Hans Mercier
Né le 16 octobre 1973, il est le chef du Parti 51. Il obtient en 1998 un baccalauréat en enseignement de l’anglais. Idéaliste et indépendant de pensée, il n’hésite pas à remettre en question les « vaches sacrées » du système et les préjugés. En 2004, il se tourne vers le droit et devient membre du Barreau du Québec. Il permit aussi aux 47 familles des victimes de la tragédie ferroviaire de Lac-Mégantic d’obtenir justice contre des méga-corporations pour des compensations sans précédent en droit canadien. Il est aussi activement impliqué dans sa communauté comme bénévole, dans son ordre professionnel et auprès d’organismes de charité.

BLOGUE | Le voile est un choix, une carrière aussi

« Jugez-en vous-mêmes : est-il convenable qu’une femme prie Dieu sans être voilée ? La nature elle-même ne vous enseigne-t-elle pas que c’est une honte pour l’homme de porter de longs cheveux, mais que c’est une gloire pour la femme d’en porter, parce que la chevelure lui a été donnée comme voile ? »

Savez-vous d’où provient cette citation? Du Coran? D’un texte sacré musulman? Du discours d’un Imam? Si je vous disais que c’est la Bible? Impossible! Pourtant c’est bien le cas. Toujours sceptiques? Allez voir par vous-mêmes, ce sont les versets 13 à 15 du chapitre 11 du premier Épître aux Corinthiens. Les religieuses ont longtemps porté le voile catholique, mais même la plupart d’entres elles y renoncent de nos jours. Elles continuent pourtant de consacrer leur vie entière à Dieu, par choix.

Le voile musulman est identique, c’est un choix qui permet de manifester sa religion. Ce n’est pas une obligation. C’est aussi un symbole de soumission de la femme. Dans les années 70, les premières féministes brûlaient leurs brassières parce que c’était un symbole de soumission des femmes comme elles étaient conçues en dentelle « sexy » pour satisfaire les hommes. Aujourd’hui, les mêmes dessous aguichants sont généralement symbole de la grande liberté sexuelle des femmes (du moins pour la plupart d’entre elles).

La grande majorité des religions ont des aspects sexistes et rétrogrades, cela ne veut pas dire que tous les croyants le sont. Nous avons la chance de vivre dans une société libre. Une des définitions de la liberté selon Larousse est la suivante : Possibilité d’agir selon ses propres choix, sans avoir à en référer à une autorité quelconque. L’intégrisme religieux est défini comme :

« Attitude et disposition d’esprit de certains croyants qui, au nom du respect intransigeant de la tradition, se refusent à toute évolution ».

Une personne qui choisit le port d’un symbole religieux exerce sa liberté de religion et cela ne pose aucun problème. Une personne qui refuse de l’enlever en toutes circonstances fait preuve d’intransigeance. C’est n’est plus un choix, mais bien un refus de choisir. C’est là une différence subtile, mais d’une importance capitale. Ce n’est pas le symbole le véritable problème, c’est le refus de choisir. C’est l’intransigeance.

On a instauré la liberté de religion afin que tous puissent pratiquer toute religion sans persécutions. Ce droit existe dans un système de droit dont les règles assurent la liberté de tous. Le respect de ses règles est assuré par un système de justice impartial. Les intervenants de première ligne de ce système sont les policiers. Le port de l’uniforme (d’une seule forme : uni – forme) est essentiel aux policiers, surtout afin d’être facilement identifiables par le public et les autres policiers, particulièrement en situation d’urgence. Cette restriction vestimentaire a une fonction importante que tous les aspirants policiers acceptent en choisissant le métier. Il renforce aussi l’image d’impartialité du policier et du système qu’il représente.

Cependant, le policier ne jette pas ses obligations d’impartialité aux poubelles lorsqu’il n’est pas en uniforme. C’est là que la question que tout le monde aborde par un débat creux m’interpelle : Le refus de choisir entre obligation du métier et religion démontre qu’au yeux de la personne, ses préceptes religieux sont au moins aussi importants, sinon plus que ce que son métier exige. Elle perçoit des principes religieux de façon traditionnelle et intransigeante. Pour elle, ce que sa religion demande est une exigence, une obligation absolue. N’est-il pas légitime de demander quelle sera sa réaction si elle doit intervenir dans un contexte de violence conjugal ou auprès de la communauté homosexuelle ou LGBT+ par exemple? Il faut éviter de sauter aux conclusions faciles, mais cela ne veut pas dire que le débat devrait être éliminé.

On centre beaucoup le débat sur l’aspect volontaire ou non du voile, mais pas sur ce qui justifie le choix. C’est pour elle un symbole visiblement important, mais pourquoi l’est-il? C’est cette question que tout le monde oublie. On dira que l’on n’est pas si exigeant des autres aspirants policiers. C’est peut-être vrai. Mais ils n’exigent que l’on fasse exception aux règles pour eux. Un symbole, c’est aussi une façon de montrer qui on est. Cette intransigeance soulève des questions légitimes. A-t-on demandé quelles seraient les conséquences de renoncer temporairement au port du symbole auprès de sa religion, de sa congrégation?

Le débat n’est pas futile et on doit cesser de l’infantiliser. Obliger un choix basé sur des restrictions rationnelles n’est pas de l’intolérance ou de la persécution religieuse. Lorsque j’étais jeune, j’avais les cheveux longs et la possibilité d’une carrière militaire qui m’aurait obligé à me couper les cheveux. J’ai fait un choix. Aurais-je dû exiger que l’on retire cette pratique discriminatoire? Est-ce que nous devrions faire fi de toute exigence, tout sacrifice pour satisfaire tous les besoins? Les gens font régulièrement des choix qui limitent leurs possibilités de carrière selon leurs convictions et priorités, c’est la vie. La distinction qui se dessine ici est aussi subtile mais néanmoins importante. La différence entre un droit et le pouvoir. La différence entre pratiquer librement sa religion et l’imposer aux autres.

Le fait qu’une société qui exige que certaines fonctions requièrent que l’on laisse sa religion à la maison n’en fait pas une société intolérante. Une société intolérante exige que l’on ne pratique pas sa religion ou qu’on y renonce. Exiger temporairement le retrait d’un symbole pour se conformer aux règles légitimes qui s’appliquent équitablement à tous, n’est pas intolérant. Ne pas être accommodant ne veut pas automatiquement dire intolérant.

Il existe une expression en politique : « contrôler la nouvelle ». La véritable question qu’on devrait se poser ici c’est pourquoi cette « nouvelle » (parce que ça n’a rien d’un débat actuellement) sort maintenant et pourquoi on refuse d’aller plus loin que racistes (terme inexact parce qu’il s’agit de religion et non de race) contre « ouverture à l’autre », sans le moindre questionnement ou limite. Pourquoi on refuse obstinément de prendre le temps de vraiment aller au fond des choses? De faire les nuances qui s’imposent?

Parce qu’on réagit avec nos « trippes » plus facilement et rapidement qu’avec nos têtes. Parce qu’il est plus facile et rapide de manipuler des intentions de vote par les « trippes ». Il est peut-être temps de réapprendre à se servir de nos têtes.

« Ouin, c’est ben long pis compliqué ton affaire! J’ai besoin d’une bière. »

Pas mal plus simple. Le seul problème, c’est les lendemains de veille…