Samuel Fillion-Doiron

Étudiant en Enseignement de l’univers social et de l’éthique et culture religieuse au secondaire, vice-président régional de la Capitale Nationale et de Chaudière-Appalaches au Parti conservateur du Québec.

Les cégeps ont échoué

Vous devez être écoeuré de m’entendre parler d’éducation, non? Vous m’en voulez, désolé, mais je vais continuer de marteler le clou, car justement, personne n’en parle. En effet, l’éducation n’est pas un enjeu électoral et les gens s’en foutent. Vous voulez une preuve? François Legault a décidé de faire de l’éducation son cheval de bataille il y a environ deux ans, mais pourtant, à Québec, la seule chose qui semble préoccuper une partie des électeurs est de savoir s’il est officiellement pour ou contre un troisième lien.

Au moment d’écrire ces lignes, Robert Lacroix, ancien recteur de l’UdeM et fellow au CIRANO et le sociologue Louis Maheu ont fait une étude dont voici la conclusion : les cégeps ont échoué. Cela mérite un débat très important, mais les journaux ont préféré publier les piques que se lancent les partis politiques (particulièrement les piques envers François Legault).

Cela dit, il m’apparaît important malgré tout de montrer les côtés positifs du cégep. D’abord, il faut savoir qu’ils permettent à nos jeunes d’avoir une transition entre le secondaire, un monde sans grande responsabilité, et l’université, où nous sommes entièrement laissés à nous-mêmes. De plus, le coût d’une session dans un cégep est beaucoup plus bas que le coût d’une session universitaire, alors quelqu’un qui se cherche va probablement préférer explorer au cégep à 200$ la session plutôt qu’à l’université à 1500$ la session.

En 2014, la Fédération des cégeps, à l’occasion du 50e anniversaire [à venir] de la création des cégeps, a lancé une campagne publicitaire dans laquelle elle défendait l’existence des 48 établissements publics.

1) Par la formation générale qu’il offre, le cégep forme des citoyens critiques, éclairés et ouverts sur le monde.

2) Par sa formation technique et sa formation continue, il forme une main-d’oeuvre qualifiée et précieuse pour les entreprises et les organismes d’ici.

3) Par sa formation préuniversitaire, il est un riche tremplin vers l’université.

4) Par la recherche effectuée en son sein et dans ses centres collégiaux de transfert de technologie, il contribue à l’accroissement du savoir et à l’avancement des sciences.

(https://www.lavantage.qc.ca/actualites/2014/9/17/le-cegep-un-atout-superieur-pour-le-qu-3872959.html)

Maintenant, je vais me faire plaisir et contredire les arguments…sauf un.

1 – Les universités et les écoles secondaires peuvent le faire.

2 – La formation technique a entièrement sa place, tout comme la formation continue au même principe que les DEP, rien à dire là-dessus.

3 – La formation préuniversitaire peut être séparée entre le secondaire et l’université.

4 – La recherche scientifique peut très bien se faire à l’université, surtout qu’il y a des gens payés pour en faire, sans compter les étudiants au doctorat qui apportent des contributions à leur domaine.

Maintenant, qu’en est-il de la différence au niveau de la responsabilisation de l’individu entre le secondaire et l’université? Je répondrai à cela que le secondaire devrait former nos jeunes à être autonomes et non les prendre par la main. J’ai personnellement eu la chance d’être allé dans une école publique qui ne donnait jamais de retenue ou de copie si tu ne faisais pas tes devoirs. Pas parce qu’ils s’en foutaient, mais parce qu’ils savaient qui étaient les élèves qui avaient réellement besoin d’aide. J’avais de bonnes notes, alors ils ne s’en faisaient pas pour moi et ils me laissaient gérer mes propres affaires pour se concentrer sur les élèves en difficulté. J’ai également un ami qui a fait une partie de son secondaire en Alberta et qui m’a dit que les écoles d’ici prennent trop les gens par la main et que ça l’énervait.

Ne serait-ce pas plutôt le secondaire qui ne responsabilise pas suffisamment nos jeunes, les rendant ainsi dépourvus de tout moyen quand ils arrivent aux études supérieures?

Et la question du coût? J’admets que c’est un avantage, mais d’où vient le besoin d’explorer? Pourquoi n’y a-t-il pas de cours d’éducation de choix de carrière obligatoire au secondaire? Les jeunes peuvent bien avoir besoin d’explorer si les écoles ne se contentent que de quelques visites du conseiller en orientation dans les classes où il ne peut pas traiter chaque élève individuellement. Ces étudiants qui coûtent de l’argent à la société en explorant nous coûteraient collectivement moins cher s’ils savaient où ils s’en vont, mais encore faut-il leur fournir les connaissances nécessaires pour faire un choix éclairé.

Tout cela m’amène à questionner cette étude, car je me demande maintenant si ce n’est pas plutôt le secondaire, voire le primaire qui a échoué. Soyons francs, si l’éducation secondaire et primaire étaient optimales, les cégeps seraient inutiles. Actuellement, l’étude dit que les cégeps ont échoué, mais pouvaient-ils vraiment rattraper en deux ans une douzaine d’années d’éducation qui ont eu lieu durant les périodes de notre développement où nous sommes des éponges? Éducation avec toutes ses lacunes.

Dans notre système actuel, le cégep justifie son existence par les problèmes du système d’éducation. Pire encore, puisque nous sommes au Québec, ces mêmes cégeps ne fonctionnent pas.

Un système avec lacunes qui vient justifier un autre système avec des lacunes… Vive le Québec!

Les programmes techniques, je dois l’admettre, méritent cependant de continuer d’exister, mais les préuniversitaires devraient être abolis. Il faudrait également ajouter une année de secondaire et une année d’université comme cela se fait dans les autres provinces.

https://www.cirano.qc.ca/files/publications/2017s-10.pdf