Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

BLOGUE | C’est en 1978 que j’ai fait ma 1re expédition de canot!

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Nous amorcions ici notre première expédition digne de ce nom, en juin 1983, depuis l'ancien pont Kinojévis.

Le triste 40e anniversaire de la tragédie du lac Témiscamingue, qui avait emporté 13 vies, le dimanche 11 juin 1978, m’a particulièrement marqué, parce que c’est cet été-là que j’ai commencé à faire du canotage et que j’ai réalisé ma première expédition de canot, bien que petite! J’avais 20 ans.

Par Ghislain Loiselle, blogueur

Je n’avais pas réalisé avant hier. Curieux.

Il y a 40 ans, en effet, je m’étais particulièrement passionné pour le canot-camping. Je m’étais procuré des livres sur le sujet. Et je m’étais fait fabriquer un canot en fibre de verre de 15 pieds avec plat-bords en bois, je me souviens, par Beaudoin Spécialités, de Rouyn-Noranda, Abitibi-Témiscamingue, Québec.

À l’été, je m’étais rendu au bout du rang des Allemands, à McWatters, avec Serge Robert, un ami, un beau samedi, et nous avions mis mon canot à l’eau, dans un ruisseau, à un petit pont, dans l’intention de déboucher sur la rivière Kinojévis, un affluant de la rivière Outaouais.

Le cours d’eau était très étroit et il y avait plein de barrages de castors à sauter. Mais plus on progressait, plus le ruisseau s’élargissait. Et on a fini par arriver à la rivière. Nous avions passé la nuit dans le camp de Jévis Richard, sur la grande île formée par les deux bras de la Kinojévis qui prenaient naissance au lieu-dit La Natche, nom inscrit sur les cartes topographiques du ministère des Ressources naturelles du Canada.

Le lendemain, nous avions gagné le lac Bruyère, puis la rivière Beauchastel, également appelée Kékéko. Rendus à la route reliant Rouyn-Noranda et Bellecombe, notre randonnée était terminée et nous avions regagner nos domiciles.

Comme je suis par la suite déménagé à Ottawa pour aller étudier en journalisme écrit et électronique, il s’est écoulé cinq ans avant que je réalise une autre aventure en canot.

Expédition de canot Rouyn-Laforce

C’était en juin 1983. Celle-là, on pouvait lui donner le nom d’expédition, car nous allions relier Rouyn-Noranda et Laforce, en empruntant la Kinojévis, l’Outaouais et le lac Simard. J’étais avec mon frère Luc. C’était son premier voyage en canot.

J’ai toujours été extrêmement prudent, en canot. Et je porte toujours ma veste de sauvetage. Quand nous étions arrivés au seul obstacle naturel qu’on retrouvait sur le trajet R.-N.-Laforce, les rapides de l’Esturgeon, sur l’Outaouais, je me rappelle que j’étais très craintif à leur approche. C’est en prenant bien notre temps que nous avions accédé à l’entrée du sentier permettant de contourner l’obstacle de 500 mètres. Jamais il me serait venu à l’idée d’essayer de descendre les rapides en canot, à cause du fort courant, des roches, des pièges. Le faire aurait entraîné notre perte. Ce n’est pas sans raison qu’il y avait un portage.

La nuit précédente, au camp d’un M. Richard, nous avions pu lire, sur un mur du camp, à l’intérieur, qu’un Américain de 16 ans avait trouvé la mort par noyade quelques semaines plus tôt, dans les rapides de l’Estugeon. Le moteur hors-bord de son bateau s’était arrêté et n’avait plus redémarré. L’embarcation avait été entraînée, avec son jeune opérateur. On l’a retrouvé noyé.

Je suis ici sur l’île aux Mouettes, sur le lac Simard, près de Laforce.

Plus loin, lorsque nous avions atteint du lac Simard, nous avions bien évalué la situation. Comme nous avions un plan d’expédition et des cartes à grande échelle (1: 50 000) d’Ottawa, il avait été prévu de longer ce grand lac vers l’est pour rejoindre Winneway, puis Laforce. Mais comme le Simard était calme comme un miroir, nous avions décidé d’aller rejoindre la face nord de l’île Bryson. Durant la traversée, un impressionnant nuage noir nous avait rappelé comment nous n’étions pas grand chose sur un tel plan d’eau.

Aucune éclair n’en sortait. Mais il était là, trop au-dessus de nous, et ça me dérangeait beaucoup. Il a cependant fini par passer et il n’y en a plus eu d’autres par la suite. C’est alors que nous avons décidé, étant donné la tranquillité des eaux et l’absence de vent, à toute fin pratique, de traverser le lac dans sa partie la plus large pour aller rejoindre l’île dite aux mouettes, vers Laforce. C’était un peu risqué, parce que dès que le vent se lève, le lac Simard peut devenir déchaîné, avec des vagues énormes.

Il peut être terriblement dangereux, au même titre que le lac Témiscamingue ou le lac Kipawa, bref, que tout grand lac. En un temps somme toute assez court compte tenu de la distance, nous avons atteint la terre insulaire et ça avait ensuite facilement été les côtes de Laforce. Nous avions levé la tente sur les rives du lac, un peu avant le quai public. Le lendemain, nous pouvions dire mission accomplie.

Mon frère Luc sur l’île aux Mouettes.

Sans nous en rendre compte, nous avions utilisé le parcours des premiers colonisateurs de Rouyn-Noranda, qui partaient, eux, d’Angliers et de la baie Gillies pour rejoindre les villes-jumelles en construction au début des années 1920 et vice-versa depuis le débarcadère à l’ouest du lac Rouyn. Ma grand-mère est passée aux rapides de l’Esturgeon alors qu’elle avait 20 ans, elle qui était née en 1909. Elle m’avait déjà conté qu’il y avait une halte (alors appelée stop place en anglais), un petit camp-auberge en bois rond, du côté nord du portage. Alice (Pellerin) était allée travailler chez son oncle, un Racicot, cet été-là, vers la fin de la décennie.

Expédition de canot Rouyn-Winneway

En juillet 1984, toutefois, l’expédition Rouyn-Winneway avait été des plus pénibles. Nous étions quatre. Il pleuvait sans cesse et le lac Simard était en colère à notre réveil, un matin. Impossible de mettre les canots à l’eau. Les vagues étaient trop hautes. Nous aurions aussitôt été refoulés sur la rive et aurions à coup sûr chaviré. Après de longues heures d’attente, de patience, la hauteur de la houle avait diminué et nous avions pu prendre l’eau. Les vagues demeuraient néanmoins imposantes et nous avons ramé, ramé et ramé, jusqu’à la centrale hydroélectrique de la ville de Belleterre, à Winneway, un établissement algonquin se trouvant sur le territoire de la municipalité de Laforce.

Expédition de canot Belleterre-Kipawa

En juillet 1985, encore avec mon frère Luc, nous avions fait l’expédition Belleterre-Kipawa, un tout nouveau trajet. Ça avait été un succès. La grande nappe d’eau était calme. Et il avait fait chaud.

Expédition de canot Bellecombe-Grassy Narrows (Moffet)

En juin 1986, Luc et moi réalisions un nouveau parcours : Bellecombe-Grassy Narrows (Moffet). Nous avons longé le lac Simard et pris le lac Grassy jusqu’aux ponts de bois sans que le grand lac nous ait causé de problèmes.

Expédition de canots Bellecombe-Grassy Narrows

En septembre 1987, c’était encore Bellecombe-Grassy Narrows sans anicroches, avec Luc et nos cousins Marc et Martin Perrier.

Expédition de canots Belleterre-Kipawa

En juin 1989, mon frère Luc (encore) et moi avions de nouveau réalisé la Belleterre-Kipawa, cette fois avec nos mêmes cousins. Je n’oublierai jamais la force du vent quand nous avons atteint la pointe au Corbeau, 10 kilomètres en ligne droite au nord de Kipawa. La  »porte » infranchissable. Un mur de vent, solide, franc sud! J’avais tenté de le franchir, avec mon cousin Martin à l’avant. Je gouvernais. Quelle imprudence bien que j’étais très bon pour manoeuvrer, à l’arrière. Finalement, nous avions cédé et plutôt que de faire face au vent, nous lui avions présenté l’arrière du canot. À grande vitesse, il nous avait mené jusqu’à une pointe où tout le monde s’était retrouvé, au nord. Le lendemain matin, le vent avait tourné. Il était rendu nord-sud. Nous avions atteint Kipawa dans le temps de le dire. C’est fort, du vent. C’est un fluide. Il est moins dense que l’eau. Mais il a une consistance certaine. Il faut s’en méfier, tout comme de l’eau et du froid.

Nous avons fait plusieurs expéditions par la suite et ça continue. Tout a toujours bien été. Dommage que les 31 canotiers de l’école St-Peter’s School de Pickering n’aient pas gagné le bord dès que le vent s’est levé sur le Témiscamingue. Les 13 qui ont péri noyés seraient restés en vie. Il ne faut pas défier le vent et l’eau et surtout pas les deux réunis. Vaut toujours mieux être craintif et prudent avec les éléments, car nous sommes tellement petits face à eux. Notre vie tient déjà à un fil, alors…