Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au 10-04

BLOGUE | La charte des droits, les institutions et les incohérences

Je me vois déjà à 80 ans exiger de reprendre du service au nom de la charte des droits. On peut rêver.

Depuis maintenant trois décennies, la charte des droits permet à un plus grand nombre de gens de faire un travail qui avant leur était interdit, ou du moins difficile à pénétrer.

Prenons les services tels que les pompiers et policiers. Les normes d’une grandeur et pesanteur étaient des critères à respecter : 5’8 au minimum et 155 lbs. La charte a battu en brèche ces critères jugés discriminatoires. Bien sûr, une personne de 5’7 et 153 lbs pouvait faire le travail, mais qu’en était-il d’une personne de 5 pieds ou moins?

Alors, malgré un certain bon sens, grandeur, grosseur et âge furent finalement mis de côté. Nous avons droit à des policiers et policières pouvant être considérés comme des lilliputiens. Des jeunes ou moins jeunes, que nous considérions être bâtis sur une ossature de chat, ou ayant un certain surpoids peuvent maintenant porter l’uniforme et nous protéger. Les tests physiques ayant de moins en moins une prépondérance au final. Bravo pour la charte, mais dans la pratique, quand il faut repenser l’agencement de la voiture, mettre de petits blocs aux pédales, peut-être allons-nous trop loin?

Une policière de moins de 5 pieds et de moins de 100 livres, portant une tresse aux fesses, peut-elle vraiment maîtriser un individu agressif, sans utiliser un moyen autre que ses mains? C’est beau le judo mental, mais ça ne fonctionne pas. Ou, comme j’ai vu, une policière de plus de 200 livres pour à peine 5 pieds. Si en plus l’âge et le poids ne sont plus des critères, comment se sentir en sécurité?

Bravo pour la charte, mais dans la pratique, quand il faut repenser l’agencement de la voiture, mettre de petits blocs aux pédales, peut-être allons-nous trop loin?

Il y a moins de trois semaines, dans mon coin, six policiers et un chien faisaient le tour des cours, cherchant sans doute un voleur. J’ai cru être devant une petite bande d’ados de 15 ans. Des gosses de 140 livres, la petite tuque de travers, les mains dans les poches, à la queue leu leu, qui allaient et venaient au gré du chien, tournant en rond, ne semblant savoir que faire. Je comprends maintenant mes voisins qui tournent en dérision les interventions faites par ces gamins attardés.

Il y a quand même un certain coût à tout cela. Quand lors d’une arrestation ça tourne mal, le policier ou la policière doit tirer faute de mieux. Quand le policier se retrouve avec des maux de dos, car sa ceinture est trop chargée et qu’il est mal assis, c’est aussi une récrimination des différents syndicats policiers. Les citoyens ayant accepté via la charte l’abolition des critères doivent aussi en payer le prix.

Bien sûr, il y a tout un tas d’autres groupes de travailleurs qui doivent s’adapter à ces normes. Il m’a toujours paru assez intelligent de prendre des gens ayant un certain gabarit pour un certain travail. Mais la charte en a décidé autrement.

À partir de maintenant, il y aura les signes religieux. Cette fois, on ne peut pas dire que ça ne va pas arriver. Le Journal de Montréal de jeudi nous montre une jeune femme désirant garder son voile tout en étudiant en technique policière. Comme nos politiciens adorent le flou artistique, c’est la Charte canadienne des droits qui finira par trancher. Elle a déjà tranché : le turban, le kirpan, le voile, la grandeur, grosseur, l’âge.

Alors, le débat au Québec ne sert pratiquement à rien. Il ne reste qu’à nous habituer à ces changements. Ce qui me trouble avec ça, c’est comment une femme voilée, une bonne musulmane fera quand un citoyen dira « Je ne veux pas être conduit au poste par elle. » Vous croyez que ça ne va pas arriver?

N’oubliez pas que nous les citoyens avons reculé sur le sapin de NOËL, sur le nom même de NOËL, sur la crèche.

Dans ce cas-ci, ce n’est pas la couleur de peau, l’ethnie ou la langue, mais l’identité religieuse. Vous pouvez toujours dire ce n’est pas si grave, alors, si un policier décide de se mettre une croix de 8 pouces et deux chapelets autour du cou, un autre des sigles des raëliens. Allons-nous juste en rire, ou si des citoyens d’une autre religion que celle du policier, seront frustrés et porteront plainte? N’oubliez pas que nous les citoyens avons reculé sur le sapin de NOËL, sur le nom même de NOËL, sur la crèche.

Dans un sens, j’ai un peu hâte de devenir une minorité… J’aurai le droit de chialer et exiger des droits. Je me vois déjà à 80 ans exiger de reprendre du service au nom de la charte des droits. On peut rêver.

Libre édition Claude Aubin
Libre édition Claude Aubin