Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au 10-04

BLOGUE | Un gars armé, c’est toujours un peu dangereux

CLAUDE AUBIN

Vous savez, la vie ça ne tient qu’à un fil ! Je vais vous raconter comment un matin, mon partenaire et moi, avons failli y laisser notre peau.

C’était un joli matin d’été en 1976. Il commençait à peine à faire chaud, on avait à peine entamé notre deuxième café quand le répartiteur nous donne un appel de système d’alarme de banque, celui du hold-up ! Comme on était assez proches, bien sûr, on est arrivés les premiers.

Comme d’habitude, Daniel mon partenaire à spring est déjà devant la porte, pis moi je lui fais signe, tasse-toi. S’il n’est pas mort ce gars là, c’est pas de sa faute. Finalement, une autre voiture vient à notre aide et je réussis à toucher à la poignée de la porte. Alors, je donne un coup, encore un… mais la porte est barrée. Et là je vois la petite caissière arriver avec ses clés.

– Vous avez barré la porte ?
– Oui, après un vol c’est la politique.

Comme si le voleur allait revenir en disant : « J’ai oublié le dernier coffre » ou « J’ai oublié mes gants ». Et le temps qu’elle ouvre, qu’on sache ce qui se passe, les voleurs sont loin. C’est rare qu’ils nous attendent sur la coin de la rue.

Alors, Daniel et moi on retourne à nos appels. On n’a pas fait un coin de rue qu’un gros homme en camisole un peu sale nous intercepte. Le gros bonhomme nous raconte qu’un couple dort dans un des logis et qu’ils n’ont pas d’affaire là.

– Bon… On va aller voir.

Comme de fait, il y a un gars et une fille qui sont couchés sur ce qui reste d’un vieux sofa tout sale et tout troué. La fille est toute nue et toute maigre, jolie, mais maigre. Lui, il est en pantalon et sale. Ça sent le pas lavé depuis des jours. Bon, je les réveille. Mon gros bonhomme de concierge se rince l’œil, pas tous les jours qu’une nénette de vingt ans lui montre ses charmes, même un peu défraîchis.

La jeune femme me regarde avec un air perdu de fille qui a dû fumer un sac complet de joints. Il faut même que je l’aide à enfiler sa petite culotte. Ça pourrait être pire dans la vie.

De l’autre côté du sofa, le bonhomme râle un peu tout en s’habillant. Pourtant à un certain moment il se penche comme pour fouiller sous le sofa et Daniel trouve ça étonnant. Mon partenaire donne un coup de pied sur le rebord et du coup, il voit l’autre ressortir avec une carabine militaire entre les mains. Le genre qui tire trente balles en trois secondes.

– Claude !

Sans y penser, je m’élance sur le bonhomme et là, on se bat furieusement pour la possession du fusil. C’est à ce moment que mon arme décide de tomber de mon étui. Daniel ne bouge pas, il est tout à fait figé sur place par cette bagarre avec l’arme. Finalement, c’est le concierge qui ramasse mon arme et qui me regarde bêtement sans savoir quoi en faire.

De mon côté, le jeune et moi, on se roule par terre et on se tape dessus à qui mieux mieux. D’un coup, je réussis à lui arracher l’arme des mains, je lui balance tout un direct du droit et le voilà sur le cul et bien assommé.

Ok, je suis un peu sur l’adrénaline, mais dans cette carabine, il y a quand même vingt balles qui attendaient pour nous mettre en charpie. Je ne suis donc pas encore calmé que j’amène mon matamore qui saigne maintenant du nez et pour lui laver le visage, je lui mets la tête dans le bol de toilette. Je sais, ce n’est pas gentil, ce n’est pas très humain, mais là… je vous dirais que ça m’a fait beaucoup de bien !

Rendu au comptoir du poste, un des enquêteur qui nous regarder entrer avec le kid et son arme. Lance :

– Ça fait longtemps qu’on le voulait, lui !

Je le regarde, totalement dégoûté. J’en ai encore l’estomac qui se revire et à le regarder. Daniel semble souffrir du même mal que moi.

– Ben, tu le cherchais, le v’la.

C’est drôle, hein… J’avais comme un petit goût ferreux dans la bouche, comme quand t’as eu bien peur. Peut-être parce que j’ai eu bien peur.

Libre édition Claude Aubin
Libre édition Claude Aubin