Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

1938 : 7 décès dans l’incendie de l’Hôtel Albert

Cette photographie de Bibliothèque et Archives nationales du Québec vaut mille mots.

Il y a 80 ans, de triste mémoire, sept personnes perdaient la vie dans l’incendie de l’Hôtel Albert Café, sur l’avenue Principale, à Rouyn à l’époque, en Abitibi, Québec.

Par Ghislain Loiselle, blogueur

La catastrophe s’est produite dans la nuit du 11 au 12 novembre 1938, vers 3 h du matin, heure de l’alarme, et a commencé dans la chambre 23 de cette véritable institution de Rouyn-Noranda, où les blessés graves par brûlures et autres ont été nombreux.

Ce feu, qui est réputé être le pire désastre de l’époque, s’était propagé à une douzaine de commerces et des édifices avaient été entièrement rasés, sept en tout.

Une complainte

Le terrible incendie a même inspiré une complainte dont on peut lire un extrait dans le livre souvenir Rouyn-Noranda, quelle histoire… en photos! Voici ce tiré à part :

« L’anniversaire de l’armistice

Rouyn s’en souviendra longtemps

Nuit affreuse de sacrifices

Plusieurs êtres brûlés vivants

Rouyn, Noranda, endormis

S’éveillèrent soudain en sursaut

L’aigre sifflet Noranda crie

Et nous accourons aussitôt. »

Un son lugubre se fait entendre

L’aigre sifflet était en fait la sirène de la Mine Noranda qui était actionnée lorsqu’un important incendie avait lieu dans les villes jumelles. Elle avait une sonorité lugubre qui faisait penser à Londres, à la Deuxième Guerre mondiale (1939-1945), où les habitants étaient alertés, par sirènes, lorsque des V2 nazis commençaient à s’abattre sur la capitale anglaise. À Rouyn-Noranda, où on soulignait curieusement l’armistice d’une autre guerre, de la Grande guerre (1914-1918), on vivait, en ce mois de novembre 1938, un événement épouvantable, incroyable tellement il paraissait irréel.

Cette photo de 1938 conservée à BANQ nous montre l’établissement hôtelier avec ses deux seuls étages d’avant l’incendie.

Un homme grièvement brûlé dans la conflagration a appelé ses proches à un téléphone publique pour leur dire ce qui venait de lui arriver. Il devait mourir peu après avoir raccroché, dans d’horribles douleurs de grand brûlé irrécupérable. Ce que Rouyn-Noranda vivait là était à fendre l’âme. On en a vu des gens hurler de douleur, pleurer toutes les larmes de leurs corps, implorer Dieu de faire cesser cet enfer… Des heures d’angoisse. Des heures de dur combat. Des heures interminables où combien de curieux assistaient, impuissants, à un spectacle horrible où les acteurs étaient des victimes, des pompiers, des médecins, des ambulanciers, des infirmières, des policiers, des sapeurs auxiliaires, des volontaires, à pied et en véhicules. Du jamais vu dans une ville qui n’avait alors que 12 ans, en plein coeur de la forêt abitibienne.

Les causes de l’incendie de l’Hôtel Albert Café

Mais comment donc ce brasier a-t-il pu s’allumer? Félix B. Desfossés, raconte que  »la chambre 23 est occupée par John Grant. Ce soir-là, le jeune travailleur minier attendait sa femme. Elle devait arriver en train le vendredi soir. Elle ne s’est jamais pointée. Esseulé, il noie sa peine dans l’alcool. Affecté par l’alcool et achevé par l’heure tardive, il s’endort avec à la main une cigarette allumée. La cigarette serait tombée sur la robe qu’il avait achetée à sa femme. L’incendie aurait ainsi pris naissance. »

Pour ceux qui ne sont pas de la région, il faut savoir que l’Hôtel Albert, d’abord administré par Albert Coutu et son épouse, Élisa, existe toujours aujourd’hui, sous la bannière Best Western. Longtemps après l’incendie, en 1945, la bâtisse a été reconstruite et deux étages lui ont été ajoutées afin d’y augmenter le nombre de chambres à louer.