Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au Dixquatre.com

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CLAUDE AUBIN

Pour une fois, c’est samedi après-midi et je ne travaille pas. Je suis étendu bien évaché sur le sofa à regarder un vieux film de flic. Louise, ma compagne, est à la cuisine à préparer un gâteau et les enfants, de leur côté, me tiennent compagnie. Pas qu’ils aiment le film, mais il mangent des chips et attendent patiemment de finir le crémage!

La semaine a été dure : j’étais de nuit et j’avais de la cour un jour sur deux. Alors, le film, je le regarde que d’un œil.

Tout à coup, mon voisin arrive en courant dans l’appartement. Il semble tout essoufflé et me pointe de doigt.

– Viens voir…
– Voir quoi ?

Le grand Johnny ne me répond pas tout de suite, il est trop énervé pour placer trois mots en ligne.

– Viens, ostie.

Je me lève bien à regret; maudit que j’étais proche de fermer les yeux! J’étais à deux poils de cils de partir ! Maintenant, je ne pourrai plus me rendormir. Je réussis à mettre un pied devant l’autre et à suivre le grand jusque sur la galerie.

– T’as pas entendu les coups de feu ?
– Non !
– Le gars y a un péteux, criss !
– Un péteux ?

L’autre me regarde comme si j’aurais dû entendre et que je n’y connais rien en argot . Lui qui n’est pas flic les a entendus, les coups, et il a vu le péteux, comme il dit! Mais il était dehors, ça aide.

– Oui, oui, un gars à tiré sur un autre, juste su’l coin.

Bon, il ne manquait plus que ça! Je retourne à l’intérieur de la maison, ramasse mon manteau et mon arme. Louise me regarde d’un air anxieux; elle s’inquiète toujours. Les deux enfants se pointent le nez dans la porte de cuisine. Pour eux, le crémage a son importance.

– T’inquiète, je ne vais pas aller me faire tirer !
– Tu viens avec moi, Johnny ?

L’autre me regarde avec stupéfaction.

– T’es malade, toé ?

Alors, je descends l’escalier en colimaçon qui mène à la cour et je me dirige vers la fin de la ruelle longue qui forme un T. C’est au bout de cette ruelle, presque à la rue, que j’aperçois une grosse Cadillac bleue stationnée de travers, le moteur toujours en marche et la portière côté conducteur toute grande ouverte. Mais rien, rien autour. Pas âme qui vive.

Cette fois, je redouble de prudence. Je dégaine mon arme à tout hasard. Ce que j’ai peur d’y trouver, c’est un cadavre gisant sur le siège avant ou un gars blessé encore armé et qui croit que l’on vient l’achever. J’approche lentement et jette un œil à l’intérieur. Vide… La voiture est vide, complètement vide. Je regarde quand même autour et comme je me relève, un jeune homme plutôt bien en chair vient vers moi tout en tenant un fusil de calibre 12 dans les mains. Je ne lui laisse pas le temps de réagir et je le pointe de mon arme.

– Jette ton arme !
– Hé, lé Missiou !

Je ne vais pas discuter dentelle avec lui. L’autre me regarde avec un étonnement non feint. Il est sûrement le gars le plus surpris du monde. Il devait penser qu’il était le seul gars armé dans cette histoire.

– Allez, met ça à terre !

Le gros garçon s’exécute lentement, très lentement. Je le vois trembler de tout son corps. Pendant ce temps, j’entends les sirènes qui se rapprochent. Enfin la cavalerie !

C’est dans un crissement de pneus que quelques voitures de police arrivent de partout. Je tourne lentement mon visage avec un sourire de reconnaissance.

– BOUGE PAS !
– POLICE !
– LÂCHE TON ARME !

Oups, je crois que je suis dans la merde ! J’ai devant moi six revolvers qui me pointent, et presque tous au visage. Je ne bouge surtout pas, mon arme toujours pointée vers mon bonhomme.

– Ok, les gars, je suis un flic !

Le plus proche des policiers s’avance encore plus, me met l’arme presque dans l’oreille et s’empare de la mienne.

– Je suis policier !

L’autre me regarde avec incrédulité; il ne me connaît pas.

– Je vais te montrer ma plaque.
– Bouge pas, ostie !

Je ne l’écoute plus, et malgré l’arme pointée sur ma tête, je fouille mes poches et ressors avec mon portefeuille. Cette fois, le policier regarde attentivement la plaque et la carte d’identité.

– T’es un policier, tu faisais quoi là ?
– C’est mon voisin qui a entendu tirer, comme je vis ici.

Cette fois, toute la tension s’envole d’un seul coup. Les policiers jettent maintenant leur attention sur mon gros garçon qui tremble toujours comme une feuille. Son fusil est toujours par terre et lui a les mains dans les airs depuis un assez bon moment.

– Bon, j’peux tu savoir ce qui est arrivé ?
– Bien sûr.

C’était assez simple. Notre gros garçon venait d’être victime d’un vol à son dépanneur. En bon italien, il avait ramassé son fusil de chasse et avait tout simplement suivi avec sa Cadillac le voleur qui courait devant lui. Sorti de l’auto, il avait tiré un coup de semonce dans la ruelle qui a fait détaler le voleur de plus belle et notre gros du dépanneur avait eu la brillante idée de laisser sa voiture pour courir après la gazelle. Moi, j’étais arrivé juste avant son retour, question timing !

– Bon, je vais retourner à mon congé.

À mon arrivée, Johnny attendait pour savoir !!

– C’est juste un gars qui n’a pas payé ses cigarettes !

Mon voisin me regarde perplexe, mais il ne me posera plus d’autres questions. Ho… Et le voleur ? Il court encore…

Libre édition Claude Aubin
Libre édition Claude Aubin