Ghislain Loiselle

Ghislain Loiselle a été journaliste-photographe de début 1980 à fin 2008 dans trois journaux de Québecor à Rouyn-Noranda, un vendu, un gratuit et un électronique. Il a aussi écrit de nombreux textes pour d’autres publications. Demeure indépendant comme journaliste, rédacteur et photographe. Rédige aussi sur son web log (Le Blogue de GL) et sur Facebook. Affectionne le commentaire, mais aussi le rapport objectif sur un peu tout, étant avant tout un généraliste.

Il y a 40 ans survenait la tragédie maritime du lac Témiscamingue : 13 noyés

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La tragédie maritime est survenue non loin de Fabre et du déversoir des rivières Montréal et Kipawa.

De triste mémoire, aujourd’hui, le 11 juin 2018, marque le 40e anniversaire de la plus grande tragédie maritime du lac Témiscamingue, dans la région du même nom, au Québec, celle de la noyade de 12 adolescents et d’un moniteur de l’école St. Peter’s School de Claremont (maintenant dans Pickering, près de Toronto, Ontario).

Par Ghislain Loiselle, blogueur

Les victimes prenaient part, avec 15 autres élèves et 3 autres adultes (ils étaient 31 au total, soit 27 élèves et 4 moniteurs), à une expédition à bord de quatre grands canots dans chacun desquels huit personnes prenaient place, sauf un qui en avait sept. Le voyage devait les mener sur trois semaines du pied du  »lac Profond » jusqu’à Moosonee, du côté ontarien de la baie James, soit un trajet de 845 kilomètres.

La tragédie maritime

Le drame est survenu un dimanche (11 juin 1978), non loin de Saint-Édouard-de-Fabre, au Témiscamingue, côté québécois, et de la rivière Montréal, côté ontarien, soit à une cinquantaine de kilomètres au nord de Témiscaming. C’était également pas très loin du déversoir de la rivière Kipawa.

Les 31 voyageurs (les 27 ados étaient âgés de seulement 12 à 14 ans pour ce genre d’équipée), soulignaient la fin des classes par cette dernière sortie de l’année scolaire. Alors qu’ils étaient parvenus à remonter à peu près les deux tiers du lac Témiscamingue, le temps qui était d’abord clément en avant-midi a changé pour le pire en début d’après-midi. Il s’est mis à venter et les vents sont devenus très forts. Des hautes vagues se sont formées et les longues embarcations ont chaviré sous les coups des vagues.

L’orientation nord-sud de ce grand lac-corridor forme une houle formidable lorsque le vent se lève, qu’il soit du sud ou du nord. Les expéditeurs étaient fatigués, transis de froid. Partis le matin même de ce 11 juin, ils avaient fait leur première escale à la pointe McMartin au nord de la passe d’Opémican après avoir ramé plus ou moins 25 kilomètres pendant quatre heures d’affilée. Ils ramaient depuis autant d’heures déjà après être repartis de cette fameuse pointe et avaient parcouru à peu près la même distance (+/- 25 km) quand leur heure a sonné.

Un bon nombre des voyageurs ont réussi à gagner la rive ontarienne, non sans peine. Pas les 13 autres qui sont morts d’hypothermie (froid), d’épuisement et de noyade. Leurs corps ont été retrouvés de part et d’autres de l’exutoire de la rivière Kipawa, où on retrouve le site Topping et plus haut la Grande Chute. C’est un pilote d’hélicoptère d’Ottawa, Garry Smith, qui a aperçu des canots renversés et des individus flottants, en survolant le lac Témiscamingue, le lendemain matin, le lundi 12 juin 1978. Il a alors alerté Scott Sorenson, un écrivain américain possédant une résidence à l’aval de la rivière Kipawa.

M. Sorenson et un ami sont alors partis en bateau aux lieux où M. Smith avait dit avoir aperçu des embarcations et le monde à la dérive. C’est alors qu’ils ont vu des canotiers gesticuler sur la rive ontarienne, brandissant leurs gilets de sauvetage dans les airs pour être vus. C’étaient les 18 survivants. Ils avaient passé la nuit là. Ils ont été rescapés, ayant d’abord été conduits au chaud, à la demeure de M. Sorenson. Les corps de leurs 13 malheureux compagnons avaient tous été repêchés 20 heures plus tard, ce lundi 12 juin. Tout le monde sans exception portait sa veste de flottaison. Mais l’eau était encore froide, à la mi-juin. Et il y avait d’autres circonstances qu’on verra ici.

Dépôt du rapport du coroner

Dans son rapport, déposé le 7 juillet 1978, après deux jours complets d’enquête les 28 et 29 juin précédents, et suite à 22 témoignages au palais de justice de Ville-Marie, le coroner Stanislas Déry a conclu à un accident. Il n’y a eu aucune matière criminelle. Il l’a attribué aux conditions météorologiques. Mais il a souligné plusieurs lacunes du début à la fin. Notamment un manque de jugement des chefs de canots compte tenu de l’ampleur de l’expédition pour de si jeunes personnes et de la météo changeante.

Il a souligné le manque de communications entre les canots et la terre, en plus de l’absence de plan d’expédition, si ce n’était une simple carte géographique à petite échelle, c’est-à-dire n’offrant pas grands détails et en seulement deux copies. Les élèves avaient des notions de survie. Mais, dans un lac déchaîné, aux prises avec de fortes ondes, le froid, la fatigue, elles ne pouvaient pas leur être bien utiles, sauf s’ils parvenaient à terre.

Le lac Témiscamingue, tout comme le lac Kipawa et tout grand lac, peut réserver de bien mauvaises surprises quand le vent se lève. Les grandes nappes d’eau, surtout celles qui sont allongées, agissent comme une canalisation d’air.

La grande conclusion

Voici la conclusion du coroner et d’importants extraits du rapport du coroner obtenus de François Veillette, technicien en documentation – BAnQ Rouyn-Noranda.

« …la seule conclusion qui s’impose c’est que la cause immédiate de l’accident du 11 juin 1978, il faut la chercher dans une erreur de jugement des quatre (4) capitaines […] parce qu’ils n’étaient pas familiers avec les conditions spéciales prévalant sur le lac Témiscamingue […]. Disons, à leur décharge, que les quatre (4) capitaines […] pouvaient difficilement prévoir un changement et une augmentation aussi subits dans la direction du vent et de sa vélocité. […] Pour résumer, la preuve n’a révélé aucun des éléments qui nous justifieraient d’imputer une responsabilité criminelle à qui que ce soit. »

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Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

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Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

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Extrait du rapport du coroner Stanislas Déry sur l’accident du 11 juin 1978, 7 juillet 1978. BAnQ Rouyn-Noranda (TP12,S34,SS26,SSS1)

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Une croix, un mausolée

Une croix sur un arbre marque d’endroit de la tragédie. Un mausolée sera érigé au même endroit cet été, à la mémoire des victimes, pour le souvenir de ceux qui ont survécu et des familles et amis impliqués.

Les victimes

En attendant, revoici les noms des victimes : Timothé James Pryce; Simon Croft; Owen Cameron Black; Marc Denny; Dean Warren Bindon; Christopher Georges Bourchier; John O’Gorman; David Andrew Greaney; Barrie David Nelson; Tom John Kenny; Timothé Andrew Hopkins; Tod Christopher Michell; et Andrew William Hermann.

Rappel d’histoire

Comme par une ironie du sort, c’est juste au nord du secteur de la tragédie des canotiers qu’une famille avait été emportée dans le fond du lac, la veille du jour de l’An, dans les premières décennies du 20e siècle, quand leur lourde voiture, bondée, avait fait se rompre la glace trop mince.

IL Y A 90 ANS, SIX MEMBRES D’UNE FAMILLE COULAIENT EN AUTO DANS LE LAC TÉMISCAMINGUE!

D’autres tragédies ont marqué l’histoire du Témiscamingue, depuis la colonisation de cette région à la fin des années 1800, mais celle des 27 canotiers ontariens est la pire, parce qu’elle a fait 13 morts dont 12 jeunes.