Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Il y a plus de 100 ans, des cambrioleurs dynamitaient la Banque de Ville-Marie

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C'est tout ce qui restait de la Banque de Québec, à Ville-Marie (Baie-des-Pères), Témiscamingue, après les explosions à coups de bâtons de dynamite.

 »Les deux employés de la Banque de Québec, qui couchaient sur place, à l’étage, ont vu des lumières se promener sur les murs, en bas. Des cambrioleurs! Les voleurs sont parvenus à l’arrière, sont sortis par une fenêtre et sont arrivés dans une espèce de hangar, la voûte où était entreposé l’argent. Dehors, ça criait au meurtre. On entendait des coups de fusils dans le village. Parce qu’ils étaient sept ou huit dans cette organisation-là. Ils étaient à cheval et criaient. Puis ils ont posé des bâtons de dynamite et ont fait exploser la banque! »

Par Ghislain Loiselle (blogueur)

ghislainloiselle.blogspot.com

Ce témoignage relate un événement survenu il y a plus de 100 ans, à Ville-Marie, chef-lieu du Témiscamingue.

C’est une dame qui parle, Isabelle Filteau, née à cet endroit, dans la première colonie témiscamienne, le 21 janvier 1905. Elle n’avait pas 12 ans quand cet événement digne des films de Far West américain s’est produit.

On peut lire la transcription de l’entrevue faite avec cette Villemarienne dans le livre de l’historien Marc Riopel ayant comme titre De la Baie-des-Pères à Ville-Marie 1886-1986, plus précisément dans la troisième partie intitulée La vie quotidienne au village.

La vie quotidienne… Toute une vie, dans ce temps-là! Rocambolesque! En tout cas cette nuit-là! Le  »Far-West » québécois!

L’historien Augustin Chénier et un certain monsieur Dumas étaient les deux employés de la banque qui habitaient en haut. Le gérant de la banque, lui, restait dans une maison à côté. Dans la nuit du 24 juin 1916, à minuit 20 minutes très exactement, le cambriolage commençait. Et les explosions suivaient. Le feu a pris. Le personnel de l’établissement a tout juste eu le temps de sortir. Les vitres volaient en éclats partout, tout autour, à chaque détonation. Il y avait du monde au village. Les gens croyaient que c’étaient les festivités de la Saint-Jean-Baptiste qui commençaient alors qu’elles étaient prévues pour le 24 au soir. Une balle a été tirée en direction de la mère de madame Filteau qui regardait ce qui se passait par la fenêtre de sa chambre, avec sa lampe de poche. Peut-être voulaient-ils qu’elle ferme sa lumière. Il y avait de la vitre partout. De la fumée. Ça sentait la poudre. Puis, les bandits sont partis avec leur butin, laissant derrière eux une bâtisse à terre. Ground zero à la témiscamienne! La police en a retrouvé un dans le bout de North Bay. On n’a jamais pu mettre le grappin sur les autres. C’étaient des étrangers. Ils s’étaient fait une cache sous une terrasse recouverte d’une grille, à la grotte, d’où ils préparaient leur coup. Une complice, une femme qui avait pris une chambre à l’Hôtel Landreville, leur apportait des vivres.

La Banque de Québec, sur la rue St-Jean-Baptiste, à Ville-Marie, vers 1910, six ans avant son dynamitage par des bandits. À noter que son nom est écrit en anglais. Elle deviendra la Banque d’Hochelaga, en 1916, suite à une fusion, puis la Banque Canadienne Nationale après un autre regroupement.

Cette histoire semblant sortir d’un roman policier survenue il y a 102 ans n’est pas sans rappeler le double meurtre de Snake Creek, dans le canton Boisclair, dans le sud du Témiscamingue, commis l’année suivante, en 1917, il y a 101 ans, sur une propriété agricole jouxtant la voie ferrée du Canadian Pacifique reliant Matawa et Témiscaming. Un père et son fils de 7 ans avaient été tués de sang froid par un homme de 18 ans armé d’une carabine.