Claude Aubin

Claude Aubin: Sergent détective à la retraite du S.P.V.M., il a travaillé sur les groupes organisés tels la mafia Russe, les groupes Jamaïcains, les Pakistanais et les gangs de rues. Il aura plus de 5,000 arrestations à son palmarès. Puis de 2003 à 2012 il devient chroniqueur au Photo Police, en plus d’écrire trois livres et faire un peu de cinéma. En 2014, il se retrouve blogueur au Huffington Post. Et devient collaborateur au Dixquatre.com

L’émeute de la Saint-Jean de 1968

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Je vous parle d’un temps que beaucoup ne peuvent connaitre, 1968… La Saint-Jean Baptiste de l’émeute, celle qui marquera l’imaginaire pour des décennies et qui maintenant sombre dans l’oubli.

CLAUDE AUBIN

Histoire

L’histoire d’une soirée et d’une nuit horrible où l’homme tire le pire de lui-même. Je ne veux blâmer personne ici, je blâme les circonstances, la non-préparation et l’incompréhension.

Un homme voulant se faire élire était venu démontrer sa fougue et son arrogance; d’autres voulant un pays étaient venus lui déclarer leur colère et leur détermination. Finalement, une des lois de Murphy se concrétisait : ce qui devait arriver arriva.

Émeute

Les chevaliers de l’indépendance, pancartes à la main et cris de ralliements, décidèrent de fendre la foule, traverser les fanfares afin de bien démontrer leur présence. Il y aura d’abord un moment de stupeur, suivi d’un ordre de dispersion, puis un affrontement. Et quand mon ami Reggie Chartrand lancera au visage de mon autre ami Julien Tanguay un jet de gaz M.A.C.E., produit totalement dangereux, un pas était franchi. Une parade festive se transformait en émeute, en capharnaüm, en maelstrom sans nom.

 

Les pavés, les rocs, les bâtons, les bouteilles et même des ampoules remplies de peinture, se mirent à pleuvoir. Des incendies jaillirent de partout dans le parc Lafontaine. Des voitures de police furent renversées et brûlées. Des policiers furent blessés, des manifestants tout autant. Le sang appelle le sang.

Pendant des heures…

Pendant les heures qui suivront, il n’y aura plus ou peu d’humanité. La foule soudainement devenue un monstre pour une police non préparée et non outillée, attaquera ou semblera attaquer les hommes en bleu. Ceux-ci se sentant trahis par une populace devenue hostile répondront par un brasse-camarade rempli de frustration.

Oui, au poste, Reggie en mangera toute une. Julien faillira devenir aveugle et en gardera des séquelles. Oui, des hommes ont été battus au poste 4, ils ont payé très cher. Il faut comprendre que lorsque tu vois tes confrères le visage en sang transportés inconscients, que toi-même te retrouve attaqué par des manifestants, tu te crois en zone de guerre. Du côté flics, personne n’était préparé à tout cela.

Pas de bâtons, pas de casques, pas de directives, pas de leaders. De l’autre côté, des jeunes sans ordres, des chefs sans poignes ou arrêtés dès le début. En fait, deux groupes laissés à eux-mêmes. Je ne reviendrai pas sur les événements de la nuit, ils sont déjà abondamment illustrés dans mon livre La nuit des désillusions.

Au petit matin, tous ceux qui avaient participé à ce chaos réalisèrent que rien ne serait plus pareil. J’ai souvent comparé cette nuit à un combat au Vietnam, des hommes errant les yeux vides, tentant d’effacer des images imprégnées pour toujours, dans un subconscient fidèle.

Méfiance

Il y aura par la suite les multiples bombes, la crise d’Octobre, le Parti québécois, les référendums et la morosité.

Un fossé s’était créé entre les agents de la paix et la future population du  »Peace and love », apportant un manteau de méfiance qui encore aujourd’hui transparaît chez nos soixante-huitards.

Bien sûr, nous sommes de moins en moins nombreux à garder en nous ce souvenir presque indécent. Dans quelques années, ce souvenir s’éteindra comme tous les autres souvenirs; c’est le lot des événements, même historiques. Nous, les protagonistes, partirons nous disputer dans un univers éthéré. Je pourrai expliquer à mon ami Reggie comment un jeune flic de vingt ans n’a pu le protéger de la colère de ses confrères; aux autres pourquoi et comment tout aura commencé.

Claude Aubin

Documentaire

Je suis heureux et honoré d’avoir participé au documentaire de Jules Falardeau sur ces événements.  » 50 ans après le lundi de la matraque  »*. Celui-ci, comme  »Taire des hommes » de Pierre Harel et Pascal Gélinas.

Claude Aubin

Les livres: le Lundi de la matraque, vu par les manifestants et La nuit des désillusions**, par un jeune flic de vingt ans, sont autant de témoignages d’un temps ou tout pouvait arriver, le meilleur comme le pire.

*Le documentaire de Jules Falardeau sera disponible sur Tabloid

Les 50 ans du jour de la matraque

Avec 292 arrestations et 123 blessés, dont 42 policiers, le «massacre de la St-Jean» est tristement passé à l’histoire, le 24 juin 1968. Jules Falardeau nous propose un retour dans le temps avec des acteurs de l’époque, encore marqués par ce fameux Lundi de la matraque.

Posted by TABLOÏD on Thursday, June 21, 2018

** En vente sur mon site www.claudeaubin.com

Libre édition Claude Aubin
Libre édition Claude Aubin