Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au Dixquatre.com

BLOGUE | Un vol qui se termine bien

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www.claudepoirier.ca

Quand je suis arrivé au poste ce jour-là, tout le monde avait entendu parler du vol chez le célèbre reporter Claude Poirier. Moi, je m’en foutais un peu, je ne le connaissais pas personnellement et c’était somme toute, un vol comme un autre. Alors, ce n’est pas ce qui allait me faire manquer ma partie de bluff.

– Aubin… Téléphone.

Les gens ne pouvaient pas attendre que je commence mon quart de travail ? Merde, j’avais une belle main. Bon, va pour le téléphone.

– Salut

– Tiens, mon ami qui me doit !

– Justement…

En moins de deux minutes, le jeune homme me fait comprendre qu’il sait où se trouvent les effets de notre as reporter. Un petit bloc sur la rue Lafontaine, tout près de la rue Panet, et un jeune qui n’est pas assez brillant pour tenir sa langue.

Dès le rassemblement terminé, j’annonce à Marcel que nous allons récupérer des trucs volés.

– On a besoin d’un mandat ?

– J’crois pas non.

On ne fait ni un ni deux, en moins de cinq minutes nous voilà sur les lieux, à regarder à l’intérieur d’un appartement, sans être vu bien sûr.

– Maintenant, il faut entrer.

– Ouais… on va entrer.

Encore une fois, nous allons utiliser la bonne vieille excuse du « il y a trop de bruit ». Celle-là, elle fonctionne à tout coup. Alors, une fois entrés, il nous reste à regarder. Le pauvre bonhomme est vert de peur. Il sait bien que, si nous sommes là, ce n’est pas un hasard. Tu peux ne pas avoir été à l’école, sans être idiot.

– Wow, c’est à toi, tous ces trucs ?

– Ben…

Bien sûr que non. Des amplis, des micros, des trucs pour enregistrements et d’autres que je ne connais pas. Voilà mon voleur qui baisse la tête.

– Allez, viens m’aider à charger ça dans la voiture.

Alors, le voilà qui charge avec nous les équipements. Il voudrait bien râler, mais à voir nos tronches, il comprend que ça ne servirait à rien.

– Allez-vous dire que j’ai coopéré ?

– Bien sûr, le ti-coune.

Notre homme l’air piteux et une partie du stock se retrouvent au poste. Le temps de rencontrer les deux enquêteurs, nous retournons chercher le reste.

À notre retour, Claude Poirier est là avec le grand Jean Morin qui, cigarette de plastique au bec… Oui, à l’époque il tentait d’arrêter de fumer. Alors les voilà tous les deux qui causent avec les deux sergents-détectives. Nous, on se casse le cul à transporter les amplis, les boîtes de son, quelques autres trucs qui pèsent une tonne.

À un moment donné, notre joyeux groupe fête au cognac et aux cigares, même le grand Jean; il reprendra sa cigarette de plastique demain probablement. Tout le monde nous regarde un peu distraitement, comme si nous étions de simples bagagistes. Après la quatrième escalade, je commence à la trouver moins drôle et je lance :

– On ne vous dérange pas trop, hein ?

Un des deux enquêteurs me fait un sourire un peu gêné et il me fait un petit signe voulant dire merci, du moins je l’imagine.

Les deux victimes qui finissent leur verre, me regardent sans expression, je ne suis qu’un flic en uniforme. Je retourne à la voiture encore rempli de colère et Marcel me dit :

– Ben, nous autres on sait qui a fait le travail.

– Ça ne me console pas.

C’est peut-être lui qui a raison. Mais ce système me fait tellement suer que, plus tard, quand je serai enquêteur, je ferai toujours en sorte que le policier qui a le mérite reçoive ce qui lui est dû.

La soirée se termine par un tas d’autres appels comme toujours dans ce secteur. Mais c’est au matin que cette fois, j’ai comme une sourde colère qui tout à coup monte en moi.

Le journal titre : « Les enquêteurs retrouvent le voleur et les effets de Claude Poirier », tout un bel article avec photo et un tout petit « Ils étaient accompagnés des policiers Aubin et Bouthillette ». C’est la même chose à la télé du matin, le présentateur répète la nouvelle et pire, il ne donne pas le bon nom de Marcel. Je fulmine, mes deux enquêteurs vont en entendre parler.

Quand j’arrive au poste, tout le monde sait que je vais me diriger au bureau des enquêteurs. Plusieurs connaissent mon petit caractère. Comme de fait, je me pointe devant mes deux fumeurs de cigares.

– Comme ça, vous avez fait toute une enquête ?

– Ben… Tu vois, Claude, j’aime mieux que ce soit des enquêteurs, tu sais ça fait plus sérieux pour la télé.

– Ouais, on a été bons à monter le stock, vous n’êtes même pas venus aider. Vous auriez pu au moins donner les noms correctement.

– Heu… Ça, c’est le gars du journal qui s’est trompé.

Finalement, ma source aura droit à quelques dollars et l’affaire se terminera là. Nos deux enquêteurs se feront quand même taquiner par le reste du groupe. Des trucs comme :

– Kids kodak, belle enquête, hein, les gars !

Je reverrai Claude Poirier par la suite et on n’en reparlera que vaguement. Pour lui, la nouvelle était passée et moi, je devais passer à autre chose et il y en aura des tas !

Libre édition Claude Aubin
Libre édition Claude Aubin