Samuel Fillion-Doiron

Étudiant en Enseignement de l’univers social et de l’éthique et culture religieuse au secondaire, vice-président régional de la Capitale Nationale et de Chaudière-Appalaches au Parti conservateur du Québec.

BLOGUE | J’appuie Sondos Lamrhari

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S’il y a bien un cas qui a fait jaser ces derniers jours, c’est le cas de Sondos Lamrhari, cette jeune étudiante de 17 ans en technique policière dont le rêve est de servir et protéger. Cette jeune fille souhaite conserver son hijab lorsqu’elle sera en fonction dans le service de police. Je vais être franc : pour une chose aussi anodine, je ne m’attendais pas à autant de vagues. Je dirais même que je suis déçu de voir que ce genre de question préoccupe davantage les gens que les problèmes en éducation et en santé ou même la corruption au gouvernement et les divers scandales fiscaux.

Cela dit, est-ce qu’il y a vraiment lieu d’avoir un débat? Je pense que oui, mais actuellement, il est limité à des raisonnements de vieux nationalistes frustrés ou de pro multiculturalistes intransigeants supposément ouverts (mais pas envers leurs adversaires).

Ma position personnelle, par rapport à cet enjeu se résume en trois mots : je suis favorable.

Sécurité et Liberté

Cependant, j’ai quelques bémols à ajouter, notamment en matière de sécurité. À mon avis, la seule chose qui peut être placée au-dessus de la liberté individuelle est la sécurité collective, la sécurité qui peut être affectée par les agissements d’un seul individu et sur lesquels la collectivité n’a aucune influence. Un exemple bien simple serait le port d’un niqab pendant que l’on conduit. Bien que je respecte le choix de celles qui le portent, je ne peux pas résoudre à l’accepter, car le niqab réduit la vision et peut causer des accidents.

La sécurité individuelle peut également influencer la sécurité collective, notamment dans le cas des policiers, car, généralement, lorsqu’ils sont en danger, c’est parce qu’il y a un fou furieux face à eux qui serait potentiellement un danger pour le reste de la société. Ce faisant, si le port du hijab contrevient à la sécurité de Sondos Lamrhari ou de n’importe quelle autre policière, je ne pourrai pas défendre cette liberté individuelle.

Cependant, pourquoi je m’opposerais à ce qu’elle porte un hijab si elle le souhaite et que cela ne change rien pour personne? La GRC permet le turban sikh après tout et personne ne s’en ai jamais plaint. En tant que défenseur de la liberté, je me verrais mal être en désaccord avec le droit de porter le hijab, mais je sais également reconnaître que le port de l’uniforme a une symbolique importante. Cependant, c’est aux corps policiers de gérer cela eux-mêmes, pas à l’État.

Par ailleurs, passer par des référendums municipaux afin de consulter la population ne serait pas une mauvaise idée afin d’avoir un consensus de la population sur ce dossier, le tout accompagné d’un référendum provincial afin de régler la question avec la Sûreté du Québec.

Géométrie variable

Si l’on permet le port du hijab, je veux aussi avoir le droit à une croix brochée quelque part sur l’uniforme. Si tout est interdit, alors pas de problème, mais pas deux poids deux mesures comme nous avons l’habitude de voir.

Autres pays

Certes, des gens me disent que dans les pays musulmans comme l’Algérie ou le Maroc, les policières ne portent pas de hijab et c’est parfaitement leur droit, mais je n’arrive pas à me résoudre à penser que c’est un bon argument. En quoi cela justifie ou non d’autoriser le port du hijab ici? Je considère cela comme une forme d’appel au clan qui est l’un des sophismes que l’on apprend à définir en première secondaire.

Je crois que le seul bon argument que j’ai vu étais le suivant : « Qu’arrivera-t-il quand une musulmane avec un hijab ira arrêter un juif? » Question très pertinente, mais qui démontre un grave problème de vivre-ensemble et de tolérance. Comme si nous pouvions choisir par qui nous nous faisons arrêter et comme si les policiers avaient le choix des personnes qu’ils doivent arrêter.

Objectivité hypocrite

La neutralité des représentants de l’État ressort souvent parmi les arguments des nationalistes pro laïcité, mais laissez-moi vous rappeler que matricule 728 était également supposée être objective, que les enseignants en classe aussi doivent être objectifs… et que les journalistes que vous lisez ou écoutez régulièrement aussi sont supposés être objectifs.

La réalité, c’est que l’objectivité n’est qu’un concept hypocrite, car personne ne l’est réellement et c’est pour cela que la subjectivité finira par transparaître d’une manière ou d’une autre, avec ou sans signe religieux.

Manque de courage

On me souffle également à l’oreille qu’une crainte latente subsiste parmi les nationalistes, car ils croient que si l’on accorde ne serait-ce qu’un petit accommodement à des communautés religieuses, elles vont prendre un pied dès qu’elles auront un pouce. Navré de vous décevoir, mais ce n’est pas une caractéristique des musulmans ou d’un quelconque groupe religieux, c’est une caractéristique humaine.

Et si nos politiciens manquent de courage pour refuser l’inacceptable ou sont trop bornés pour accepter ce qui est raisonnable, c’est qu’il y a clairement un manque d’équilibre à quelque part à l’Assemblée nationale. Un peu de pragmatisme ne ferait pas de mal, mais le pragmatisme n’est pas la plus grande qualité des Québécois, autrement, ils s’offusqueraient bien plus des scandales économiques et des problèmes en éducation et en santé que de cette chronique.