Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

Maxime Gaget, séquestré, torturé, blessé au couteau, brûlé au fer et à l’acide par sa conjointe…

Maxime Gaget, preuve « survivante » que des hommes peuvent subir de la violence conjugale sévère.

Son histoire a fait le tour du monde. Il suffit de taper « Maxime Gaget » sur Google pour s’en rendre compte. Évidemment, aucun média québécois n’en a parlé. Normal. Faut pas énerver les féministes. Et puis, lever le voile sur la violence conjugale subie par les hommes, c’est banaliser celle vécue par les femmes (air connu…).

Ça, c’est sans compter la désinformation étatique, comme celle du Secrétariat à la condition féminine qui tente toujours aussi maladroitement de présenter des signalements de violence conjugale comme des infractions avérées :

« En 2014, les services policiers du Québec ont enregistré 18 746 infractions contre la personne commises dans un contexte conjugal et les victimes étaient majoritairement des femmes. »

Tout en maintenant cette même vision biaisée des cas de violence conjugale, le ministère de la Sécurité publique nous livre cependant cet énoncé surprenant :

« Pendant que le nombre de victimes de sexe féminin fluctue au fil des ans, une tendance plus précise se dégage quant aux victimes de sexe masculin. En effet, le nombre de victimes masculines n’a cessé d’augmenter durant la dernière décennie, et ce, en dépit d’une légère régression de 1,8 % en 2013. Soulignons que le nombre de victimes masculines dans un contexte conjugal a fait un bond remarquable de 35,4 % de 2006 à 2015. »

Comment interpréter cette hausse « remarquable » ? Les femmes deviennent-elles de plus en plus violentes ? Les hommes dénoncent-ils davantage ? Commence-t-on enfin à les prendre au sérieux ?

« Le monstre »

C’est dans ce contexte particulier qu’il faut situer le drame vécu par Maxime Gaget, bien qu’il soit survenu en France, pays où la violence conjugale subie par les hommes reste par contre tout aussi ignorée qu’au Québec.

Maxime fait la connaissance de sa future tortionnaire par le biais des réseaux sociaux. Une première rencontre survient, et celle qu’il surnommera Nadia dans son livre choc intitulé Ma compagne, mon bourreau, ne tarde pas à l’inviter à vivre avec elle et ses deux jumeaux de 11 ans. La situation a vite fait de dégénérer :

« La déshumanisation de Maxime commence. Nadia casse ses lunettes, lui ordonne d’emmener et de récupérer les enfants à l’école. Pour déjeuner, elle ne lui donne que quatre euros. Les retards, les absences et sa mauvaise vue lui coûtent son emploi. Maxime est livré à temps plein à la perversité de son bourreau. Après s’être occupé des enfants, du ménage, des courses, Maxime est assigné à dormir sur un tapis de sol avec un blouson pour couverture. Il est privé de douche et de toilettes. Un soir d’hiver, Nadia lui fait prendre une douche glaciale, fenêtre ouverte. « Comme des centaines d’aiguilles ». Quelques jours plus tard, pour « se rattraper », il a le choix entre une autre douche gelée ou une brûlure. Il tend docilement son avant-bras, sur lequel elle pose un couteau chauffé sur la plaque électrique et qui lui décolle la peau. Un autre jour, elle le frappe avec un manche à balai, lui assène plusieurs coups, fait du trampoline sur son ventre. C’est d’abord le goulot d’une bouteille d’acide chlorhydrique qui se retrouve plaqué sur ses lèvres, puis un couteau de 20 cm sous la gorge. Les enfants, témoins permanents, supplient leur mère, qui lâche prise. »

Au cours d’une entrevue qu’il nous a accordée à Tant qu’il y aura des hommes…, émission que j’anime en compagnie de Lise Bilodeau sur Radio Média Plus.ca, Maxime nous a confié que la lame du couteau avait avoisiné dangereusement sa carotide…

Comment expliquer qu’il ait accepté de subir pareil martyr ? Même sa famille, venue le délivrer après que le frère de sa tortionnaire l’ait alertée, ne comprend pas, comme en témoigne ce documentaire, dont les images de blessures sont à peine soutenables. À Lise et à moi, Maxime révélera qu’il était continuellement menacé de fausses allégations de pédophilie à la police chez qui Nadia disait avoir des contacts, une tactique plus courante qu’on ne voudrait l’admettre dans nos sociétés occidentales où la présomption d’innocence n’existe plus, officieusement, bien sûr. La peur de voir les enfants battus par leur mère le retenait également. Ils ne l’auraient été « qu’une fois ».

Les séquelles sont extrêmes : « Elle m’a rendu en puzzle, dans ma tête et dans mon corps. » Maxime passe huit fois sur le billard. Son nez est refait à 100 %, comme son oreille. Son œil droit ne se rouvre qu’au bout de quatre jours ; on remarque alors que sa rétine est décollée. Certaines marques ne sont pas parties, même six ans après. Entre ses sourcils, trois cicatrices forment un triangle. « Ça, c’est l’embout de la bouteille de javel qu’elle m’avait collé entre les yeux. Un peu de liquide est sorti, ça a mal cicatrisé. » Une infirmière de vingt ans de métier lui lance qu’il est « le deuxième cas le plus grave qu’il m’ait été donné de voir ».

Maxime nous a affirmé vouloir ouvrir les yeux de la société française sur toutes les formes de violence et précise qu’il ne vise pas exclusivement celle vécue par les hommes. Toute forme de sévices doit être dénoncée et stoppée, affirme-t-il, même celle infligée aux animaux, ce qui ne l’a pas empêché de préciser au Figaro :

« Au moment même où nous parlons, des hommes se font martyriser, rabaisser plus bas que terre. Environ un homme meurt tous les treize jours sous les coups de sa compagne », assure-t-il, évoquant les chiffres de l’Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales. »

Il serait temps de constater cette réalité, quitte à bousculer certaines susceptibilités…