Cold Heimatlos, c’est un chroniqueur à la plume irrévérencieuse, aux commentaires cinglants et à l’humour qui fait grincer des dents. Enseignant au niveau professionnel, auteur d’un roman noir, sa plus grande préoccupation est l’état lamentable dans laquelle se trouve la relation entre l’Homme et la liberté. C’est sous cet angle qu’il aborde ses sujets : le rétrécissement constant des libertés doit être expliqué et compris par le citoyen avant d’être dénoncé. Il s’insurge devant la douce et thérapeutique dictature de l’État et du dressage sensitif de l’Homme. Cette citation reflète sa pensée :
« Les êtres humains n’ont pas grandi en même temps que les institutions issues de leur cerveau. Ce sont surtout la faiblesse intellectuelle et morale des chefs et de leur ignorance qui mettent en danger notre civilisation. »
– Alexis Carrel in L’Homme, cet inconnu

BLOGUE | Armes à feu, paradoxe entre contrôle et liberté…

Cold Heimatlos

« Un esclave est une personne qui ne peut posséder une arme et le second amendement garantit à chaque citoyen la possession d’une arme. Ainsi, aux États-Unis d’Amérique, personne ne peut être un esclave. »

Lysander Spooner

Depuis que le PLQ a décidé de récupérer la mauvaise idée qu’était le registre des armes à feu, que le fédéral exige plus de contrôle et que je m’intéresse distraitement à l’affrontement entre Tous contre un registre québécois des armes à feu et Polysesouvient, il y a un truc qui m’agace : l’axe politique dans tout ce bordel.

À moins que je ne sois complètement débile, je crois que les militant(e)s de Polysesouvient, sont majoritairement des gens de gauche, probablement plus près du NPD et de Québec Solidaire que du Parti Conservateur, voire d’ultragauche chez les plus marxistes du lot. Et il y en a. Du côté de Tous contre, beaucoup de droitistes et de libertariens. Dans les médias, on ne cesse de nous montrer des photos de jeunes cocos américains manifestant contre la National Rifle Association (NRA), alors qu’un des plus grands mouvements d’extrême-gauche, Socialist Alternative, actif dans plus de 50 villes américaines, n’est pas du tout contre la possession personnelle d’armes à feu. Évidemment, il y a des nuances… n’allez pas bêtement conclure que les marxistes supportent la NRA !

Maudit Second Amendement !

Les gens de Socialiste Alternative, se sont posés l’excellente question suivante : « Comment réagir dans une situation où l’État a de plus en plus de pouvoirs, ce qui représente clairement une menace pour toute couche de la société états-unienne qui déciderait de s’opposer aux dictats de la classe dirigeante ? »

Un des membres sénior, Tom Crean, écrit : « Selon le Deuxième Amendement de la Constitution des États-Unis, « Une milice bien organisée étant nécessaire pour la sécurité d’un État libre, il ne sera pas contrevenu au droit du peuple à détenir et à porter des armes ». Le contexte de cet amendement, qui date de l’année 1791, était celui de la guerre d’indépendance révolutionnaire que les Treize Colonies qui allaient ensuite former les États-Unis d’Amérique ont menée contre la Grande-Bretagne. À l’époque, les Pères fondateurs des États-Unis étaient convaincus que la lutte contre la Couronne britannique n’était certainement pas terminée – comme l’histoire l’a d’ailleurs prouvé plus tard, lorsque les Britanniques ont pris et incendié la ville de Washington lors de la guerre anglo-américaine de 1812. Il y avait alors une forte opposition à l’idée d’une armée de métier, vu l’expérience historique de l’Europe et la récente expérience de l’armée britannique. Les armées de métier étaient correctement identifiées par les révolutionnaires américains comme autant d’instruments de répression entre les mains des tyrans. […]

De manière générale donc, le Deuxième Amendement et la Déclaration des droits dont elle fait partie font bel et bien partie intégrante de l’héritage progressiste de la révolution bourgeoise américaine contre le féodalisme britannique. Mais au fur et à mesure du développement du capitalisme, la question du contrôle des armes est devenue inséparable de la lutte de classe du Capital contre le Travail, et notamment du désir de la classe dirigeante de maintenir soumise la population afro-américaine.

Il y a eu, au cours de l’histoire des États-Unis, de nombreux exemples d’horribles massacres de travailleurs en lutte pour leurs droits. En 1914, durant une grève des mineurs dans le Colorado, 21 hommes, femmes et enfants ont été tués à Ludlow par la milice étatique armée de mitrailleuses. En 1937, la police a ouvert le feu à Chicago sur une marche pacifique de travailleurs de l’acier et leurs familles : dix travailleurs ont été tués et 40 blessés – tous par des balles tirées dans leur dos. »

Historiquement, les groupes de gauche – ayant tous une aile politisée et une seconde plus radicale ont toujours été armés. Pensons aux Black Panthers américains, à l’IRA irlandaise ou à l’ETA basque. La droite – bourgeois, banquiers, magistrature et représentants de l’ordre – était favorable au contrôle des armes et à leur restriction.

En 1967, Quand un groupe de Black Panthers a manifesté au Parlement à Sacramento, armé de carabines et de fusils chargés, l’organisation a attiré l’attention nationale de la presse et rallié de nombreux conservateurs politiques à la cause du contrôle des armes, y compris le gouverneur Ronald Reagan, oui oui !

« Both Republicans and Democrats in California supported increased gun control. Governor Ronald Reagan, later commented that he saw « no reason why on the street today a citizen should be carrying loaded weapons » and that guns were a « ridiculous way to solve problems that have to be solved among people of good will. »

En réponse aux actions des Black Panthers, la législature californienne adopta le Mulford Act, qui interdit le port d’armes à feu à découvert dans l’état. L’auteur du projet de loi, Don Mulford (Parti Républicain), déclara à l’époque : « Nous devons protéger la société de forcenés armés. » Fait intéressant : La première victime de cette loi ne fut pas un membre des Black Panthers, mais un membre du Parti Républicain, arrêté pour avoir transporté une arme chargée dans sa voiture. La défense échoua dans sa tentative de le faire acquitter !

Le NRA. appuya la mesure. N’est-ce pas le monde à l’envers ? Quand un groupuscule de gauche, luttant pour la défense des droits des noirs en Amérique, réclame le droit à ceux-ci de s’armer, le NRA adopte une position pro-contrôle. Sans faire un amalgame boiteux, le premier groupe fondé pour un contrôle des armes à feu aux É.-U. est quand même le Ku Klux Klan. Immédiatement après la guerre civile, les états du sud adoptèrent une série de lois pour garder les noirs (Freedman) dans la soumission la plus totale. « No freedman shall keep or carry fire-arms of any kind, or any ammunition without police permission. » Le KKK s’est chargé, à sa triste façon, de voir au respect de ces lois.

Le pouvoir cherche toujours à décrire ses adversaires comme des gens violents. Les tentatives de restreindre le port d’arme par la population font partie de l’histoire des États-Unis. Ailleurs dans le monde, la classe dirigeante a fait de grands efforts pour désarmer les forces révolutionnaires, indépendantistes ou même simplement citoyennes.

Aujourd’hui, de manière générale, quels que soient les prétextes employés, la plupart des tentatives de contrôle des armes sont en partie motivées par le désir de la gauche de désarmer ses potentiels adversaires, dont le plus important est l’homme blanc de la classe moyenne.

« Les marxistes se sont toujours opposés à ces tentatives de la classe capitaliste de s’assurer le monopole des armes et de la violence. Nous nous opposons à l’idée selon laquelle l’État seul devrait être armé, en tant qu’arbitre « neutre » entre les classes. En effet, toute l’expérience historique montre encore et encore que les forces armées au service de l’État ne sont pas neutres, mais servent uniquement les intérêts de la classe dirigeante. »

Tom Crean, Socialist Alternative

Revirement de situation

C’est sous Ronald Reagan (1981 à 1989), avec le développement de la « Nouvelle Droite », pour qui toute restriction au « droit de porter une arme » devint une atteinte au Deuxième Amendement. Cela faisait partie d’une évolution plus générale du Parti Républicain, qui amorçait alors son tournant vers une approche plus populiste. Le NRA, développa une idéologie libertaire de droite qui fait la promotion d’un individualisme particulièrement réactionnaire. Ce point de vue se combine avec le mythe selon lequel sans un héros – le citoyen armé – la Constitution risque à tout moment d’être renversée pour être remplacée par une tyrannie. Mouais…

Il faut dire qu’avec sa guerre contre la drogue et celle contre le terrorisme, le gouvernement américain manque régulièrement de respect au quatrième amendement de sa constitution : « Le droit des citoyens d’être garantis dans leurs personne, domicile, papiers et effets, contre les perquisitions et saisies non motivées ne sera pas violé, et aucun mandat ne sera délivré, si ce n’est sur présomption sérieuse, corroborée par serment ou affirmation, ni sans qu’il décrive particulièrement le lieu à fouiller et les personnes ou les choses à saisir. » Donc, le citoyen qui voit le quatrième se faire bafouer allègrement par l’État, se conforte et accorde beaucoup plus d’importance au second.

Ce n’est pas un hasard si les ventes d’armes sont devenues encore plus importantes depuis qu’Obama a pris le pouvoir en 2008, et se sont encore élevées après que le même Obama, suite à la tuerie de Newtown, ait annoncé vouloir faire du contrôle des armes une priorité.

La gauche, en exigeant plus de contrôle sur la vente et la possession d’armes à feu, donne au NRA toute sa force et son pouvoir. Si les tous groupes de gauche, les étudiants socialistes et les minorités visibles exigeaient le droit de porter une arme au nom de la sacro-sainte défense personnelle et du Quatrième Amendement, je me demande comment réagirait la droite au pouvoir et son chien de garde le NRA…

Bien sûr, au Québec c’est différent puisque le gouvernement est de gauche, le peuple est gauchisé et que la droite n’est qu’une infime minorité, une fraction de un pourcent.

Mais pourquoi, comment se fait-il ?

Au Québec, les quelques tristes tueries qui ont eu lieu n’ont rien à voir avec un culte de l’arme. Les gens de Tous contre un registre pointent à juste titre la maladie mentale comme cause fondamentale de ces malheureux évènements dont d’aucuns ne souhaitent en revivre un nouvel épisode. Il en va ainsi pour celles du côté américain : aucun homme sain d’esprit ne songe à mitrailler une foule d’innocents. Peu importe que l’arme soit légale ou pas, le désaxé parviendra toujours à ses fins. C’est lui qu’il faut détecter à temps, prendre en charge et soigner le mieux possible.

La problématique, dont tous les militants de Polysesouvient devraient se préoccuper, en tant que gauchistes, en plus de la maladie mentale, est la pauvreté… pas le contrôle d’un objet par l’État.

Au Québec, le régime social-démocrate en place depuis 1960, fait qu’il n’y a pas de très grands écarts entre les riches et les pauvres. L’aide sociale, de par ses programmes, voit à ce que les moins nantis puissent survivre et s’en sortir passablement bien. Aux États-Unis, c’est différent. Prenons par exemple Chicago qui a récemment connu une forte hausse de la violence armée. Mais, comme l’a fait remarquer le New York Times, sur plus de 500 personnes tuées en 2012, plus de 400 l’ont été dans seulement 11 des 23 arrondissements de la ville, soit les quartiers Sud et Ouest de la ville ; les quartiers les plus pauvres.

Qui dit maladie mentale dit pauvreté. Qui dit pauvreté dit augmentation du taux de criminalité, dit consommation de drogues, dit ghettoïsation. Qui dit quartier mal famé dit augmentation de la présence policière… et s’en suit une hausse du nombre d’affrontements entre force de l’ordre et criminels et/ou malades intoxiqués. La grande pauvreté engendre la violence. Le fait qu’il soit si facile de se procurer une arme contribue possiblement à porter cette violence à un niveau supérieur, mais il ne s’agit pas de la cause fondamentale. En interdire la vente ne fera que créer un nouveau marché pour le crime organisé.

Pourtant le nombre de morts est à la baisse…

Les gens de Polysesouvient affirment que dans les villes où il y a plus de contrôle, le nombre de morts est à la baisse. En attribuant la baisse du nombre de meurtres au fait que le contrôle des armes à feu et que la police serait plus efficace, ils oublient souvent cette simple donnée : les médecins urgentistes chargés de soigner les personnes ayant subi des attaques par balles ou au couteau disent que de plus en plus de gens survivent aujourd’hui à leurs blessures en raison de la création de nombreux nouveaux centres hospitaliers de traumatologie spécialisés dans le traitement des blessures graves. En gros donc, le nombre de blessés par balles continue à augmenter, mais les gens meurent moins facilement de leurs blessures qu’avant. Et la violence, elle, est toujours aussi omniprésente.

Le Québec n’est pas une société violente, pas encore. Mais le Québec s’appauvrit à une vitesse incroyable, la classe moyenne étouffe sous les taxes et les impôts, le nombre de faillites personnelles augmente. On n’a plus l’argent pour soigner adéquatement le citoyen souffrant de maladie mentale, le pauvre est une dépense pour notre système de santé. C’est l’État qui est responsable de cet appauvrissement généralisé.

Voilà la raison fondamentale pour laquelle l’État réclame un contrôle sur les armes, car il ne parvient pas à trouver une solution à la violence qui est (sera) engendré par la pauvreté dont il est responsable.

Le mot de la fin aux marxistes !

« Mais il ne suffit pas de s’opposer aux tentatives faites par la NRA pour encourager la paranoïa collective. Il nous faut aussi être clair sur le fait qu’il existe bel et bien des raisons légitimes pour lesquelles les citoyens désirent porter une arme. Ainsi, dans les zones rurales, les armes sont couramment utilisées pour la chasse, pour combattre les prédateurs et pour les loisirs. Cela ne mène pas à des niveaux insensés de violence. De même, de nombreux habitants des villes et des banlieues désirent porter des armes pour leur protection personnelle. C’est surtout le cas dans les zones où la violence est endémique. Il ne faut par exemple pas être surpris si de nombreuses femmes cherchent à se procurer une arme pour pouvoir se défendre. En tant que socialistes, nous ne sommes pas des pacifistes ; nous ne nous opposons donc pas à ce que de simples citoyens possèdent une arme ou désirent en posséder une. »

Tom Crean, Socialist Alternative

« Armez-vous les uns les autres » disait un vieux sage…