Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

BLOGUE | Martine Ouellet poursuit TVA car sa mère et elle ont eu de la peine…

Avec sa poursuite, Martine Ouellet ne contribuera pas à hausser la crédibilité des femmes en politique...

Imaginez qu’un homme, chef de parti politique, envoie une mise en demeure aux commentateurs d’un média main stream en leur demandant une rétractation publique parce que sa mère et lui-même ont eu de la peine à la suite de critiques défavorables essuyées par le rejeton de maman. Quelle opinion en auriez-vous ?

Afin d’illustrer mon propos, je conserverai mot à mot des extraits de l’article que Le Devoir a consacré à l’événement en titre de ce billet, en remplaçant le nom original de Martine Ouellet par celui de Jean-François Lisée, choisi en raison de ses affinités souverainiste avec celle-ci. Je remplacerai aussi le nom du Bloc par celui du PQ. Voici :

« Selon les informations obtenues auprès de six sources distinctes, le célèbre avocat Guy Bertrand a été retenu par M. Lisée pour contester certains commentaires des participants, Bernard Drainville, Paul Larocque, Luc Lavoie et Caroline St-Hilaire. La mise en demeure stipulerait, indique-t-on en coulisses, que leurs propos ont fait de la peine à M. Lisée, ainsi qu’à sa mère. »

Poursuivons – sans jeu de mots – notre exercice avec des commentaires reprochés :

« Jean-François Lisée, entouré de sa garde rapprochée, de sa garde républicaine », disait Paul Larocque en guise d’introduction au segment de huit minutes de l’émission. « Jean-François Lisée s’inspire de René Lévesque avec un “J-F-rendum” (Martine-rendum dans l’original) pour aller consulter les membres du PQ », ajoutait-il.

« Son collègue Bernard Drainville disait pour sa part que la question du référendum « va être rédigée pour obtenir le résultat qu’il souhaite. […] Le problème fondamental, c’est le chef. Le problème fondamental, c’est le leadership. Et il passe à côté ».

« Caroline St-Hilaire ajoutait quant à elle que le chef péquiste était « en train d’inventer une façon de poser des questions sans jamais poser la question et se remettre en question. Et la base du leadership, c’est un peu d’humilité et oser poser les bonnes questions ».

« Luc Lavoie concluait que c’était « tellement stupide comme question » que c’en était « absurde ». Tous les quatre pensaient plutôt que le chef du parti québécois devait se soumettre à un vote de confiance — ce qu’il a décidé de faire cette semaine. »

Que penseriez-vous de Jean-François Lisée s’il avait vraiment décidé de poursuivre ces commentateurs en raison de propos certes critiques, mais ni haineux et encore moins calomniateurs ? Auriez-vous confiance en sa stabilité émotionnelle pour rester chef de parti ? Le trouveriez-vous suffisamment mature et réfléchi pour encaisser des coups nettement plus durs que des critiques dûment méritées ?

N’auriez-vous pas l’impression, dans l’éventualité improbable où il collectionnerait autant de gaffes que Martine Ouellet, de vous trouver devant un pantin désarticulé, victime de ses émotions, incapable d’admettre ses erreurs et d’accepter de se les faire servir ?

Quelle serait votre perception d’un chef qui aurait réussi la douteuse prouesse de faire fuir plus des deux tiers de ses troupes, de refuser toute remise en question sur son leadership, de rester sourd à toute demande de quitter son poste pour le bien du parti, de voir ses membres le déserter et de constater que ses derniers appuis lui tournent désormais le dos ?

Les hommes politiques ont bien leurs défauts. Mais je ne me rappelle pas en avoir vu un seul se conduire comme un adolescent attardé en envoyant une mise en demeure parce que sa mère et lui-même ont eu de la peine devant les critiques d’analystes dont c’est le travail de commenter l’actualité politique avec professionnalisme et sans complaisance. Aucun commentaire cité plus haut n’était ni grossier, ni vulgaire, ni diffamatoire, ni même injustifié.

Une réaction qui n’aide pas sa cause

Le comportement de Martine Ouellet ne rend aucunement service aux femmes en politique. Il entretient les préjugés qui les présentent comme de fragiles petites choses qui n’admettent pas la critique et qui ne peuvent donc pas en tirer parti. En s’offusquant de boutades sans malice comme celle de Paul Larocque sur le « Martine-rendum », Ouellet passe pour une adulescente immature et facilement frustrée.

Cette nouvelle s’inscrit dans la continuité de cet autre incident, que j’ai relaté dans ce billet, impliquant un journaliste de Radio-Canada accusé sans motif de harcèlement criminel par une femme ayant pratiqué le droit sans diplôme. Le chef de police ayant procédé à son arrestation injustifiable s’est dit inspiré de #metoo…

Martine Ouellet invoquera-t-elle à son tour ce mouvement pour justifier sa poursuite ? La victimite féministe qui s’intensifie depuis l’automne dernier connaîtra-t-elle une fin ? À partir du moment où les médias si souvent complices de ces dérives en deviendront pour une fois des – vraies – victimes, qui sait ? Peut-être bien…