Olivier Kaestlé

Diplômé d’un baccalauréat en littérature française (Université du Québec à Trois-Rivières) et d’un certificat en journalisme (Université Laval), Olivier Kaestlé a commencé à s’exprimer dès 2006 dans les tribunes d’opinion sur une pléthore de sujets. C’est en créant son blogue en 2009 qu’il a choisi de se consacrer presque exclusivement à la condition masculine et à la dénonciation des injustices et iniquités vécues par les hommes et les garçons, tout en se vouant à la lutte à l’intégrisme religieux, qui menace de plus en plus les femmes et les filles ayant la chance de vivre selon les valeurs civilisées du Québec. Olivier co-anime également avec Lise Bilodeau l’émission « Tant qu’il y aura des hommes…  » sur les ondes de Radio Média Plus.ca.

Blagues sexuelles, regards insistants, sifflements et paroles « obscènes » sont désormais des « violences sexuelles » !

Quand on passe de la sensibilisation à la victimisation...

On en apprend tous les jours. Comment le Québec a-t-il pu vivre si longtemps sans réaliser à quel point ses filles étaient menacées par la « culture du viol » au moment même où d’autres idéologues songent à nous imposer la culture du voile ? Heureusement, nos vaillantes féministes veillent sur leurs enfants chéries. La preuve, cette initiative, lancée en septembre 2016, mais qui se perpétue encore en ce moment même dans plusieurs cégeps, intitulée « Ni viande, ni objet ».

Cette campagne, présentée comme une initiative conjointe du Cégep de Sherbrooke et de l’association étudiante du même établissement, se veut « une campagne multiplateforme de sensibilisation et de prévention des violences à caractère sexuel déployée auprès de la communauté étudiante collégiale » qui, nous révélait déjà le quotidien La Tribune en février 2017, devait rayonner « partout dans la province », puisqu’elle serait reprise par « une vingtaine d’établissements collégiaux et universitaires au cours des prochains mois. » Bref, juste à temps pour attraper le train de #metoo…

Vu la thématique, il ne faut pas se surprendre de la contribution incontournable d’un Centre d’aide et de lutte contre les agressions sexuelles, en l’occurrence le CALACS Agression Estrie, parmi les partenaires de cette « innovation » . On ne peut pas être contre la vertu, si des gestes concertés peuvent prévenir des agressions sexuelles ou venir en aide aux éventuelles victimes. Encore faut-il s’entendre sur ce que sont les violences sexuelles…

De la sensibilisation à la paranoïa…

La campagne « Ni viande, ni objet » prétend répondre à « la nécessité de s’informer sur cette problématique [les violences sexuelles], à laquelle ils [les jeunes] sont confrontés au quotidien [sic]. » On retrouve sur leur site trois types de violences sexuelles qui « sont partout, prennent de multiples formes et font malheureusement partie intégrante de notre environnement, de notre culture. » On ne rigole plus.

Parmi les trois types de violences sexuelles évoquées, la définition même d’agression sexuelle reste crédible : « Incidents graves et criminels (attouchements, agrippement, viol, baisers ou caresses non désirés, rapports forcés, etc.) dont les conséquences sur la santé entraînent des troubles psychologiques, des blessures, des réactions physiques, en plus d’avoir des répercussions sociales importantes telles l’isolement, la peur ou le suicide. »

La définition de « harcèlement sexuel » ouvre en revanche la porte à une subjectivité tendancieuse : « Le harcèlement sexuel représente tout acte à connotation sexuelle ressenti comme non désiré par la personne qui le subit. » Des accusations de harcèlement sexuel doivent reposer sur des gestes concrets posés par un agresseur, et non sur le « ressenti » d’une plaignante. Il peut exister une différence déterminante entre une victime d’agression et une personne paranoïaque ou pire, de mauvaise foi.

La troisième définition de violences sexuelles présentée par ces idéologues a justement de quoi stimuler une paranoïa injustifiable :

« Faire des gestes ou dire des paroles obscènes, poser des regards insistants ou déplacés, siffler ou interpeller de façon suggestive, faire des remarques à caractère sexuel sur l’apparence ou l’habillement, faire des commentaires ou avoir des comportements sexistes tels des blagues et des taquineries à teneur sexuelle, intimider, poser des gestes intrusifs qui ne respectent pas l’intimité ou l’espace personnel des autres, menacer ou harceler des personnes en ligne en faisant l’usage de références sexuelles, tenir des commentaires violents et haineux à connotation sexuelle, etc. Au quotidien, nous sommes témoins, victimes, voire à l’origine de plusieurs de ces gestes. »

Il devient évident, devant pareil étalage de présumées agressions (mises en gras) qui relèvent davantage de la balourdise que de la violence sexuelle, que la campagne « Ni viande, ni objet », loin de se contenter de faire de la prévention sur la violence sexuelle, instaure un climat de défiance et d’antagonisme entre des garçons et des filles encore vulnérables à une propagande victimaire.

Il y a de quoi frémir, devant la proposition du Conseil du statut de la femme, adressée l’automne dernier à la ministre de la Condition féminine, Hélène David, visant à étendre aux niveaux primaire et secondaire la soi-disant sensibilisation qui contamine de plus en plus le tissu social collégial et universitaire. Y aura-t-il une fin à ce matraquage des stéréotypes féministes d’homme prédateur et de femme victime auprès de notre jeunesse ? Aucune société dite humaniste n’a le droit moral de perpétuer pareille dérive.