Samuel Fillion-Doiron

Étudiant en Enseignement de l’univers social et de l’éthique et culture religieuse au secondaire, vice-président régional de la Capitale Nationale et de Chaudière-Appalaches au Parti conservateur du Québec.

BLOGUE | Justice : les criminels avant les victimes

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Vous souvenez-vous en 2012 quand le Parti québécois a été élu (triste souvenir) et que Pauline Marois a présenté son Conseil des ministres? Nous avions, jusqu’à ce moment, un seul ministère de l’Éducation, mais désormais, le ministère était séparé en deux. Il y avait le ministère de l’Éducation, du Loisir et du Sport et le ministère de l’Enseignement Supérieur. Deux entités différentes pour gérer les dossiers afin de rendre les choses plus faciles. Cependant, quand les libéraux ont repris le pouvoir, les deux ministères sont revenus ensemble, mais il y a tout de même encore deux ministres. Au final, le gouvernement a séparé pour fusionner de nouveau tout en ajoutant des fonctionnaires et un ministre (ou des dépenses de l’État si vous préférez).

Comme le Parti québécois adore se séparer, quelle ne fut pas ma surprise de voir qu’il voulait aussi séparer la Justice au Québec en créant une nouvelle chambre spécialement pour les cas de violences conjugales et sexuelles. Vous savez quoi? J’aime beaucoup l’objectif et l’intention, car n’oubliez pas qu’on estime qu’à l’heure actuelle, il n’y a que 5% des agressions sexuelles qui sont dénoncées. De plus, les femmes battues qui quittent leur conjoint violent ne vont pas nécessairement entamer des procédures judiciaires contre lui, car la seule chose dont elles ont généralement envie une fois qu’elles sont sorties de cette relation, c’est d’aller de l’avant.

Véronique Hivon propose d’ajouter à cela une meilleure formation pour les policiers sur les dossiers d’agressions sexuelles et de violence conjugale. C’est également une très bonne idée, car en ce moment, lorsqu’une personne veut dénoncer une agression sexuelle, elle se fait poser beaucoup de questions. La police veut s’assurer de la véracité de ses propos. Un couteau à double tranchant, puisqu’une fausse déclaration peut créer des histoires comme celle de Patrick Brown ou simplement décourager la victime, car elle a l’impression de ne pas être crue.

J’ai cependant quelques problèmes avec cette mesure :

1- Le système de justice du Québec est lent, mais lent, et avec l’arrêt Jordan toujours en vigueur, j’ai bien peur que d’augmenter la taille de l’État dans le domaine de la justice ne fasse pas avancer les choses et qu’il n’y ait pas plus de condamnations, même si en Afrique du Sud, cela a fonctionné.

2- C’est bien beau condamner le criminel, je veux le voir derrière les barreaux tout autant que n’importe qui, mais actuellement, la non-responsabilité criminelle semble être à la mode, alors est-ce que la victime qui mettra des efforts de fou pour que justice soit rendue sera vraiment satisfaite? Est-ce que les cas qui seront médiatisés décourageront certaines personnes qui auraient tenté d’utiliser la nouvelle chambre spécialisée? C’est sans compter les sentences bonbons.

3- La réinsertion sociale est un échec lamentable, puisque le nombre moyen de séjour en prison est de 8 fois.

4- L’IVAC est un bordel administratif digne du système de paie Phoenix ou de SAGIR. Connaissez-vous la petite Cassandra Pageau? Celle qui attend l’aide de l’IVAC depuis son enlèvement en janvier?

Avec tout cela, créons-nous le pire des scénarios possibles :

Une jeune fille se promène dans la rue. Elle se fait prendre dans une ruelle sombre par un homme visiblement sous l’effet de stupéfiants. Comme elle est trop faible pour se défendre, elle finit par être battue et violée. Elle rentre chez elle en pleurs. Elle n’en parle à personne pendant quelques jours. À un moment, elle décide de se confier à quelques amis qui lui disent de dénoncer à la police au plus vite.

Elle prend son courage à deux mains et décide d’y aller. On la questionne afin d’être certain que son histoire est vraie et l’enquête commence. Après quelques temps, on finit par trouver le coupable, on l’arrête et le système de justice se met en place. Le coupable est en prison pendant un temps (doublé) et la victime attend de recevoir l’aide de l’IVAC, car elle ne peut plus aller travailler. Elle est traumatisée et a potentiellement besoin de voir un psy.

Les délais sont longs, longs, mais longs. Elle attend l’IVAC. Elle attend aussi de pouvoir témoigner au procès, mais finalement elle attend trop longtemps et le coupable évoque l’arrêt Jordan et finit par s’en sortir sans procès. Pendant ce temps, la victime n’a eu aucun support moral et financier et elle vit avec la frustration et la peur de savoir que celui qui l’a agressé se promène librement.

 On insère une petite uchronie

Le procès commence, la victime témoigne, elle doit faire face à son agresseur, c’est une grosse épreuve morale, mais elle passe à travers avec brio… Elle attend toujours l’aide de l’IVAC en passant.

Le procès se termine et le juge découvre que le coupable était non seulement sous l’effet de stupéfiants, mais qu’il avait un problème de santé mentale (probablement liée à la consommation de drogues ou d’alcool). Il est donc déclaré non criminellement responsable de ses actes, reçoit une sentence bonbon et sera socialement réinséré à travers sa peine. Du moins, on essaiera de faire mentir les statistiques qui disent que le nombre de séjours moyen en prison est de 8.

Dans les deux cas, la victime est celle qui est oubliée et qui doit se battre seule. Alors, bien que j’aime les intentions derrière l’idée de Véronique Hivon, je pense que son idée ne peut pas être appliquée au Québec et que cela ne ferait que donner le même résultat que les fusion et séparation au Ministère de l’Éducation, c’est-à-dire absolument rien.

Certes, elle me répondrait certainement que la solution est l’indépendance, mais Lisée a promis que cela ne se ferait pas dans un premier mandat. Les victimes n’ont pas à attendre 4 ans.