’aura été causé que par une femme, Maude Delmont, dont le moins qu’on puisse dire est qu’elle ne représente en rien un exemple de moralité.

Il s’agit en fait d’une intrigante, inculpée pour bigamie et condamnée à de multiples reprises pour chantage et extorsion de fonds, en clair, une crapule qui modifiera à plusieurs reprises un témoignage bancal, mais que la justice américaine continuera de soutenir, quitte à ne pas la présenter à la barre, lors du second des trois procès intentés contre l’infortuné acteur.

La menteuse ira jusqu’à tenter d’extorquer de l’argent des avocats d’Arbuckle avant que ceux-ci ne découvrent un peu tard une lettre faisant état de son projet initial de faire chanter celui-ci…

Les médias empocheront des sommes considérables sur le dos du pauvre homme avec la complicité de la justice américaine, notamment de Mattew Brady, le procureur chargé de l’accusation, qui tentera par tous les moyens d’attirer l’attention des journalistes afin de mousser ses ambitions de devenir gouverneur.

Il ira jusqu’à intimider deux témoins : Betty Campbell et Zey Prevon, en les menaçant, la première, d’emprisonnement, et la seconde, d’inculpation de parjure, si elles ne témoignent pas à charge contre Arbuckle, ce qu’elles finiront par faire… se parjurant par le fait même !

Le magnat de la presse William Randolph Hearst se vantera de son côté d’avoir bénéficié de tirages encore plus volumineux en crucifiant publiquement le comédien déchu que lors de l’affaire du Lusitania à l’origine de la participation américaine dans la Première Guerre mondiale.

Bien sûr, les ligues de vertu et de moralité féminines et féministes – eh oui, ça existait déjà ces bestioles-là ! – peuvent donner libre cours à leur hystérie bien-pensante en condamnant aveuglément la victime d’une mise en scène dégoûtante, allant même pour certains jusqu’à revendiquer la peine de mort.

On croit entendre les hauts cris stridents des ancêtres du Conseil du statut de la femme, de la Fédération des femmes du Québec, de l’R des centres de femmes ou du Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles dans l’affaire Ghomeshi, pour ne parler que de ce cas-là.

C’est en effet le 18 avril 1922, soit quatre jours après son acquittement survenu le 14, que l’homme détruit inaugure la liste noire de la MPPDA.  C’est pourtant un sénateur républicain, William Hays, fou de balustre réactionnaire et président de la Motion Picture Producers and Distributors of America (MPPDA), organisme non gouvernemental voué principalement à la censure, qui se montrera le plus venimeux en condamnant sans explication Roscoe Arbuckle, même une fois acquitté au terme d’un troisième procès en six mois.

Implacable, Hays déclare : « […] les distributeurs, à ma demande, ont annulé toutes les projections et toutes les réservations des films d’Arbuckle. »  Cette interdiction sera levée par Hays le 20 décembre 1922, mais le comédien ne sera autorisé à jouer dans aucun film pendant les dix années suivantes.  Il mourra en 1933, l’année même d’un retour qui s’annonçait prometteur, à l’âge de 46 ans.

Quant à la crapule à l’origine de cette sordide affaire, Maude Delmont, elle n’aura pas à répondre de ses actes, pas plus que le procureur obligeant aux parjures, ni le magnat de presse diffamatoire, ni les ligues de vertu féminines et féministes cautionnant aveuglément le mensonge, ni William Hays, qui a empêché lâchement un artiste de gagner sa vie comme il l’aurait dû pendant dix ans à seule fin de publiciser son organisme et ses dogmes.

La triste histoire de Roscoe Arbuckle annonce, mieux qu’une répétition générale, la lugubre pièce de théâtre qui attend tout homme, vedette ou méconnu, ayant le malheur de tomber entre les griffes d’une femme malveillante.  Mais que pourraient ces manipulatrices, sans la justice, les médias et les bien-pensants qui se font leurs complices ?